FESTIVAL DE PETITE-VALLEE/ CAMP CHANSON : convaincant coup de projecteur sur le Congrès Mondial Acadien 2014

Samedi 6 juillet 2013, midi. La salle du Camp Chanson de Petite-Vallée se remplit. Les conversations vont bon train, une évidente cordialité est perceptible entre celles et ceux qui prennent place.

Normal, nous voici parvenus au dernier jour du 31ème Festival en Chanson. Dernière ligne droite donc, avec au programme “Trois artistes, trois territoires”. Coup de projecteur en paroles et en musiques sur le Congrès Mondial Acadien organisé du 8 au 24 août 2014 dans “L’Acadie des terres et forêts” entre Nouveau-Brunswick, Québec et Etat américain du Maine.

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ILE DE LA REUNION/ JEROME GALABERT : SAKIFO au-dessus des flots tourmentés

Suite et fin de l’entretien-vérité accordé par Jérôme Galabert, figure marquante de la vie artistique et culturelle de l’océan Indien, à Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros, créateurs de notre site partenaire 7 Lames la Mer.

Un entretien intéressant à plus d’un titre pour les passionnés de culture francophone d’Amérique du Nord de par la diversité des thèmes abordés ici par le créateur du festival Sakifo et président du PRMA, le fameux Pôle régional des musiques actuelles dirigé par Alain Courbis.

Place, une nouvelle fois, à des propos de Jérôme Galabert sans langue de bois, notamment en ce qui concerne les relations souvent délicates – c’est le moins qu’on puisse dire – entre milieu culturel et monde politique.

Cela faisait un moment que l’idée de faire un entretien avec Jérôme Galabert nous trottait dans la tête… Cible de tous les excès — amour et haine —, l’inventeur du Sakifo s’est prêté au jeu des questions-réponses avec une liberté de ton, un enthousiasme et une lucidité qui tranchent par rapport aux discours convenus. L’enfant de Château-Morange, du haut de ses 45 ans, définit son « bébé » comme un compromis entre contre-pouvoir et marqueur consensuel. Interview, suite et fin…


7 Lames la Mer : Création culturelle et initiative économique vont-elles de pair ? Votre parcours semble plaider pour cette analyse…

Jérôme Galabert : Face à la crise, je reste persuadé que l’on s’en sortira si l’on est capable d’imaginer des systèmes qui collent à notre réalité territoriale. C’est valable aussi dans le domaine culturel. Imaginer des systèmes simples, comme le concept de « Tournée générale » [1]… Et puis, il faut faire confiance à l’imagination et au savoir-faire des gens d’ici.

7 Lames la Mer : Quels sont les freins ?

Jérôme Galabert : Il y en a mais les choses bougent. L’an passé par exemple, la Région a mis fin à une injustice : les entreprises culturelles bénéficient désormais de certains dispositifs dont elles étaient exclues, notamment l’aide à la création d’emplois.

Un boulanger pouvait faire appel à la Région pour l’aider à créer un emploi, un acteur culturel ne le pouvait pas ! On répare ainsi une injustice, mais il y a un paradoxe : on nous ouvre l’accès à ces aides, on nous accompagne sur « Tournée générale » mais on nous freine par ailleurs. Peut-être est-ce dû à mon caractère… Je ne peux pas faire autrement que de bousculer les choses parfois. Que j’en aie payé le prix, c’est probable.

7 Lames la Mer : Culture et politique… Deux ennemis ?

Jérôme Galabert : Non… mais dans la relation culture/politique, on doit sortir d’un mode de fonctionnement hérité du passé. Aujourd’hui, le créole ne vote plus comme il votait hier. La culture — entre autres — a un rôle à jouer dans ce processus loin d’être abouti mais inéluctable qui mène vers plus d’éducation, plus d’ouverture, plus d’intelligence, plus de responsabilités aussi. Je l’espère… notamment pour mes enfants.

7 Lames la Mer : En tant qu’entrepreneur culturel, vous avez souvent comme interlocuteurs des hommes politiques. Quel est votre regard sur la politique ?

Jérôme Galabert : Je regrette qu’il n’y ait pas un peu plus de courage politique sur des choses fondamentales. Par exemple, aujourd’hui, La Réunion devrait compter 45 communes au moins.

Les communautés d’agglomération seront des enjeux politiciens tant que les communes ne seront pas redécoupées. Ainsi, on favorisera la proximité et le rapport au politique sera différent. C’en sera fini des roitelets. Il faut poser cela sur la table de façon apaisée.

7 Lames la Mer : Une critique adressée aux maires…

Jérôme Galabert : Je peux aiguiller le politique mais j’ai beau jeu de le faire puisque je n’assume pas la posture politique pleinement. Je ne critique pas les maires en place sur leur gestion quotidienne.

Je sais ô combien il est dur d’être maire aujourd’hui à La Réunion. Mais je regrette qu’il n’y ait pas le courage de régler cela. La 25ème commune, c’est très bien mais il en faut beaucoup plus. Cet éclatement des communes amènera une démocratie qui fonctionnera mieux.

7 Lames la Mer : Selon vous, où en est la société réunionnaise ? Sous influences ? En voie d’appropriation de son héritage, de son patrimoine ?

Jérôme Galabert : C’est complexe… De tout temps, nous avons été influencés. Et nous continuerons de l’être. De tout temps, certains ont lutté pour préserver l’héritage. Et il faudra lutter encore pour une culture réunionnaise forte. Mais il est tout autant nécessaire de conserver la porosité à l’ailleurs : c’est comme cela aussi que nous nous sommes construits.

7 Lames la Mer : Dans la pratique, vous avez situé la « porosité à l’ailleurs » notamment dans l’océan Indien, pris dans son acceptation large…

Jérôme Galabert : Cette porosité là est intéressante. Le monde est vaste. Si on accepte et défend ce que l’on est — Réunionnais, Français, Européens — on gagnera. J’estime que nous sommes l’Europe de l’océan Indien alors quand il faut aller discuter là-bas sur les fonds ACP [2], j’y vais moi-même : pa bezoin ou vien koz pou moin, puisk moin sé ou ! Je ne fais pas cela dans un rapport conflictuel mais dans un rapport positif.

7 Lames la Mer : Cette porosité à l’ailleurs, comment s’exprime-t-elle concrètement ?

Jérôme Galabert : Des exemples… On a signé la sortie de l’album « 32 désanm » de Ziskakan — qui revient d’une tournée en Chine — sur une plateforme de téléchargement en Chine. On vend ce disque en Chine.

Je dois signer avec un distributeur australien pour produire un album australien que je vais vendre en Australie.

Récemment, j’ai produit l’album de « Tumi and the Volume », groupe sud africain, que j’ai vendu aux Sud-Africains.

Cela ne rapporte pas d’argent mais tant que le festival permet de faire vivre le label, je continue parce que cela ouvre des portes et permet aussi de dire aux jeunes Réunionnais que le monde est vaste.Il faut avoir de l’ambition, travailler, et surtout que l’on donne aux jeunes les moyens de conquérir les espaces à conquérir.

7 Lames la Mer : Vous parlez des jeunes Réunionnais… Comment voyez-vous la situation de cette jeunesse ?

Jérôme Galabert : Comment agir pour donner demain du boulot à cette jeunesse ? Comment faire pour transmettre quelque chose ? Il y a un moment dans la vie où tu construis pour toi-même… Et un jour, tu entres dans la phase de transmission.

J’ai 45 ans, trois enfants, et je suis en train de basculer dans cette phase de transmission. Donc ces choses là m’obsèdent plus qu’hier et c’est aussi pourquoi j’ai accepté la présidence du Pôle régional des musiques actuelles (PRMA). Parce que je sais bien qu’il faut que je transmette et que je passe à autre chose.

