Parler de chanson francophone d’Amérique du nord, c’est immédiatement penser au Québec. Un réflexe naturel étant donné le nombre d’artistes et de groupes de la Belle Province désormais connus en France.

Et puis il arrive, de plus en plus souvent depuis quelques années, qu’on pense aussi à l’Acadie : une nouvelle génération de talents – comme Lisa LeBlanc, Les Hay Babies ou Caroline Savoie – s’affirme de plus en plus au fur et à mesure à travers l’Hexagone.

Et puis ? Et puis c’est la plupart du temps place au grand vide car la francophone hors Québec et hors Acadie a des allures de trou noir intersidéral.

YAO GROS PLAN FF2013

Novembre 2013, FrancoFête en Acadie, vitrine musicale

Slam, jazz, hip-hop, blues, poésie urbaine : bienvenue au métissage

Et pourtant dans TOUTES les provinces du Canada s’expriment des voix, toutes générations confondues, qui décident coûte que coûte à chanter EN FRANÇAIS tout en étant bilingues de par leur environnement quotidien.

L’auteur-compositeur-interprète Yaovi Hoyi alias Yao, né en Côte d’Ivoire de parents togolais, est un des symboles de cette formidable relève francophone nord-américaine. Un exemple des plus significatifs tant par ses origines que son métissage musical.

Ce Franco-Ontarien refuse les catégories et les préjugés, les œillères artistiques et la frilosité culturelle. En témoigne avec éclat “Perles et paraboles”, son nouvel album de 13 titres.

Slam, jazz, hip-hop, blues, poésie urbaine … il y a les mots qu’on emploi tout le temps et souvent à tort et à travers pour définir un album … et puis il y a une réalité aux allures de passerelles musicales, de passages entre des univers artistiques qui s’entrecroisent tout en conservant leur authenticité.

Ainsi se présente le nouvel opus de Yao. Un album bénéficiant de titres qui ne se ressemblent pas les uns les autres. De quoi hérisser le poil des “spécialistes en catégories” qui ont toujours besoin de classer, de ranger, de déterminer … ce qui les incitera d’ailleurs à affirmer que “Perles et Paraboles” manque terriblement de cohérence, de cohésion !

 

PF FF MARCIE LUDO YAO

Juillet 2013, Festival de Petite-Vallée. Avec le chanteur-musicien Ludo Pin et la chanteuse Marcie au Village en Chanson, devant la célèbre citation de Félix Leclerc

Métissage : un repère majeur chez Yao

Or c’est justement dans un judicieux choix de titres aux sonorités variées que réside un des atouts de cet opus : chaque morceau possède son identité, d’où au final un CD qui en dit long sur l’audace créatrice de celui qui s’est éloigné de son univers initial fortement enraciné dans le hip-hop.

Métissage est un repère majeur chez cet artiste. Une conversation de près de trois heures, en ce lundi 27 février 2013 dans une brasserie, Place du Châtelet au cœur de Paris, m’aura permis de mieux connaître et surtout comprendre une personnalité aux multiples facettes.

Oui métissage … et à tous les sens du terme pour ce créateur qui aime dire qu’il est “à la fois noir et roux”, et qu’il a grandi en appréciant aussi bien la voix d’Andrea Bocelli que les rythmes de Michael Jackson.

 

YAO FRANCOFETE 2013 PLUS 3

Novembre 2013, vitrine musicale à la FrancoFête en Acadie; Yao entouré par Olivier Philippe-Auguste (violon), Peterson Altimo (guitare) et Nathaniel Clarke (claviers)

Dialogue avec les jeunes dans les établissements scolaires

Chez Yao pas de barrière pour celui qui est régulièrement au contact des jeunes dans les établissements scolaires de son cher Ontario : des rencontres pédagogiques où il aime partager son amour des mots, sa passion du vocabulaire, son attention aux grands repères de la chanson française aussi tels Jacques Brel par exemple.

Alors ne vous étonnez pas si “Perles et Paraboles” donne envie de danser et de réfléchir aussi … mais sans se prendre la tête avec d’obscures messages d’une chanson à texte cérébrale à souhait.

