ALSACE : GAËL SIEFFERT LAURÉAT DU 1ER CONCOURS D’STIMME

Soirée des plus réjouissantes samedi 10 juin à Sélestat pour qui s’intéresse à la chanson alsacienne.

Culture et identité ont si souvent méprisées par la France et l’Allemagne qui ont tenté de la mettre au pas, voire de l’étouffer définitivement au gré d’une tragique Histoire enraciné dans de perpétuelles tentatives d’assimilation forcée.

D’où l’importance d’un tel événement artistique. Car il contredit avec professionnalisme les oiseaux de mauvaise augure (et de mauvaise foi) qui se complaisent à ringardiser et à sous-estimer la détermination de ceux qui chantent en alsacien.

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Gaël Siffert

 

UN CONCOURS LANCÉ PAR L’OLCA ET RADIO BLEU ELSASS

 Gaël Sieffert est donc lauréat de la 1ère édition du concours D’Stimme (les voix) accueillie aux Tanzmatten, le complexe culturel et festif de Sélestat.

Lancé en novembre dernier par L’Office pour la Langue et les Cultures d’Alsace et de Moselle (OLCA) et France Bleu Elsass, ce concours aura suscité une quarantaine de 40 candidatures en provenance de toutes générations.

S’en est suivie une sélection de 10 artistes ou duo : André BAUMERT, Katia CRIQUI, Maxime KUHM, Tatiana HENIUS, Luc LEMENU, Gaël SIEFFERT, Joseph SPINALI, Gilbert TROENDLE, Christophe VOLTZ, Lucie et Valentin ZAEPPFEL

La finale aura été marquée par des adaptations alsaciennes de divers tubes (Claude Nougaro, Léonard Cohen, Claude François, Creedence Clearwater Revival, Secret Garden, etc) interprétés par trois de quatre finalistes : Lucie et Valentin Zaepffel (2ème) ; Tatiana Henius (3ème) et Maxime Kuhm (4ème).

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Lucie et Valentin Zaeppfel au micro de Pierre Nuss
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Tatiana Henius
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Maxime Kuhm, 13 ans

 

AVEC MATSKAT, LEOPOLDINE HH ET CATHIE BERNECKER

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 Présentée en alsacien (et en toute décontraction) par Pierre Nuss, une des voix de la radio coorganisatrice, la finale aura également mis en relief trois artistes dont l’expérience dépasse leur Alsace natale : MatsKat , Léopoldine HH et Cathie Bernecker.

D’où plusieurs chansons proposées par ces trois complices avec notamment des nouvelles versions de refrains traditionnels d’Alsace …

… efficacement accompagnés par le groupe Di Mauro Swing ainsi que les musiciens Christian Clua, Jessy Heilig, Jean-François Untrau, Franck Reinhard, Grégory Ott et Matthieu Zirn.

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Une soirée marquée par nombre de projections présentant finalistes, musiciens  et chacune des chansons offertes au public venu en force à ce grand concert gratuit
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Les quatre finalistes entourés par Matskat, Léopoldine HH et Cathie Bernecker

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CHALEUREUX CLIN D’ŒIL AU FESTIVAL SUMMERLIED

A noter aussi la chaleureuse allusion lancée par Matskat au festival Summerlied fondé en 1997 par Jacques Schleef , juste avant que ne résonnent “Wilde Stimme”, chanson composée spécialement pour LA CRÉATION de l’édition 2014.

Le Festival Summerlied – représenté à la finale de Sélestat par sa directrice Agnès Lohr- invitera Gaël Sieffert, gagnant du concours d’Stimme, à se produire lors de sa prochaine édition en août 2018.

A vrai dire, le résultat du concours met en relief non pas un mais deux créateurs d’Alsace !

La finale a été gagnée avec les chansons “Atmosphère” et “Hin un Här” : paroles de Christophe Voltz et musiques de Gaël Sieffert. Deux créateurs mobilisés en faveur de diverses initiatives communes. En fait, au départ, Gaël accompagne Christophe à la guitare lors des one-man-show ‘s “Ich Bekum a Aff” crées par ce dernier.

Ce spectacle, je l’ai découvert (et apprécié) début mai au Petit Thépatre d’Epfig dirigé par Christian Rauch, directeur d’une salle de 50 places qui mérite assurément d’être mieux connue.