Quand je regarde les chiffres du chômage, je me dis que, à titre personnel, je me dois de montrer l’exemple : ouvrir des fenêtres, allumer des lumières… pour que les jeunes aient l’envie, qu’ils aillent faire des choses à droite, à gauche. Je ne suis pas le seul à l’avoir fait, il y en a plein qui le font.

7 Lames la Mer : Vous parlez de passer à autre chose… Tourner la page du PRMA ?

Jérôme Galabert : Rester trop longtemps au PRMA serait pour moi un échec. Par philosophie et aussi par défi. Si demain, le flambeau n’est pas repris par d’autres, cela veut dire que le projet développé n’est que personnel et a donc peu d’intérêt…

7 Lames la Mer : En quoi consiste ce projet ?

Jérôme Galabert : Pour résumer, il s’agit de structurer la filière. Par exemple, les producteurs — le canal historique : Piros, Oasis, Discorama — ont la volonté de transmettre leur catalogue à des jeunes. Mais qui pour reprendre le flambeau ? Il y a un vide sidéral… Le premier « jeune » derrière, c’est moi ! Et derrière moi ? Personne… Na poin.

Lorsque j’étais chargé de mission à la Région pour la promotion de la musique réunionnaise sous Margie Sudre, je me suis battu — et j’ai échoué — contre la fermeture de l’IFMC (Institut de formation aux métiers culturels), qui, potentiellement, allait former nos techniciens, nos cadres dirigeants de structures etc. On a fermé cet outil au moment même où le contrat de plan faisait émerger 20 salles de spectacle sur l’île. A mes yeux, c’est l’une des plus importantes erreurs politiques en matière de culture.

7 Lames la Mer : Aujourd’hui, combien d’entreprises privées s’en sortent dans le secteur culturel ?

Jérôme Galabert : Cela se compte sur les doigts d’une main, toutes disciplines confondues, même les galeristes. Compte tenu de la nature du marché, Sakifo est quasiment un cas unique…

Donc il est urgent de combler ce retard en formant des professionnels capables de faire face à la situation et de se projeter… C’est du boulot. Au lieu de perdre du temps en polémiques stériles, on ferait mieux de carburer.

7 Lames la Mer : Une vie sans Sakifo ?

Jérôme Galabert : J’ai imaginé très clairement que si Sakifo était un échec, je passerais à autre chose.

7 Lames la Mer : Avez-vous imaginé en revanche un Sakifo qui trace son chemin sans vous ?

Jérôme Galabert : Oui même si je ne sais pas encore vers quoi je me tournerai alors. Mon fonctionnement au sein de l’équipe repose sur la répartition du travail. J’ai recruté un directeur et structuré mon entreprise.

Cela passe par des sacrifices personnels pour pouvoir faire d’autres choses justement. Ce qui est certain, c’est que, au bout d’un moment, je ne pourrai plus assurer la direction artistique du festival.

7 Lames la Mer : Vous préparez la relève…

Jérôme Galabert : Oui. J’ai un peu de marge encore mais j’ai pleinement conscience que c’est nécessaire. J’essaie de faire en sortes que le Sakifo soit transgénérationnel, mais c’est quand même un outil qui parle aux jeunes et qui nécessite une énergie et une fraicheur qu’au bout d’un moment je n’aurai plus.

7 Lames la Mer : Vous avez structuré l’entreprise, recruté un directeur… Combien de personnes Sakifo fait-il vivre ?

Jérôme Galabert : Aujourdhui, Safiko, c’est sept personnes en CDI, plus un CDD en partiel sur 8 mois. Nous avons été plus nombreux par le passé. Il faut savoir que, suite à la « crise Orelsan », nous avons été contraints de mettre fin à 3 CDD l’année dernière.

Dans la période du festival, on monte à 280 personnes embauchées : 70 barmans, 13 personnes à la billetterie, autant aux caisses, 50 personnes à la technique, etc. 80% de notre budget est dépensé localement et les activités du festival et autour du festival génèrent l’équivalent de 4 millions et demi de dépenses injectées sur le territoire, dans l’économie réunionnaise.

7 Lames la Mer : Quel est le budget d’un Sakifo ?

Jérôme Galabert : 1,5 million d’euros dont 275.000 euros de fonds publics. Par rapport aux festivals de métropole, ce ratio est une sorte d’exception. C’est ce qui nous donne aussi notre liberté de ton et d’action. La Ville de Saint-Pierre joue le jeu mais ce n’est pas le cas de tous les financeurs publics. Par exemple, quel que soit le pouvoir en place, l’Etat et le Département n’ont jamais aidé le festival. Jamais.

7 Lames la Mer : Ce qui n’a pas empêché le sakifo d’exister et de durer… 10 ans maintenant.

Jérôme Galabert : Je n’aurais jamais cru que l’on arriverait jusque là. A l’époque, j’avais dit que si l’on passait la barre des 7 ans, ce serait déjà bien…

Là, cela fait 10 ans mais l’exercice de cette année est l’un des plus difficiles que l’on ait jamais eu. C’est la première fois que l’on démarre avec un déficit prévisionnel : il faudra une augmentation de la fréquentation pour compenser.

Par ailleurs, le contexte économique et politique ne nous est pas favorable… En 10 ans, nous n’avons pas réussi à convaincre au-delà.

7 Lames la Mer : Vous avez convaincu un public et aussi à l’extérieur de l’île… Le Sakifo, une sorte de « contre-pouvoir » ?

Jérôme Galabert : D’une certaine façon, oui. Beaucoup de gens d’horizons vraiment divers ont soutenu le festival l’an dernier, suite à la polémique autour de la programmation d’Orelsan.

Cela a été une surprise, puis un soulagement et une satisfaction… Et une responsabilité parce que tu te rends compte que tu représentes une parole qui te dépasse et c’est une lourde responsabilité. Il ne faut pas faire n’importe quoi avec ça. Parfois, tu te réveilles la nuit en te demandant si tu n’es pas en train de faire une connerie sur tel ou tel aspect.

7 Lames la Mer : L’affaire Orelsan a laissé des traces…

Jérôme Galabert : Oté, nou la gingne lo kou lan pasé ! Cette polémique nous a fait beaucoup de mal. Le jour où je pars pour BabelMed [3], la sanction de suppression de la subvention régionale tombe. J’étais atomisé.

Une chaîne de solidarité au niveau national se met en place très rapidement à Marseille. Je reviens un peu « regonflé » et je réunis mon équipe pour recueillir le sentiment de chacun car la décision à prendre implique potentiellement le devenir des salariés… Celle qui fait la billetterie, femme seule avec trois enfants, si elle perd son job, ce n’est pas rien. Et ce n’est qu’un exemple. Unanimement, l’équipe a dit : on y va.

7 Lames la Mer : Serrer les coudes pour faire face à la fronde…

Jérôme Galabert : Oui et mettre en place une organisation : j’ai joué le rôle d’aspirateur des mauvaises ondes et des koud’kogne à tous les niveaux pour que l’équipe puisse travailler. Le chargé de com’ faisait un pré-filtre et renvoyait tout sur moi. Ceux qui ont lancé cette polémique l’ont très rapidement personnalisée et d’autres ont sauté sur l’occasion. L’enjeu était réel et on n’en sort pas indemne : je me suis vu plus costaud que je ne l’étais. Mais au bout d’un moment, ce qui ne te tue pas te rend plus fort.

Donc aujourd’hui, j’ai bien compris qu’il y a des gens que je n’arriverai pas à convaincre. Souvent, ce sont ceux qui refusent le dialogue. Cette année, on pose une belle programmation, pleine de découvertes, pleine de prises de risques, audacieuse ! On a la chance d’avoir Manu Chao. Le simple fait de l’accueillir, c’est une façon de dire : lé ga, alé, goutanou astèr !

