C’est une info « Planète francophone » (et seulement une des facettes de l’actualité liée à cet ouvrage d’ores et déjà de référence) : après deux premières réimpressions en octobre et décembre de son livre sur Jacques Brel aux Marquises, L’aventure commence à l’aurore, paru en septembre dernier, Fred Hidalgo travaille actuellement à une édition « revue et augmentée », enrichie de nouveaux témoignages.

Un ouvrage de référence, puisqu’il s’agit du premier exclusivement consacré à l’aventurier, du jour où il largue les amarres du port d’Anvers (24 juillet 1974), après son retrait de la scène et des plateaux de cinéma, à celui de ses obsèques à Hiva Oa (13 octobre 1978).

Une première dans l’importante bibliographie de Brel, bien que trop de médias, croyant sans doute qu’il s’agissait simplement « d’un livre de plus » sur l’artiste, l’ont (jusqu’à présent) passé sous silence. Les autres, à l’instar des lecteurs « lambda », unanimes, ne tarissent pas d’éloges à son sujet.

Les absents ont toujours tort, dit le bon sens populaire ; ce qu’en d’autres termes Brel traduisait ainsi : « Il faut toujours aller voir… »

L’occasion pour nous, en tout cas, de faire le point avec l’auteur de ce livre, cinq mois après sa sortie en librairie. Un sujet entre (premier) bilan et perspectives, confidences et révélations.
Décollage immédiat pour les Marquises…

 FRED M BREL-COUV

Une citation d’abord, de Maddly Bamy, qui fut la compagne de Jacques Brel durant cette « aventure » : « À la seconde où son regard croisa le mien, je sus que plus rien ne serait comme avant. Je n’avais encore jamais vécu une telle émotion… Ce regard avait instantanément gravé sa marque indélébile et me faisait tout voir différemment. Quand je pense aux circonstances qui m’ont mené devant ce regard-là, je ne peux que saluer l’extraordinaire précision du destin. »

Son témoignage en dit long sur le rôle essentiel des rencontres dans la vie de Brel, comme l’illustrent nombre d’anecdotes rapportées par Fred Hidalgo dans ce livre enraciné dans « le principe d’imprudence » du Grand Jacques.

Une question à l’auteur, ensuite : à quand des rencontres publiques entre lui et ses lecteurs ?

Trois conférences autour de cette période méconnue de la vie de Jacques Brel sont programmées en février prochain. Et dans des cadres d’accueil fort différents, soulignant l’intérêt suscité par le sujet : la première dans une médiathèque, la deuxième dans une fac et la troisième dans une salle de spectacles.

« Les deux dernières constitueront en quelque sorte la première partie d’un spectacle proposé par Jonatan Saïssi, Fabienne Balancie-Argiro et l’excellent guitariste Christian Laborde (qui forme par ailleurs avec Dalila le duo Soham) : une histoire originale portée par le répertoire du chanteur, cela s’appelle “L’Échappée Brel”. » Entrée libre à chaque fois pour la conférence-débat.

Autant d’occasions à venir, celles-ci et les suivantes, d’en savoir plus sur l’histoire étonnante retracée par ce livre. Car Fred Hidalgo est disposé à répondre à toutes les sollicitations pour rencontrer ses lecteurs et les amateurs du Grand Jacques.

« En fait, précise-t-il, ces premières causeries vont servir de banc d’essai : j’arrêterai là si cela ne provoque qu’un intérêt poli, mais si je sens qu’il y a du bonheur à découvrir et à commenter ensemble cette histoire, je me rendrai disponible chaque fois qu’on le souhaitera, ayant beaucoup de plaisir moi-même à parler de ce Brel d’après Brel, du Brel inconnu et anonyme du bout du monde succédant au Brel archiconnu du monde francophone… »

Pour ce faire, il lui a fallu près de 400 pages, avec un cahier photos consacré à l’« exil » polynésien de Brel, un exil choisi et assumé, à son bateau, son avion, aux lieux où il a vécu et où, d’après certains témoignages recueillis par l’auteur, il serait sans doute resté… Un récit composé de 23 chapitres outre un prologue (« Le principe d’imprudence ») et un épilogue (« Il pleut sur l’île d’Hiva Oa »), auxquels s’ajoutent une chronologie très complète et pointue de la vie du Grand Jacques (15 pages), un entretien avec sa fille France sur l’historique de la Fondation et des Éditions Jacques-Brel, une discographie, une filmographie et une bibliographie.