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Gaël Sieffert et les autres artistes régionaux à Astaffort avec leurs formateurs et  Francis Cabrel, créateur de Voix du Sud. (Photo du site de VDS)

 

QUAND ALSACE, PAYS BASQUE, CORSE, BRETAGNE, CORSE, OCCITANIE, ILE DE LA RÉUNION CRÉENT ENSEMBLE A ASTAFFORT

​En 2013, les deux compères se lancent dans un nouveau projet de création musicale basée sur l’alsacien.

VOSTOK PROJECT est né, et participe la même année à un atelier à Voix du Sud, aux fameuses Rencontres d’Astaffort créées par Francis Cabrel : une intense semaine de rencontre avec d’autres artistes pour composer des chansons dans un temps imparti.

Cet atelier conforte Sieffert et Voltz à continuer sur cette voie, encouragés par Voix du Sud. Et VOSTOK PROJECT prend peu à peu son envol en poursuivant son objectif : diffuser le plus largement possible ses créations originales en alsacien.

​A l’été 2016 les deux compères sont à nouveau invités par l’équipe de Voix du Sud sous l’égide du festival Summerlied pour participer à la création “La nuit d’encontre”. Une sacrée aventure synonyme de rencontre de diverses cultures  : Alsace (Gaël Sieffert); Pays Basque (Philippe de Ezcurra); Bretagne (Rozenn Talec); Corse (Diana Salicetti); Occitanie (Coralie Nazabal) Ile de la Réunion (Mathias Vienne alias Tias).

Il en résultera un spectacle réalisé en dix jours à Astaffort et présenté à quatre reprises, dont une fois au festival d’Ohlungen en août 2016. ​

Une aventure sans lendemain ?

Gaël Sieffert et Christophe Voltz espèrent bien que non ! Suite à cette expérience, ils ont envie de présenter “VOSTOK PROJECT” dans d’autres contrées.

Pas de doute, la balle est dans le camp des décideurs …

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Pierre Nuss,  une des voix de Radio Bleu Elsass

 

 “C’EST CHIC DE PARLER ALSACIEN”​

En guise de conclusion à la finale D’Stimme samedi 10 juin à Sélestat une évidence s’impose : “C’est chic de parler alsacien” !

C’est le constat lancé après la proclamation des résultats par l’animateur de la soirée, Pierre Nuss, une des voix de Radio Bleu Elsass.

Un cri du cœur et un percutant clin d’œil plein de bon sens et de fierté … à la célèbre expression “C’est chic de parler français” ayant fleuri avec force en Alsace au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, au détriment de la langue et de la culture régionales menacées d’étouffement.

D’Stimme ? Un concours à renouveler sans aucun doute l’année prochaine …

… mais en proposant si possible deux catégories : une pour les versions alsaciennes de chansons connues et l’autre pour des titres originaux, au sens fort du terme.

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Christophe Voltz et Matskat

 

TEXTE ET PHOTOS ALBERT WEBER

SITES A DÉCOUVRIR
www.olcalsace.org/
www.francebleu.fr/elsass
http://summerlied.org

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“BLUMEN IM TOPF” : L’EXPLOSIF FEU D’ARTIFICES DE LÉOPOLDINE HH

C’est évident. Il est toujours dangereux de coller une étiquette en ne tenant compte que d’une étape d’un parcours pourtant intense en initiatives.

Et quand cette escale a bénéficié d’une forte exposition télévisée, il est si facile de réduire un artiste à un personnage aussi médiatisé qu’artificiel. Au risque de le dénaturer totalement.

Léopoldine HH est sans doute un des exemples les plus percutants en la matière Une championne du (très) grand écart finaliste à la fois de la “Nouvelle Star” en 2014  et du Prix Georges Moustaki en 2017.

Histoire d’une artiste aussi inclassable qu’à l’aise sur scène comme chanteuse, musicienne et comédienne.

 

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“Je suis née toute nue”, titre initial du CD est devenu “Fleurs en pot” (Blumen im Topf”)

 

UNE HEURE AUSSI DÉLIRANTE QUE DÉPAYSANTE

13 chansons en français, anglais, alsacien et allemand …plus un titre caché des plus inattendus. Embarquement immédiat sur la planète “Blumen im Topf” ! Un voyage aussi délirant que dépaysant en 59 minutes et 58 secondes …. aux allures de puzzle aux pièces extrêmement différentes.