7 Lames la Mer : L’an dernier, le Sakifo est entré dans un mode de mobilisation quasiment politique avec même la reprise du slogan du père Payet : « Nou lé kapab »…

Jérôme Galabert : Sakifo, c’est une affirmation. « Nou lé kapab » en est une autre. « Nou tiembo, nou larg pa », une autre encore… On a repris ces slogans parce que cela nous paraît important.

Lorsque cela passe par le « canal Sakifo », c’est plus rassurant et apaisant pour les gens. Par exemple, le discours d’ouverture du IOMMA [4], je le fais en trois langues : créole, français et anglais. Cela fait rire certains mais cela plaît aussi à beaucoup et surtout, cela ne suscite pas de polémique. C’est apaisé alors que par ailleurs, le débat est exacerbé. C’est important que l’on puisse dire de façon apaisée : té lé ga, trankil… Sa lé a nou sa ! Passons à autre chose.

7 Lames la Mer : On se souvient aussi du drapeau de La Réunion en fond d’affiche en 2011…

Jérôme Galabert : Oui… On a reproduit ce drapeau sur l’affiche de Sakifo et finalement il n’y a pas eu de polémique ou très peu.

7 Lames la Mer : Sakifo, à la fois contre-pouvoir et marqueur consensuel ?

Jérôme Galabert : D’une certaine façon, oui. Les évènements culturels aussi montrent l’évolution de la société. On est dans une situation sociale terrible donc il y a des combats que l’on ne devrait plus avoir à mener. On peut continuer à débattre mais de façon apaisée. Avançons.

7 Lames la Mer : Votre plus belle réussite parmi les artistes que Sakifo soutient ?

Jérôme Galabert : C’est difficile de répondre à cette question… J’ai un amour profond et un feeling pour Nathalie Natiembé. Je ferai tout ce que je peux pour qu’elle puisse continuer. J’ai aussi une relation très particulière avec Alex Sorrès. Une autre très particulière avec Tiloun.

Une très particulière avec Gilbert Pounia et aussi avec Maya que je connais depuis toute petite. Etc… Les artistes avec lesquels je travaille, pour la grande majorité, c’est aussi parce qu’il y a un lien personnel fort.

7 Lames la Mer : Je suis artiste et je veux jouer au Sakifo…

Jérôme Galabert : Entre septembre et décembre — période d’élaboration de la programmation —, nous recevons entre 10 et 15 demandes par jour. Nous sommes victimes d’une filière qui n’est pas encore bien structurée — notamment les scènes intermédiaires.

La logique voudrait que les artistes fassent leurs armes d’abord dans un réseau de café-concerts — d’où la pertinence du concept « Tournée générale » — puis qu’ils soient à l’affiche de salles comme le Palaxa, le Kerveguen ou le Kabardock, puis qu’ils accèdent au théâtre de Saint-Gilles… Il faut restructurer tout ! On essaie de privilégier le dialogue, d’être pédagogue mais c’est de plus en plus compliqué, aussi parce que j’ai de moins en moins de temps.

7 Lames la Mer : Le choix artistique ?

Jérôme Galabert : Le final cut, c’est moi.

7 Lames la Mer : Sakifo et séga… 2012 a ouvert la programmation à ce genre musical, partie intégrante de notre culture. Essai concluant ?

Jérôme Galabert : En fait, les productions qui nous étaient proposées atteignaient rarement les standards de ce que l’on programmait dans d’autres registres.

J’avais donc le sentiment de ne pas servir ces artistes là en les programmant. Pendant longtemps, je me suis creusé la tête : alors que ce festival est éclectique, comment trouver une solution pour que le séga y ait toute sa place ? La formule mise en place en 2012, c’est « salon-bal », une scène dédiée que l’on renforce cette année en l’ouvrant avec Joajoby, Mounawar ou encore Menwar.

J’essaie d’apporter des solutions et pour cela je m’entoure de gens dont la pensée peut faire évoluer les choses. C’est le cas avec Arno Bazin et c’est aussi une façon d’ouvrir un dialogue avec les représentants de ce genre artistique.

Cette année, nous programmons Séga’El et Lorkès Tapok avec Jean-Pierre Boyer et Jo Lauret. On trouve des compromis d’autant que les ségatiers ont souvent ressenti une sorte de frustration vis à vis du maloya. Il leur a fallu digérer les choses, notamment avec un arrière-plan politique. Je pense que c’est prometteur mais trop tôt pour dire que c’est concluant.

7 Lames la Mer : Sakifo et festivaliers… Une histoire d’amour ?

Jérôme Galabert : Une part de notre public est constituée de « fondus des festivals ». On travaille à diversifier ce public et à essayer d’innover. Cette année, on renoue par exemple avec l’action culturelle en ramenant le Sakifo dans les quartiers.

Il y aura aussi des concerts à la prison, à l’hôpital… On a embauché quelqu’un pour travailler spécifiquement sur le développement des publics et aller conquérir de nouveaux spectateurs. C’est un combat perpétuel. On doit travailler sur l’éducation des publics et notamment du jeune public.

7 Lames la Mer : Sakifo, sékoi ?

Jérôme Galabert : Un gros coeur — sur l’affiche de cette année — qui s’envole au-dessus des flots tourmentés. In ti pé grokèr… Na in pé de « goutanou » dann zafèr là kanmèm la di !

Propos recueillis par Geoffroy Géraud Legros & Nathalie Valentine Legros

Toutes les infos sur Sakifo ici

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Suivez ce lien pour en savoir plus sur le dispositif Tournée générale.

[2Afrique, Caraïbes, Pacifique

[3Festival de musique à Marseille

[4Indian Ocean Music Market

 

FRED ET MAURICETTE HIDALGO : UN DESTIN AU SERVICE DE LA CHANSON FRANCOPHONE

Chevaliers dans l’Ordre National du Mérite et dans l’Ordre des Arts et des Lettres : décernées à Fred et Mauricette Hidalgo, ces deux distinctions viennent souligner “leur parcours, leur action, leur contribution et leur engagement au service de la Culture de notre pays”. Retour sur un événement ayant réuni nombre d’artistes et de personnalités du monde de la chanson aux Trois Baudets à Paris.

 

Cet article a paru une première fois le 28 octobre 2010 sur le site www.francomag.com, magazine d’informations artistiques et culturelles de l’espace francophone. En voici une version réactualisée.

Mauricette et Fred Hidalgo

Mauricette et Fred Hidalgo
En effet, c’est le mercredi 29 septembre 2010 – le même soir que le concert de Gilles Vigneault inaugurant le festival Limoilou m’en chante lancé par Pierre Jobindans la ville de Québec – que Fred et Mauricette Hidalgo ont reçu ces deux distinctions en laquelle ils veulent voir “une forme de reconnaissance officielle de la chanson”.
Il est vrai que ce couple est très connu dans le milieu de la chanson française mais aussi francophone.
Fred et Mauricette Hidalgo sont les créateurs du mensuel Paroles et Musique en juin 1980, puis du trimestriel qui lui a succédé : Chorus, Les Cahiers de la chanson, considéré comme l’organe de référence de la chanson francophone.

Quotidien de la Réunion, 31 décembre 2000, Fred et Mauricette en reportage dans l'océan Indien

Quotidien de la Réunion, 31 décembre 2000, Fred et Mauricette en reportage dans l’océan Indien

 En compagnie de Guy Béart, Antoine, Alain Souchon, Gilbert Laffaille et Clarika

De gauche à droite, Guy Béart, Fred Hidalgo, Alain Souchon et le chanteur Antoine

De gauche à droite, Guy Béart, Fred Hidalgo, Alain Souchon et le chanteur Antoine

Ces distinctions leur ont été remises par Jean-Michel Boris, qui aura été plus de quarante ans à la tête de l’Olympia. Le fait que l’événement ait eu lieu aux Théâtre des Trois Baudets s’affirme comme un symbole de leur quête incessante de nouveaux talents.