Un des exemples les plus révélateurs de la dualité de Yao, c’est “Disjoncter” : un titre à la fois très dansant et cependant doté d’un texte qui en dit long sur ce qui retient l’attention, irrite et dérange Yao dans ce monde de plus en plus conformiste.

 

YAO CHABOT BORI

Juin 2013, Festival de Chanson de Petite-Vallée. Yao en compagnie du parolier Marc Chabot et de l’auteur-compositeur-interprète Bori

Devenir artiste : un choix de vie loin du milieu de la finance

Bien dans sa tête et dans sa vie, dans ce bilinguisme quotidien qui l’incite à jongler en permanence entre français et anglais, Yao affirme une force et une joie de vivre à toute épreuve.

Car malgré son jeune âge, cet auteur-compositeur-interprète a stupéfié ses collègues de bureau et sa supérieure voici quelques années … alors qu’il gagnait très confortablement sa vie en qualité d’analyste financier. Mais le secteur bancaire n’avait sans doute pas suffisamment d’atouts – autres que financiers – pour que le jeune Franco-Ontarien tire un trait sur des projets artistiques.

Décisif choix de vie donc pour Yao qui a abandonné les chiffres pour les sons… C’est dire s’il croit en sa trajectoire dont il assure – pour le moment – seul la direction artistique et financière. Son passage aux BIS de Nantes et au MIDEM à Cannes – en janvier 2014 – témoignent d’une évidente volonté. Celle de frapper à la porte des professionnels français qui lui donneront accès au marché hexagonal, à tous les niveaux : distribution, concerts, médias, etc.

YAO 3 STAGIAIRES PETITE VALLEE

Eté 2013. Festival en Chanson de Petite-Vallée. Yao et plusieurs artistes des Rencontrent qui chantent

Avec la complicité du producteur Sonny Black et du violoniste Olivier Philippe-Auguste

L’artiste d’Ottawa croit en sa bonne étoile, en cet album bénéficiant de la complicité du producteur canadien de renom, Sonny Black ayant contribué au succès de nombreux artistes comme Corneille ou le groupe de rap québécois Dubmatique.

Comment définir Yao en quelques repères, au-delà des nombreuses vidéos qui circulent sur internet ? Une énergie qui éclate sur scène avec une terrible efficacité, mais sans excès. Diction parfaite, même sur les titres qui exigent un débit plutôt rapide … Des textes intenses, sensés, intelligents sans pour autant tomber dans un savant intellectualisme …

Et bien sûr une présence scénique toute en retenue selon les titres et ludique à d’autres moments. Yao est assurément très à l’aise face au public, aussi bien a capella qu’entouré de ses musiciens dont l’incontournable violoniste d’Ottawa, Olivier Philippe-Auguste : sans doute un pilier majeur dans l’évolution musicale de Yao …

YAO PETITE VALLEE CHABOT

Festival de Petite-Vallée, au cœur des échanges durant “Les Rencontres qui chantent”

A Petite-Vallée avec Marc Chabot et Daniel Boucher

Cette évolution musicale passe par nombre de concours, festivals, tremplins et autres vitrines musicales à travers le vaste Canada. C’est ainsi qu’en juin dernier, Yao a vécu une expérience unique à bien des égards : une résidence artistique au Festival en Chanson de Petite-Vallée.

C’est là, en Gaspésie, dans un des plus importants festivals du Québec, que Yao s’est aventuré dans de nouvelles contrées musicales; un travail à la fois individuel et collectif, sous l’égide de l’ANIM, l’association nationale de l’industrie musicale.

Pas moins de 12 nouvelles chansons ont été composées en quelques jours par 12 artistes – dont Yao – au Camp Chanson du 31ème Festival en Chanson de Petite-Vallée.

C’est sous l’œil et l’oreille des plus attentifs du parolier Marc Chabot et de l’auteur-compositeur-interprète Daniel Boucher a eu lieu cette aventure tant artistique qu’humaine. En l’occurrence un microcosme de création non-stop mené à bien par des chanteurs et chanteurs aux origines fort variées.

Yao et Kristine Saint-Pierre (Ontario), y ont travaillé avec Jérôme L. Tardif (Gaspésie) ; Anthony Roussel, Olivier Bélisle (Québec) ;  ; Mario Lepage, Vaero  (Saskatchewan) ;  Pierre Guitard (Acadie) ; ainsi que la francophonie des Amériques : Vincent Raffard (Etats-Unis) ; Pascal Mazamba (Guadeloupe) et deux artistes de France : Lily Lucas et Mariscal.