Le « Mini-Cédé de Léopoldine » sorti en 2014 était en quelque sorte une « répétition générale », sans doute histoire de se roder, d’explorer avec audace des voix et des voies des plus éclatées.

CHAQUE nouvelle écoute de « Blumen im Topf” révèle des intonations, des détails, des arrangements, des délires vocaux et musicaux.

Ce CD ne se résume pas un “enchaînement de chansons”. C’est plutôt un album-concept forgé de paroles et de musiques, mais aussi de phrases échappées de pièces de théâtre, d’extraits de comptines alsaciennes, de déjantés bidouillages de sons, de bruits divers, de vagabondages vocaux jonglant entre plusieurs langues.

 

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Octobre 2016, Librairie Kléber. Présentation de “Blumen im Top” à Strasbourg avec Charly Marty et Maxime Kerzanet

 

 UNE INSATIABLE GOURMANDISE POUR DES TEXTES D’AUTEURS

Léopoldine HH est unique à bien des égards, et il serait extrêmement réducteur de la qualifier de “chanteuse alsacienne”.

En témoigne sa voix claire et affirmée qui passe de l’aigu au grave avec une aisance jubilatoire : Léopoldine chante et parle, crie et murmure, roule les r au gré des refrains, chuchote et murmure.

Ici et là, au gré des articles suscités par la sortie de cet album, on se retrouve avec des comparaisons des plus flatteuses : Camille, Ute Lemper, Marlène Dietrich, Bjork, William Sheller, Catherine Ringer, etc. Voire de Brigitte Fontaine, Richard Gotainer, Daphné et Nina Hagen dans FrancsFans, le bimestriel indé de la scène” (février-mars 2017) qui le présente comme un des “8 albums indispensables”.

Bravo pour ces flatteuses références mais Léopoldine HH est unique, même si ses envolées vocales et son aisance scénique me font penser à l’Acadienne Marie-Jo Thério et à la Québécoise Klô Pelgag.

Et si l’inspiré grain de folie de ces deux chanteuses se retrouve omniprésent chez Léopoldine, une autre évidence s’impose. Elle s’enracine dans une histoire familiale aux (très) multiples épisodes vécus par ses parents artistes, Liselotte Hamm et Jean-Marie Hummel.

D’où une personnalité fort extravertie, enrichie par un héritage enraciné dans un savoureux éclectisme. La jeune chanteuse affiche une insatiable gourmandise pour des textes d’auteurs fort variés, célébrés  dans plusieurs langues. En somme une artiste qui se joue des courants des pensée, des périodes littéraires et aussi des genres musicaux.

Certes, ici et là, Léopoldine est parolière et/ou compositrice de certains titres. Mais la majeure partie des titres fait la part belle à de superbes signatures : le poète Olivier Cadiot ; le comédien, auteur dramatique et metteur en scène Gildas Milin ; la romancière Gwenaëlle Aubry, etc.

D’où une série de titres où Léopoldine s’envole entre aigu et grave : autant de convaincants repères d’une incontestable maîtrise, résultat d’années de chorale, de piano, de chant lyrique, de musicologie.

Un des meilleurs exemples de cette maîtrise vocale doublée d’une perpétuelle envie de surprendre, c’est “Zozo Lala”. Un texte surréaliste signé Roland Topor de Michel Valmer. Sans doute le plus explosif de cet album qui ne manque pourtant pas de dynamite.

 

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COMPTINES ALSACIENNES PASSÉES À LA MOULINETTE ÉLECTRO

Léopoldine HH a toujours envie et besoin de changer de registre artistique. J’en sais quelque chose pour l’avoir apprécié au fil des ans dans des circonstances très différentes … autant par journée ensoleillée sous chapiteau au Festival Summerlied à Ohlungen ou bien dans la pénombre nocturne d’un sous-sol strasbourgeois pour le “Festival des Caves”, une cave de Strasbourg.

Deux souvenirs parmi d’autres d’une énergique et pétillante jeune femme sans doute à ses premiers pas d’une carrière d’auteure-compositrice-interprète aussi imprévisible qu’inspirée. A l’instar d’une Diane Dufresne …. sans accent québécois mais avec une malicieuse aisance pour jongler entre français, allemand et alsacien dont elle s’approprie chaque fois les intonations et la diction.