La cérémonie s’est déroulée en présence d’un cercle volontairement restreint d’invités, parmi lesquels des amis artistes représentatifs de toutes les générations et de tous les genres musicaux. Le créateur de L’Eau vive, Guy Béart, qui débuta dans ce lieu aux côtés de Brel, Brassens, Félix Leclerc ou Gainsbourg, a rappelé combien il appréciait le couple Hidalgo, “raison pour laquelle”, a-t-il précisé, il a “accepté de sortir en public pour la première fois depuis des années”.

Alain Souchon, Clarika, Gilbert Laffaille étaient également là, tout comme Antoine qui a rappelé publiquement qu’il avait sans doute été le premier à apprendre le projet de Paroles et Musique, en 1979 à Djibouti, lors d’une rencontre avec Fred et Mauricette Hidalgo sur son bateau ! 

Ce soir-là il a même précisé qu’à l’époque Fred Hidalgo menait aussi, sur place, un combat très important contre les dramatiques mutilations sexuelles infligées aux jeunes filles de la Corne de l’Afrique (infibulation), combat qui avait d’ailleurs provoqué la venue à Djibouti de la célèbre journaliste (elle était alors rédactrice en chef de “F Magazine”) et romancière Benoîte Groult, bien connue pour ses positions féministes.

25 octobre 1992, hebdomadaire Week-End, Ile Maurice : annonce du premier numéro de Chorus

25 octobre 1992, hebdomadaire Week-End, Ile Maurice : annonce du premier numéro de Chorus

Avec Jean-Louis Foulquier, Jo Masure, Patrick Printz et François Chesnais

Fred Hidalgo et Jean-Louis Foulquier

Fred Hidalgo et Jean-Louis Foulquier
Étaient aussi de la partie nombre de professionnels, directeurs de festivals, écrivains et journalistes de presse écrite et de radio, ainsi que la plupart des anciens membres de la rédaction de Chorus.
Des directeurs de festivals (Jo Masure d’Alors Chante de Montauban, Bernard Kéryhuel de Chant’ Appart… et Jean-Louis Foulquier, fondateur des Francofolies de La Rochelle, qui fut plusieurs décennies durant le Monsieur Chanson de France Inter), des professionnels tels François Chesnais, directeur du Fonds pour la Création Musicale, ou Patrick Printz, venu spécialement de Belgique en sa qualité de directeur de Wallonie Bruxelles Musiques, principal organisme de soutien à la chanson en Belgique.

En présence de Hélène Nougaro, Marie-Françoise Balavoine et Patrice Dard

Avec Antoine et le romancier Patrice Dard. Au second plan à droite le chanteur acadien Joseph Edgar

Avec Antoine et le romancier Patrice Dard. Au second plan à droite le chanteur acadien Joseph Edgar
Citons encore Serge Llado, humoriste, chroniqueur chez Laurent Ruquier, des amis proches commeHélène Nougaro, dernière épouse du chanteur qui l’a rencontrée à l’île de la Réunion dans des circonstances auxquelles Fred et Mauricette ne sont pas étrangers; Marie-Françoise Balavoine, la sœur de Daniel qui, en tant qu’attachée de presse, appréciait beaucoup le travail de Chorus.
Et aussi le romancier Patrice Dard, fils du grand Frédéric alias San-Antonio qui montrait une affection particulière pour Fred Hidalgo depuis leur rencontre en 1965.
A relever aussi que plusieurs artistes, retenus par des obligations professionnelles ce soir-là, avaient envoyé des mots extrêmement touchants que Fred Hidalgo a cités : Francis Cabrel, Kent Jean-Louis Jossic (Tri Yann), Allain Leprest, Thomas Fersen, Paco Ibañez, Nilda Fernandez, Jeanne Cherhal, Yves Duteil, Hubert-Félix Thiéfaine,… … et d’autres encore dont Michel Jonasz auteur d’un message où il regrettait vivement son absence en raison d’un tournage d’un film, alors qu’il voulait absolument être présent en ce 29 septembre, en souvenir notamment du premier numéro de Chorus paru fin septembre 1992 qui lui consacrait sa couverture.

Message de Jean-Jacques Goldman ” avec un zeste de malaise aussi “

Fred et Mauricette Hidalgo : Un destin commun au service de la chanson francophone
Réagissant à l’annonce de ces distinctions, Jean-Jacques Goldman avait également adressé au couple Hidalgo un message exclusif lu par Jean-Michel Boris en ouverture de la cérémonie.

En voici l’intégralité :

“Bien sûr c’est mérité.
Bien sûr c’est vraiment mérité.
Bien sûr il y a des gens que la médaille honore et d’autres qui honorent les médailles.
Et s’il y en a deux qui “Méritent de la nation pour leur contribution à la chanson de notre pays”, ce sont bien eux, pas d’erreur.
Mais j’ai beau essayer, je n’arrive pas à me réjouir totalement.
Nous aurions tellement préféré que ces médailles n’arrivent que plus tard, bien plus tard, et que Chorus vive encore avec eux, qu’il transporte encore leurs transports, leur flamme…
C’est ainsi.
Mauricette, Fred, toutes mes félicitations, sincères, amicales…
Mais avec un zeste de malaise aussi.
Jean-Jacques Goldman”

Après Paroles et Musique et avant Chorus : publication d'un ouvrage de référence : Putain de chanson,

Après Paroles et Musique et avant Chorus : publication d’un ouvrage de référence : Putain de chanson

” Un journal ça ne se fait pas tout seul ou même à deux, c’est le fruit d’un travail d’équipe”

Françis Cabrel, un des parrains de Chorus avec Alain Souchon et Jean-Jacques Goldman

Ci-contre, Françis Cabrel, un des parrains de Chorus avec Alain Souchon et Jean-Jacques Goldman
Première adjointe au maire de Paris chargée de la culture, Anne Hidalgo a tenu quant à elle à les féliciter et à leur “redire toute mon admiration pour ce que vous avez accompli dans les domaines de la culture et des arts “.
Rappelons que c’est la mairie de Paris, justement, qui a permis la renaissance de cette salle mythique des Trois Baudets créée par Jacques Canetti en 1947.
Après l’allocution de Jean-Michel Boris retraçant la trajectoire professionnelle du couple depuis 1974 (création d’un quotidien national et de deux hebdomadaires avant le mensuel Paroles et Musique et le trimestriel Chorus, parallèlement à leur activité, depuis 1984, d’éditeurs de livres consacrés à la chanson), puis la remise des insignes dans l’ordre national du Mérite et dans l’ordre des Arts et des Lettres, Fred Hidalgo a pris la parole durant une quinzaine de minutes pour remercier tous ceux qui… méritaient de l’être.
“A commencer par nos principaux et fidèles collaborateurs avec lesquels nous tenons évidemment et avant tout à partager ces médailles, car un journal ça ne se fait pas tout seul ou même à deux, c’est le fruit d’un travail d’équipe”. 

“Jean-Michel Boris est la personnalité du monde professionnel qui nous a toujours inspiré le plus d’admiration et de respect”

Alain Souchon, à la une pour les 25 ans de Chorus et présent aux Trois Baudets pour l'hommage à Fred et Mauricette Hidalgo

Ci-contre Alain Souchon, à la une pour les 25 ans de Chorus et présent aux Trois Baudets pour l’hommage à Fred et Mauricette Hidalgo
Fred Hidalgo a aussi remercié Jean-Michel Boris pour ses mots si chaleureux en disant qu’ils prenaient d’autant plus de valeur “que Jean-Michel Boris est la personnalité du monde professionnel qui nous a toujours inspiré le plus d’admiration et de respect. 