PF VIT CERCLE YAO

Ottawa. Percutante vitrine musicale au Centre National des Arts

Mars 2013 : première rencontre à Ottawa

C’est en mars 2013 que j’ai vu pour la première fois Yao sur scène. C’était à Ottawa, lors d’une vitrine musicale proposée par l’APCM, l’Association des professionnels de la chanson et de la musique : une initiative bénéficiant de l’appui financier de Musication et du programme vitrines musicales.

Pour mon premier séjour en Ontario, nul doute qu’une des révélations majeures aura été Yao dont la prestation m’a très agréablement surpris, au Centre National des Arts, un des haut-lieux de l’expression artistique et culturelle d’Ottawa. Surpris par sa prestation, je l’avais alors qualifié de “cousin d’Abd-al-Malik ” dans un article paru sur ce site.

D’où ce constat paru au printemps 2013 :

” Autre registre avec l’extraverti YAO. Sans se lancer dans des comparaisons teintées de flagornerie, il suffit de fermer les yeux pour marcher – avec assurance – sur les traces d’un certain Abd-al-Malik au niveau du phrasé, de l’intonation, de certains thèmes aussi.

S’y affirme entre autres références le parti-pris d’un « message positif » synonyme de respect réciproque, de tolérance mutuelle, de besoin et d’envie de mieux comprendre l’autre, surtout s’il est différent. Un message dont l’impact sans assurément amplifié de par la complicité entre le chanteur et ses musiciens qui offrent une couleur tout à fait particulière aux textes : Olivier Philippe-Auguste (violon), Manon Gaudreau-Fess (flûte traversière), Ammayas Khidas (djembe, derbouka) et Peterson Altimo (guitare acoustique, basse).

Pas étonnant donc que Yao évolue avec aisance dans une poésie aux accents slam, avec ici et là des escapades du côté du blues et du jazz. Ses textes ont des allures d’instantanés de la vie telle qu’elle est, sans angélisme ni misérabilisme, où rien n’est impossible … mais où le soleil l’emporte sur les zones d’ombre”.

YAO PETITE VALLEE GROUPE

Photo-souvenir des artistes de la relève au Festival en Chanson de Petite-Vallée

Trouver sa voie en France

Aujourd’hui plus que jamais, avec “Perles et Paraboles”, Yao a incontestablement franchi une nouvelle étape dans sa vie d’artiste et de francophone canadien.

Plus que jamais attaché à son cher Ontario, il espère revenir en France sous peu en vue de plusieurs concerts. Pas pour quelques coups d’épée dans l’eau mais pour continuer à avancer – avec détermination et talent – dans cette vie d’artiste pour laquelle il a abandonné sécurité de l’emploi et confortable salaire.

Cet espoir de retour en France n’est pas synonyme de chimères comme en témoignent diverses pistes de réflexion et surtout d’action. Un nouveau virage à suivre de (très) près.

 

Texte et photos Albert Weber

 

Dossier de presse sur Yao

Site de l’artiste

 

YAO PLUS 2 MUSICIENS

“Mon anomalie paradoxale”

 

Auteur-compositeur-interprète, Yao l’est assurément. Mais pas seulement …

Passionné par les musiques et les chansons, il l’est aussi par l’écriture, la littérature, la philosophie. Le métissage dans lequel sont enracinées aussi bien sa vie personnelle que son œuvre reflète une constante dualité.

C’est “mon anomalie paradoxale” comme il l’explique dans un long texte où l’on croise entre autres Voltaire et Epictète, Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Albert Camus …

Sans oublier Angela Schwindt qui déclare : “Alors que nous essayons d’enseigner la vie à nos enfants, nos enfants nous montrent ce qu’est la vie.”

 

Voici quelques extraits de ce texte qui en dit long sur Yao, une fois que les projecteurs sont éteints et qu’il se retrouve seul face à son écran d’ordinateur, embarqué dans un intense questionnement.

“Pour certains  je suis fou. Je l’accepte et je le clame.