Qu’elle chante – en allemand et français – un texte de la poétesse Eva Strimatter en guise d’introduction à “Blumen im Topf” ou qu’elle donne vie aux textes du metteur en scène et auteur Gilles Granouillet, Léopoldine fait toujours preuve d’incontestable originalité.

Et la chanson “Blumen im Topf” ? Elle a été coécrite par Léopoldine HH et Charly Marty, un des deux comédiens-musiciens qui l’accompagnent sur scène et ont enregistré l’album avec elle. L’autre, c’est Maxime Kerzanet : tous deux ont également beaucoup travaillé avec elle aux arrangements, à l’instar de Flavien Van Landuyt.

Pour ses “fleurs en pot” – titre éponyme de l’album – Léopoldine a puisé dans ses souvenirs d’enfance. Mais attention ! Pas question de reprendre dans sa version originale le refrain chanté par sa grand-mère. 

“Ne me demande pas ce que j’ai dans la tête” lance-t-elle, accompagnée par les chœurs du collège Diderot de Besançon en s’en donnant à cœur joie avec ces “Blumen im Topf” … phrase également reprise dans le 13ème titre. Avouez qu’il faut tout de même être audacieux pour sortir son premier album sous un titre en allemand, non ?

Et quand elle reprend une des plus célèbres comptines de son Alsace natale, elle en offre une version électro à des années-lumière de la version habituelle. “Mama ich will a Ding” s’achève d’ailleurs par quelques brèves phrases en alsacien et en français.

“Tu es comme un livre, on peut lire en toi” lance Liselotte Hamm.  C’est du moins la première impression … car les deux titres enchaînent sans temps mort !  Extraits de comptines passées à la moulinettes, interventions éclairs de Jean-Marie Hummel et Liselotte Hamm, le tout enrobés dans de percutants synthétiques. D’où “Blumen Frischgemixt” mijoté par Léopoldine HH et Flavien Van Landuyt au studio Zèbre de Besançon.

Une délirante explosion de sons et de voix où Léopoldine donne libre cours à sa folie créatrice … juste avant de raconter – avec l’accent allemand – l’étrange histoire de “Magie-Blanche”. d’après la pièce “Brasserie” de Koffi Kwahulé, comédien, metteur en scène, dramaturge et romancier ivoirien !

 

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Livre clin d’oeil à Adrienne Hummel par Léopoldine entourée par Charly Marty et MaximeKerzanet

 

“EUROPÉENS D’ALSACE” : SACRÉE FAMILLE D’ARTISTES

Loin des pots de géranium symboles d’une Alsace folklorique, les fleurs offertes avec  par Léopoldine durant près d’une heure en disent long sur le potentiel de cette inclassable artiste d’Alsace.

“Des Européens d’Alsace” : c’était le titre d’un portrait paru dans Chorus, les cahiers de la chanson au printemps 1995. Deux pages consacrées à Liselotte Hamm et Jean-Marie Hummel : “Un couple d’artistes étonnants, dont éclectisme et l’expérience internationale vont de pair avec une joie de vivre assumée au quotidien, à la ville comme à la scène”. 

“Impossibles à cataloguer, avec leur répertoire tantôt français, tantôt alsacien, tantôt allemand” avais-je précisé. Pas de doute ! 22 ans plus tard, ces propos s’affirment plus que jamais d’actualité pour définir, ou plutôt pour tenter de définir leur fille Léopoldine.

Sacrée famille d’artistes où s’affirment aussi d’autres registres artistiques Yérri-Gaspar Hummel et Adrienne Hummel, les deux autres enfants des “Européens d’Alsace” Une famille qui suivra de (très) près la finale du Prix Georges Moustaki, le 16 février à 20h à Paris.

Hé oui, Miss Léopoldine se retrouve avec 6 autres talents en finale de ce prestigieux événement mettant en valeur des talents révélés par des albums auto-produits : Bergame, CLIO, L’Arthur, Nicolas Séguy Jeanne Rochette et Maud Lübeck .

C’est évident, on n’a pas fini de parler de Léopoldine HH, décontractée chanteuse à tresses dont ce premier album n’est, à vrai dire, qu’une facette de ses intenses initiatives artistiques.

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TEXTE ALBERT WEBER

PHOTOS ADRIENNE HUMMEL

PAGE FACEBOOK DE LÉOPOLDINE HH

SITE DE LÉOPOLDINE HH