C’est un bonheur et un honneur à la fois de recevoir ces distinctions des mains de celui qui fut directeur artistique pendant plus de quarante ans de la salle chanson la plus mythique de l’espace francophone, qui plus est, aujourd’hui, dans ce Théâtre des Trois Baudets, où nous avons été chaleureusement accueillis par son directeur actuel, Julien Bassouls
.
“Après l’Olympia, en effet, c’est historiquement la seconde salle la plus mythique qui soit, celle à qui l’on doit la découverte de tant de grands talents : Georges Brassens, Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Boris Vian, Félix Leclerc, Serge Gainsbourg, etc., sans oublier Guy Béart qui nous a fait l’amitié d’être des nôtres ce soir : un formidable symbole”.
Fred a aussi déclaré que Mauricette et lui voulaient voir dans ces distinctions une forme de reconnaissance de la chanson, au bout de trente ans d’efforts sans trêve en sa faveur.  Il a aussi remercié le métier et particulièrement les responsables “de terrain”, directeurs de festivals et de salles de spectacles qui sont des vitrines de découvertes de nouveaux talents, “ce qui a toujours constitué l’essentiel de notre quête “.
Il a aussi mis l’accent – comme le leur avaient dit Gilles Vigneault et Jean-Roger Caussimon – sur le fait que la chanson est une chaîne sans fin dont tous les chanteurs sont des maillons indispensables.
” C’est pour cela que nous avons toujours fait en sorte que chaque numéro de Chorus incarne cette chaîne en traitant du patrimoine et des nouveaux talents à la fois, en même temps que l’on couvrait l’actualité sous toutes ses formes, que les artistes soient connus ou pas “.

“Nous partageons évidemment ces médailles avec nos parents qui nous ont aidés et encouragés et avec nos filles qui ont dû subir le stress de nos bouclages”

Fred et Mauricette Hidalgo en compagnie de Jean-Michel Boris et Julien Bassouls dans le reflet des miroirs

Fred et Mauricette Hidalgo en compagnie de Jean-Michel Boris et Julien Bassouls dans le reflet des miroirs

On le sait bien du côté du Québec et de l’Acadie notamment dont les artistes ont souvent été mis en relief dans ses colonnes

Une revue de référence pour la chanson d'expression française d'Amérique du Nord : dossier Charlebois et 3 pages sur le festival de St-Pierre et Miquelon

Ci-contre, une revue de référence pour la chanson d’expression française d’Amérique du Nord : dossier Charlebois et 3 pages sur le festival de St-Pierre et Miquelon
Ce fut, bien plus qu’une soirée professionnelle, plus qu’une reconnaissance bien méritée, le rendez-vous de l’amitié autour de l’amour partagé de la chanson.
Amour-amitié… Fred et Mauricette Hidalgo ont voulu enfin partager ces distinctions “avec nos parents qui nous ont aidés et encouragés et bien sûr avec nos filles Christine et Hélène en les priant de nous excuser des conséquences générées, dans leur enfance et leur adolescence, par le stress de chacun de nos bouclages au fil de ces longues années, car il a fallu s’employer sans réserve dans cette aventure de trente ans au service de la chanson, considérée comme un art…”
C’est d’ailleurs en considérant que ces distinctions représentaient une forme de reconnaissance de la chanson par les autorités françaises, que le couple a remercié le ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, qui leur avait précisé que c’était sur sa recommandation, en plus de sa décision d’accorder la médaille des Arts et des Lettres à Mauricette Hidalgo, que Fred Hidalgo a été nommé chevalier de l’Ordre National du Mérite.
Et ce dernier d’évoquer cette soirée en notant que “Chorus, compte tenu de son aura unique dans la presse musicale francophone, possédait tous les atouts pour continuer longtemps son travail de référence au service de la chanson francophone. Ces distinctions nous ont évidemment fait plaisir, mais en même temps elles ont remué cruellement le couteau dans la plaie. Jean-Jacques Goldman a bien exprimé le sentiment général, comme l’a d’ailleurs noté Jean-Michel Boris…” 
L’impact de Chorus a été très important pour tous les acteurs de la chanson française, mais son envergure francophone – on le sait bien du côté du Québec et de l’Acadie notamment dont les artistes ont souvent été mis en relief dans ses colonnes : tables rondes, rencontres, portraits, festivals, reportages, chroniques d’albums et de livres, etc. – lui conférait une place tout à fait à part non seulement dans la presse musicale contemporaine mais dans l’histoire même de celle-ci, ces “Cahiers de la chanson”, avec leur vocation quasiment encyclopédique, n’ayant jamais eu d’équivalent.
On ne peut donc que souhaiter – avec l’ensemble des lecteurs, des artistes et des professionnels qui se déclarent aujourd’hui “orphelins de Chorus” – une éventuelle renaissance de cet “organe de référence de la chanson francophone”.

Militantisme au cœur de la chanson francophone

Décembre 2003 : dossiers sur Lynda Lemay, François Béranger et l'ami Marc Robine

Ci-contre, décembre 2003 : dossiers sur Lynda Lemay, François Béranger et l’ami Marc Robine
Chevaliers dans l’Ordre National du Mérite et dans l’Ordre des Arts et des Lettres : à vrai dire, ces honneurs ne se limitent pas à “leur parcours, leur action, leur contribution et leur engagement au service de la Culture de notre pays”.
Car la chanson francophone a toujours été une priorité chaque trimestre dans Chorus, et pas seulement à travers les articles mais aussi dans nombre d’initiatives en coulisses.
Un exemple parmi d’autres : Lynda Lemay dont les premiers pas en France ont bénéficié d’un coup de pouce de Fred et Mauricette Hidalgo. L’ayant découverte à Québec sur une prestation de trois chansons, ils l’ont mise aussitôt en relation avec le Tremplin de la chanson du Chorus des Hauts-de-Seine, tremplin grâce auquel la chanteuse allait rencontrer, enthousiastes à l’issue de son passage, la directrice du Sentier des Halles, Nicole Londeix, qui allait la programmer à Paris, et Geneviève Girard qui allait devenir son agent en France avec Azimuth Productions.
Et si Pierre Jobin – ancien créateur de la Maison de la Chanson à Québec, voir dossier sur ce webmagazine – n’avait pas invité Fred et Mauricette à l’inauguration de ce haut lieu de la chanson dans la ville de Québec, le couple Hidalgo n’aurait pas vu chanter aussi tôt Lynda Lemay. Et celle-ci n’aurait pas bénéficié de ce sérieux coup de pouce qui lui a sans doute fait gagner bien du temps.

 

Avril 2001, double page sur Chorus dans la lettre bimestrielle des sociétaires de la SACEM

Avril 2001, double page sur Chorus dans la lettre bimestrielle des sociétaires de la SACEM

“Pierre Jobin a eu raison bien avant tout le monde”

13 novembre 2007 : Pierre Jobin présente le dossier sur la Maison de la Chanson lors d'une soirée de soutien à Chorus à l'Espace France, Québec (Photo Albert Weber)

13 novembre 2007 : Pierre Jobin présente le dossier sur la Maison de la Chanson lors d’une soirée de soutien à Chorus à l’Espace France, Québec (Photo Albert Weber)
Autre facette francophone de Fred et Mauricette Hidalgo, et non des moindres : Pierre Jobin en parle dans le troisième volet du dossier consacré sur ce webmagazine : la carte de n° 1 des “Amis de la Maison de la Chanson du Québec” décernée à Fred Hidalgo… et non pas à Luc Plamondon, comme le pensaient et souhaitaient nombre de professionnels québécois.
Comme quoi le Québec avait “reconnu” le rôle de Fred Hidalgo depuis 1980 au service de la chanson francophone dès octobre 1994 soit seize ans avant la réaction officielle du ministère français de la Culture et de la Communication.
En témoigne le reportage de trois pages paru dans Chorus n° 10 en décembre 1994 sous le titre : “Dans ma maison d’amour – Quand le Québec met la chanson en maison”. 
A la lumière de ces distinctions nationales, on peut penser en effet que Pierre Jobin avait vu juste non seulement avant tout le monde mais, semble-t-il, “contre” les membres de son propre conseil d’administration de l’époque.
IL est vrai – mais faut-il vraiment le répéter ? – que les initiatives journalistiques de Fred et Mauricette Hidalgo ont TOUJOURS concerné la francophonie et même l’espace francophone au sens large. Raison pour laquelle Fred Hidalgo a toujours parlé de chanson francophone et non étroitement “franco-française”.