Pour certains je suis poète. Je l’accepte et je le clame tout aussi haut.

Pour d’autres je suis complexe, alors que moi,  je me vois simple.

 

Je me sens incompris alors que tant prétendent, ou disent me comprendre…

 

J’accepte mon sentiment et j’accepte aussi le votre.

Pour ma mère, je suis son fils. Pour mon père, je suis un cas.

Pour mon frère, presqu’un héros. Et pour ma sœur, je vis ma vie.

Pour mon grand frère, j’ai la tête dure.

 

Mais pour moi même… Que suis-je pour moi même….? Quelle est ma raison d’être? le sens de mon existence…?

Arrête de te poser des questions inutiles, est la réponse la plus souvent reçue. Philosopher est une perte de temps.

(…)

 

S’il y a une chose que je sais, c’est que je ne sais rien disait Socrate. Je suis de cet avis.

Mais reste que c’est quand même intéressant de constater que “l’allégorie de la Caverne” se veut encore applicable aujourd’hui. Que la personne ne connaissant rien d’autre que le reflet du soleil sur les parois de la caverne, vous dira toujours et essaiera par tous les moyens possibles de vous convaincre que ce reflet – est – le soleil.

 

L’on nous pousse à penser hors de la boîte. Vas-y discerne de nouveaux paramètres!

Mais dès que l’on se permet de sortir du périmètre….

Oh oh oh oh…..

Ton originalité menace notre “harmonie.” Alors conforme-toi, où meurs! disait-on à Meurceau, dans l’Étranger, d’Albert Camus.

Même la science s’emballe. L’on passe plus de temps à détruire les théories qu’à en créer. Pour chaque scientifique mentionnant quelques choses de nouveau, cinq autres s’acharneront à lui prouver le contraire…. Ne vient pas changer les choses. Alors qu’est-ce qu’on fait?

En attendant que vous me donniez la réponse, Où est ma télécommande? Fuyons la réalité dans un bon reality show!

 

Mais le problème, selon moi, c’est qu’à travers cette attitude,

cette quête d’une homogénéité,

ce désir abusif d’un conformisme à outrance,

nous devenons simplement incapable de différencier entre ce que nous voulons, et ce dont nous avons besoin… même en couple…”

(….)

En grandissant, on perd cette aptitude… cette capacité de se questionner et de questionner les choses autour de soi. On prend les choses, comme elles sont. Pour acquises. Nul besoin de savoir le pourquoi des choses abstraites, et encore moins le comment. 

Angela Schwindt disait: “Alors que nous essayons d’enseigner la vie à nos enfants, nos enfants nous montrent ce qu’est la vie.”

Ambiguë? oui. Se perdre à chercher à répondre aux questions, où vivre une vie dénudée de réponses? Elle serait pleine de sens pour certains, et vide et exiguë pour d’autres, mais que serait-elle pour moi? la est la question.

Si je parais égocentrique, veuillez m’en excuser. vous offensez, ne se voulait nullement mon objectif. Mais chose certaine, je ne m’excuserais jamais, de rester objectif en ne parlant que de moi.

J’avoue par contre que rien ne m’empêche de me mettre à votre place et d’accepter qu’il existe la possibilité que vous ayez raison et que j’ai tort. Tout comme, celle selon laquelle j’ai raison et vous avez tous torts.

Où comme dirait Gandhi: “Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort.”

Si vous n’aimez pas ce que je dis, c’est tout simplement parce que vous aimeriez que ce soit autre chose. Et dans mon cas, pourquoi est-ce que je m’acharnerais à ce que vous aimiez ?

Je suis noir, et je suis roux. Je me donne donc la permission d’être différent et je l’assume. Sauriez-vous en faire autant? Sauriez-vous acceptez que la réalité autour de vous ne soit pas conforme à votre réalité, à votre conception des choses?

Sauriez-vous vous résister à cette envie de voir l’autre succomber à votre perspective? Sauriez-vous être obsédé par vous-même de manière moins irréfléchie?

Sauriez-vous être moins égocentriques?

Tout ce que je viens de vous raconter là, je n’ai rien inventé”.

YAO MAIN

Yao, une voix/voie vraiment à part dans la chanson francophone d’Amérique du Nord

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