 

Hedbomadaire Week-End, Ile Maurice : 12 mai 1985, à l'époque de Paroles et Musique ...

Hedbomadaire Week-End, Ile Maurice : 12 mai 1985, à l’époque de Paroles et Musique …

Plusieurs membres de l’équipe ont travaillé à un projet de renaissance de Chorus

Reste au final une note d’espoir allumée au cours de la cérémonie aux Trois Baudets, le 29 septembre 2010 : un projet de renaissance de Chorus mené par plusieurs membres de son équipe de rédaction, les plus jeunes en particulier, qui voient dans ce titre non seulement une revue chargée d’histoire mais surtout pleine d’avenir.  Mais hélas, il n’y a pas eu de suite à cet projet suivi avec attention par nombre de passionnés des deux bords de l’Atlantique, voire d’ailleurs dans l’espace francophone.A découvrir le blog de Fred Hidalgo : Si ça vous chante

Rendu public lors de la création de Chorus, ce constat de Fred Hidalgo est plus que jamais d'actualité

Rendu public lors de la création de Chorus, ce constat de Fred Hidalgo est plus que jamais d’actualité

 

Fred et Mauricette Hidalgo : Un destin commun au service de la chanson francophone

QUEBEC/ PASCAL GELINAS : DE GRATIEN GELINAS A HUGUETTE OLIGNY

“Huguette Oligny, le goût de vivre” : c’est le titre du nouveau film du réalisateur québécois Pascal Gélinas présenté en première mondiale au Festival International du Film sur l’Art (FIF) le mardi 19 mars 2013, 18h30, à la Place des arts, à la Cinquième Salle à Montréal.

pf Huguette et Pascal 2 (crédit Nicole Giguère)

Huguette Oligny et et Pascal Gélinas (Photo Nicole Giguère)

“Le portrait touchant d’une aînée qui nous transmet un vibrant message d’espoir avant le salut final”

Sentant la mort proche, une vieille dame qui a longtemps habité le coeur des Québécois se confie à son-beau fils, le cinéaste Pascal Gélinas.

Issu du lien profond qui les unit, ce film pénètre dans l’intimité d’Huguette Oligny, une comédienne de 91 ans qui aujourd’hui n’a plus d’image à défendre et qui partage sa réflexion sur la souffrance, la foi, le bonheur profond qui l’habite.

En remontant le fil de sa vie, on retrouve son amie de toujours l’écrivaine Marguerite Lescop
et ses enfants Anne et Jean Alexandre dont elle a jadis été séparée pendant 9 ans. Grâce au
pianiste Alain Lefèvre, nous découvrons avec Huguette une mélodie écrite pour elle en 1947 par un compositeur amoureux, André Mathieu.

Françoise Faucher, Françoise Graton, Janine Sutto, Gilles Pelletier, et Gérard Poirier nous révèlent l’attachement qu’ils ont pour leur compagne de route, mais aussi la fragilité du souvenir que laisse un vieux comédien après avoir  peuplé notre imaginaire pendant plus d’un demi-siècle. Ce film est un geste d’amour envers ces êtres de parole. Mais c’est avant tout le portrait touchant d’une aînée qui nous transmet un vibrant message d’espoir avant le salut final.

La sortie de ce film – sur lequel nous reviendrons prochainement – est aussi l’occasion de revenir sur une autre réalisation majeure de Pascal Gélinas consacrée à son père Gratien. D’où cet article déjà publié sous le titre “Gratien Gélinas : un géant aux pieds d’argile” sur le site www.francomag.com le 23 décembre 2009.

“Gratien Gélinas : un géant aux pieds d’argile”

Le 8 décembre 2009, le comédien et dramaturge québécois Gratien Gélinas aurait eu 100 ans. A cette occasion, dans le cadre de l’émission Doc Zone, Radio-Canada a diffusé les 18 et 20 décembre 2009 un film de 55 minutes intitulé “Gratien Gélinas, un géant aux pieds d’argile”. Ce documentaire produit par InformAction Films est réalisé par un de ses fils, Pascal Gélinas, avec une bande-son signée Catherine Major.

Sur le point d'ouvrir La Comédie Canadienne à Montréal (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Sur le point d’ouvrir La Comédie Canadienne à Montréal (Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Pas étonnant que Gratien Gélinas, né à Saint-Tite, en Mauricie, le 8 décembre 1909, ait été surnommé “le père du théâtre québécois” !

Retour sur la trajectoire d’un créateur hors du commun qui a ému et fait rire avec ses personnages enracinés dans la société québécoise : Fridolin, un petit gars du quartier; Tit-Coq, à la recherche d’une famille, et Bousille, que l’on sacrifie.

Outre la création de la Comédie Canadienne, à Montréal, Gratien Gélinas a pris une part décisive à la naissance d’une dramaturgie québécoise moderne.

“Un précurseur qui a consacré toute son énergie à transformer l’image que nous avions de nous-mêmes”

 

GRATIEN GELINAS : Un géant aux pieds d'argile

Et par ailleurs il s’est aussi investi dans l’essor de la télévision et d’un cinéma contemporain. Pas question pour lui de ne s’en tenir qu’à une seule forme d’expression artistique. “Un précurseur qui a consacré toute son énergie à transformer l’image que nous avions de nous-mêmes” : c’est la définition du réalisateur de ce film, assurément l’oeuvre la plus personnelle de toute sa carrière.

Pas de doute possible : en prenant sa caméra, Pascal Gélinas s’est embarqué dans une drôle d’aventure, une démarche à la fois extrêmement publique et totalement intime aussi.

Une définition paradoxale voire ambigüe ? Pas du tout, car ces deux coups de projecteurs sont indispensables pour mieux cerner la personnalité de Gratien Gélinas.

Démarche publique ? Oui car Pascal Gélinas retrace la vie de son père et par conséquent éclaire tout un pan de l’histoire culturelle québécoise : un créateur hors-pair dont les pièces sont étudiées dans les écoles et reprises – aujourd’hui encore – par de nombreuses troupes québécoises.

Démarche intime aussi ? Encore oui car il tente de cerner – ou du moins de mieux faire comprendre – qui fut vraiment son père : un auteur et comédien certes adulé du public, mais toujours confronté à l’angoisse d’être rejeté !

Retrouvailles familiales (Photo Productions Gratien Gélinas)

Retrouvailles familiales (Photo Productions Gratien Gélinas)


Dans le rôle de Fridolin avec Dominique Michel (Bibliothèque et Archives Canada)

Dans le rôle de Fridolin avec Dominique Michel (Bibliothèque et Archives Canada)

 “Durant de longues heures cette nuit là, pour la première fois, j’ai eu mon père rien qu’à moi”

 

Dans la peau de Bousille (Photo Productions Gratien Gélinas)

Dans la peau de Bousille (Photo Productions Gratien Gélinas)

Ce documentaire oscille entre deux repères : création publique et vie personnelle. Il est complété par divers témoignages de personnes ayant côtoyé Gratien Gélinas : Denise Filiatrault, Dominique Michel, Monique Miller, Huguette Oligny, Denis Bouchard, Jacques Languirand, Michel Tremblay, Jean-Louis Roux, Michel et Yves Gélinas.

Autre atout de ce passionnant documentaire : il s’appuie en effet sur les films de famille tournés par Gratien pendant une trentaine d’années; Autant d’images jusqu’alors inédites, qui se mêlent aux extraits filmés des ses œuvres et aux témoignages recueillis par son fils.

D’où l’inévitable interrogation : comment peut-on prendre du recul avec une figure paternelle aussi imposante quand on réalise un documentaire sur son père ?

Et Pascal Gélinas de répondre en commençant par partager un épisode de sa vie. En effet, il explique qu’à l’été de ses 17 ans, dans un train qui les ramenait tous les deux – son père et lui – à la maison, il a vécu une expérience absolument unique.

“Après avoir navigué quelques jours sur le fleuve avec mon père, nous avons tous deux pris le train à Mont-Joli pour revenir à la maison. Durant de longues heures cette nuit là, pour la première fois, j’ai eu mon père rien qu’à moi et je lui ai demandé de me raconter sa vie. Longuement il m’a parlé de ses années d’étudiant, qu’il avait tant aimées, puis de sa carrière, à partir des débuts”.

Et poursuivant ses confidences, Pascal Gélinas d’avouer qu’il était alors “fasciné par l’audace de cet homme, et par sa volonté constante de créer un art populaire”.

Pascal Gélinas s’est battu – avec diplomatie – pour que le projet de son film ne soit pas confié à un autre cinéaste !

Moment de détente au bord de l'eau (Bibliothèque et Archives Canada )

Moment de détente au bord de l’eau (Bibliothèque et Archives Canada)

Le réalisateur de “Gratien Gélinas, un géant aux pieds d’argile” livre aussi une autre confidence : il était aux côtés de son père, en compagnie de son frère Michel, la nuit où il est mort ….

C’est dire les liens intimes – le qualificatif est trop faible – qui se sont tissés au fil des décennies entre l’auteur de ce documentaire et le père du théâtre québécois ! D’où le paradoxe voire la difficulté de réaliser une oeuvre cinématographique mettant en lumière un artiste en perpétuelle (et stressant) besoin de créer et une incontournable figure paternelle. Un père qui ne fut hélas pas présent aussi souvent que ses proches l’auraient souhaité …

Autre évidence : si Pascal Gélinas avait dû céder la caméra à un autre cinéaste pour mener à bien un tel documentaire, il est certain que le film n’aurait jamais pu plonger avec une telle intensité dans l’existence de ce Québecois dont la renommée dépasse largement le contexte strictement théâtral. Et dire que le cinéaste a été obligé de se battre – avec diplomatie – pour que le projet de ce film ne soit pas confié à un autre professionnel de la caméra !

Toutes ces interrogations autour d’une personnalité à multiples facettes ont incité Pascal Gélinas à prendre – avec enthousiasme et obstination – sa caméra pour retrouver les traces de son père à travers les lieux où il a vécu et travaillé.

Et comme le met en relief ce documentaire, l’existence du créateur n’a pas été synonyme de grande sérénité. Ah les affres de la création : toujours inventer, encore innover, et sans cesse se renouveller … mais sans pour autant dérouter son public fidèle à une certaine ambiance. A un ton dans lequel se retrouvaient tant de spectateurs du Québec.

Le film de Pascal Gélinas a été diffusé à deux reprises par Radio-Canada dans la série Doc Zone.

Le film de Pascal Gélinas a été diffusé à deux reprises par Radio-Canada dans la série Doc Zone.

Sa création s’enracine dans les souffrances d’une enfance marquée par la fuite de son père

 

La Ferveur et le Doute, biographie en deux volumes d'Anne-Marie Sicotte sur son grand-père, publiée en 1996 et rééditée en 2009

La Ferveur et le Doute, biographie en deux volumes d’Anne-Marie Sicotte sur son grand-père, publiée en 1996 et rééditée en 2009

Au-delà de l’image publique de ce qui qui savait si bien s’y prendre pour faire sourire et rire, voici qu’apparait une autre personnalité de Gratien Gélinas. Sans doute sa vraie personnalité … Celle à laquelle les foules hilares étaient totalement étrangères.

Et Pascal Gélinas d’ajouter : “Toute sa vie il a eu besoin du succès comme d’une drogue, et sa création s’enracine dans les souffrances d’une enfance marquée par la fuite de son père. C’est ce qui le rendait vulnérable. Avec le temps, j’ai compris que mon père se sentait orphelin, et que sa devise intérieure était : être ou ne pas être… le meilleur ! C’était un créateur terriblement volontaire, qui écrivait dans l’effort et le doute. Un fonceur qui a constamment tout misé pour gagner la reconnaissance du public”.

Et le cinéaste québécois de poursuivre sa réflexion par le constat suivant : “J’ai voulu raconter l’audace de cet homme. Pour nous, il n’était pas le père idéal. Mais le miracle, c’est qu’il a su être le reflet de son milieu, et qu’en ouvrant le chemin pour d’autres, ce géant aux pieds d’argile est devenu le père de notre dramaturgie”.

A en juger par les réactions du public après la projection en avant-première, lundi 14 décembre 2009, au Théâtre du Nouveau Monde à Montréal, le film de Pascal Gélinas va droit au but.

Donc droit au cœur car au-delà des témoignages de personnalités et des images d’archives, une évidence s’impose : outre la vision empreinte d’une évidente tendresse d’un fils envers son père, le cinéaste n’élude pas du tout les divers paradoxes de ce créateur en perpétuelle ébullition qui fut, durant toute sa vie, “un visionnaire tourmenté”.

Le pouvoir, l’argent, le Canada anglais, l’Église même – ô sacrilège – sont passés en revue … musicale !

Photo officielle (Productions Gratien Gélinas)

Photo officielle (Productions Gratien Gélinas)

“Gratien Gélinas, un géant aux pieds d’argile” met en relief l’étonnante trajectoire d’un véritable visionnaire – également véritable bourreau de travail – , qui n’a pas hésité à prendre des risques, en utilisant l’arme de l’humour.

D’où l’immédiat succès de son célèbre personnage sur la scène du Monument national en 1938, et jusqu’en 1946, avec les fameuses revues annuelles Fridolinades : “Le pouvoir, l’argent, le Canada anglais, l’Église même – ô sacrilège – sont passés en revue … musicale !”

Visionnaire, il l’aura également été comme directeur de théâtre, acteur à la scène mais aussi à l’Union des artistes. Selon Pascal Gélinas, « il a tracé des sillons pour une ou deux générations d’artistes qui émergeront ensuite de la “Grande Noirceur duplessiste”. Marcel Dubé, Françoise Loranger et plus tard Michel Tremblay lui doivent d’avoir soulevé la chape d’un théâtre jusque‐là très franco‐français sur les scènes d’ici”.

Grand succès sur scène dès sa création, en 1948, Tit-Coq sera adapté au cinéma en 1952, alors que la version anglaise de la pièce fera le tour du pays, et même une virée aux États‐Unis. Au Québec, la pièce sera jouée sans interruption de septembre 1948 à juin 1949.

Servir d’abord et avant tout l’expression d’une identité nationale

 

Terres à la dérive, un film écrit, tourné, raconté et réalisé par Pascal Gélinas

Terres à la dérive, un film écrit, tourné, raconté et réalisé par Pascal Gélinas

Le film de Pascal Gélinas met aussi en lumière une autre vérité : que ce soit durant son oeuvre d’homme de théâtre sur scène et en coulisses comme pour ses différentes autres activités artistiques, Gratien Gélinas ne s’est jamais écarté d’une ligne de conduite. Et cela durant toute sa carrière : “Servir d’abord et avant tout l’expression d’une identité nationale. Ce qui n’a pas empêché ses oeuvres d’être présentées, au théâtre ou à la télévision, aux États-Unis, en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en France, en Suède, en Finlande, en Pologne, en Italie et ailleurs”, selon l’expression relevée sur le site des Productions Gratien Gélinas.

En 1957, Gratien Gélinas fonde la Comédie canadienne, qu’il dirigera jusqu’en 1972. Il affirme alors sa volonté de “fonder un mouvement de théâtre dont la fonction première est de contribuer, par la création d’œuvres canadiennes, à l’établissement d’une identité nationale dans les arts de la scène”.

Et comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi‐même, le voici qui créer en 1959 à la Comédie Canadienne sa nouvelle pièce, Bousille et les justes. Il s’agit d’ “une satire comique mais cruelle de la société québécoise paysanne, tricotée serrée, fourbe sous ses allures généreuses de catholiques”.

Mais les temps changes, et voici la fameuse « Révolution tranquille » qui s’en vient …

Gratien Gélinas participera à la fondation de l’École nationale de théâtre, en 1960. Puis, en 1966, il crée à “sa” Comédie Canadienne Hier les enfants dansaient : une oeuvre enracinée dans une société québécoise en pleine mutation, voire en pleine tourmente. Il y est question d’une “famille divisée jusqu’à l’éclatement par les divergences politiques, avec des fils souverainistes, peut-être même terroristes, alors que leur père doit renoncer à une nomination au gouvernement”.

Et en 1969, Gratien Gélinas accepte une nomination au gouvernement fédéral : il devient en effet président du conseil de la toute nouvelle Société de développement de l’industrie cinématographique canadienne, ancêtre de Téléfilm Canada, poste qu’il occupera pendant neuf ans.

Février 2009, Pascal Gélinas à Radio-Canada (Photo Albert Weber)

Février 2009, Pascal Gélinas à Radio-Canada (Photo Albert Weber)

Pascal Gélinas, un cinéaste québécois qui aime planter sa caméra au coeur d’une société parfois déchirée, souvent inquiète

Quant à Pascal Gelinas, il s’agit d’un professionnel fort connu à Radio-Canada où il aura été – durant un quart de siècle – réalisateur à l’émission “Science-Réalité”, puis “Découverte”.

Outre cette activité professionnelle on lui doit aussi plusieurs réalisations qui révèlent divers centres d’intérêt et sujets de préoccupation. Car ce cinéaste québécois aime planter sa caméra au coeur d’une société parfois déchirée, souvent inquiète. Et toujours à travers le regard de personnes qui ne sont pas des observateurs, mais des acteurs. Voire des militants…

On lui doit ainsi Montréal Blues : un film de 100 minutes sur l’histoire de jeunes marginaux vivant en communauté, et qui décident d’ouvrir un restaurant bio.

Pascal Gélinas a également co-réalisé avec Pierre Harel “Taire des hommes” un document de 32 minutes sur les événements explosifs – à tous les sens du teme – du 24 juin 1968. Des images-choc “que la télévision n’avait pas montré”.

En reconstituant cette journée violente, Pascal Gélinas et Pierre Harel ont montré l’autre côté de l’émeute : répression des manifestants par les forces policières, coups de matraque et arrestations arbitraires. Les deux cinéastes ont recueilli les témoignages de personnes arrêtées cette nuit : “Un peuple sans histoire était en train de s’en fabriquer une”.

Pascal Gelinas, un des cinéastes invités aux Déferlantes Francophones de Capbreton, juillet 2008

Pascal Gélinas, un des cinéastes invités aux Déferlantes Francophones de Capbreton, juillet 2008

Le porteur d’eau tourné seul en Indonésie a été présenté aux Déferlantes Francophones de Capbreton en juillet 2008

Puis, ce sera “La turlutte des années dures”, film d’une heure trente coréalisé avec Richard Boutet. Ce documentaire musical retrace l’historique de la mémoire collective contemporaine du Québec et du Canada, en commençant par la Première Guerre Mondiale, en passant par la Grande Dépression, pour finalement se rendre aux années 1980. Ce film a remporté le prix de la critique en 1983 au Québec.

En 2006, Pascal Gélinas réalise à compte d’auteur Le porteur d’eau, un documentaire qu’il a tourné seul en Indonésie. Ce film a été présenté aux Déferlantes Francophones de Capbreton, en France, en juillet 2008 … ainsi que dans une vingtaine d’autres pays et a recueilli au final pas moins de cinq prix.

En 2008, Pascal tourne et réalise Terres à la dérive, un documentaire de 35 minutes portant sur l’avenir de l’agriculture au Québec : une réalisation présentée à Radio-Canada et sur TV5 Monde, et primée à Toulon.

Au terme de cette brève présentation de l’oeuvre cinématographique de Pascal Gélinas, un constat s’impose. “Gratien Gélinas, le géant aux pieds d’argile” demeurera son œuvre la plus marquante. La plus personnelle bien sûr. Sans doute le film de sa vie. Un film auquel le documentaire tourné sur Huguette Oligny donne sans aucun doute une nouvelle résonance : avec le sentiment d’avoir bouclé la boucle en réalisant ces deux films sur deux personnalités majeures de la vie culturelle québécoise.

Jeudi 17 juillet 2008, cinéma de Capbreton : Maurice Segall présente le cinéaste Pascal Gélinas, juste avant la projection du Porteur d'eau (Photo Albert Weber)

Jeudi 17 juillet 2008, cinéma de Capbreton : Maurice Segall présente le cinéaste Pascal Gélinas, juste avant la projection du Porteur d’eau (Photo Albert Weber)

Si la démesure de cet homme a blessé nombre de ses proches, elle a servi la nation toute entière

 

GRATIEN GELINAS : Un géant aux pieds d'argile

Laissons à présent le mot de la fin à la petite-fille de Gratien Gélinas, Anne-Marie Sicotte, auteure d’une dizaine d’ouvrages, dont la saga historique Les Accoucheuses. Elle a aussi rédigé une biographie en deux volumes sur son grand-père : “Le Doute et la Ferveur, publiée en 1996 et rééditée en 2009.
Et en novembre 2009 a paru – toujours à son initiative – a paru “Gratien Gélinas en images , Un p’tit comique à la stature de géant” : une biographie de près de 200 pages, avec nombre de photos inédites.

Dans la dernière page de ce titre, sous le titre “Le rideau tombe”, Anne-Marie Sicotte s’interroge : “Que reste-il, aujourd’hui, du passage d’un homme qui a réussi à se hisser au firmament de la célébrité ? Au-delà de la richesse de ses oeuvres, il reste en premier lieu un portrait saisissant, celui d’un être vivant dans une démesure qui se nourrissait de sa fragilité. Celui d’un être en quête d’une totale approbation et d’un amour absolu, mais qui n’a pas ou étancher sa soif au fleuve qui coulait à proximité. Un être si pathétiquement humain qu’il en est devenu un formidable artiste”.

D’où ces ultimes phrases de la petite-fille Anne-Marie qui insistent – à l’instar du film du fils Pascal – sur la personnalité tellement attachante et complexe de leur parent : “A la fin des années 60, Gratien avait terminé l’essentiel de sa mission, soit ouvrir une brèche, ensuite élargie par une cohorte de créateurs. Si la démesure de cet homme a blessé nombre de ses proches, elle a servi la nation toute entière”.
Remerciements à Vanessa Audet/ InformActionsFilms