 FRED M BREL FM_Jojo

 

Jacques Brel reste, parmi les chanteurs francophones disparus, le plus populaire et apprécié des Français.

L’accueil enthousiaste réservé à ce livre montre que Brel, l’homme et l’aventurier en l’occurrence, fascine autant que Brel, chanteur et comédien. D’où ce premier constat relevé par Fred Hidalgo : « Jacques Brel reste, parmi les chanteurs francophones disparus, le plus populaire et apprécié des Français – loin, dans les sondages, devant Brassens, Ferré, Piaf, Ferrat, Trenet, etc. »

Aussi est-il surprenant qu’aucun ouvrage spécifique n’ait été publié avant septembre 2013 sur cette « seconde vie » de Brel. Sans doute fallait-il trouver le temps nécessaire à une immersion totale dans les îles, avoir une connaissance profonde de l’artiste et de son œuvre, mais aussi le talent de nouer de vraies relations avec les personnes – voire les personnages, car certain d’entre eux sont hauts en couleur – qui ont connu et fréquenté « là-bas » le Grand Jacques au quotidien.

« Il faut dire aussi que j’ai rencontré ou retrouvé en Polynésie des gens que j’avais connus ou croisés trente ans plus tôt en Afrique ou avec lesquels nous avions des amis communs. Ainsi, Michel Gauthier, l’un des deux pilotes instructeurs de Jacques Brel, lorsque celui-ci a voulu se remettre à voler en 1976, avait quitté le Gabon où il était pilote de brousse pour Tahiti, en 1971, une semaine seulement avant notre arrivée à Libreville !

FRED M AFRIQUE

Fred Hidalgo et le directeur de l’Hôpital Schweitzer, à Lambaréné en 1975 (collection Hidalgo)

« Il était envoyé par Jean-Claude Brouillet, véritable aventurier des airs, qui me raconterait plus tard toute son histoire pour que je la livre en plusieurs épisodes aux lecteurs du quotidien national gabonais. D’autres aussi comme le journaliste Louis Bresson avec qui j’avais travaillé en France puis en Afrique, ou encore Serge Lecordier – le fondateur de l’Espace Brel à Hiva Oa, à qui l’on doit le sauvetage du Jojo, le bimoteur de Jacques – avec qui je partage, nous venons tout juste de le découvrir avec autant de plaisir que d’incrédulité, des liens familiaux !

« Le monde est petit, certes, mais tout cela est quand même étonnant. J’étais déjà en harmonie avec Éluard quand il assurait : “Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous”, mais là, ce faisceau convergent d’éléments alors que jamais je n’avais imaginé écrire un jour un livre sur Brel, tellement il y en a eu, et encore moins sur Brel aux Marquises où je ne pensais plus que j’aurais l’occasion de me rendre, me fait m’interroger… Dans son recueil de mémoires, Charley Marouani, l’ancien imprésario et l’un des grands amis de Brel, jusqu’au bout, dit d’ailleurs : “Ce n’est pas moi qui écris, c’était écrit.” »

En introduction à la bibliographie publiée en fin d’ouvrage, Fred Hidalgo met justement l’accent sur la pléthore de livres consacrés à l’artiste : « La bibliographie de Jacques Brel compte des dizaines de titres parus depuis 1964. Une quantité faramineuse d’ouvrages qui ne dérive pas du seul opportunisme médiatique, loin de là : l’intérêt  porté à l’auteur du Plat Pays et des Marquises repose sur un réel besoin ; une curiosité, voire une fascination, mise en lumière parfois avec grand talent, à travers des genres allant de la biographie au simple témoignage, en passant par la bande dessinée, l’analyse textuelle et musicale. »

Pas de bibliographie exhaustive, donc, dans cet ouvrage, Fred Hidalgo renvoyant à celles publiées dans les numéros 25 et 65 de la revue Chorus, Les Cahiers de la chanson : « On peut toujours s’y référer, précise-t-il, sachant que l’on se limitera ici, classés par ordre chronologique, aux ouvrages essentiels et à ceux qui se rapportent, peu ou prou, biographies de référence et témoignages divers, au “voyage au bout de la vie” de Jacques Brel. »

Dans cette liste, Grand Jacques, le Roman de Jacques Brel de Marc Robine (Anne Carrière/Chorus, 1998) occupe une place de choix avec deux autres biographies de référence (Brel, une vie, 1984, et Brel, La Valse à mille temps, 2008) également recommandées par l’auteur.

FRED BREL M BAIE ATUONA

C’est le premier livre consacré spécifiquement à sa vie d’après la scène, une vie d’aventurier largement méconnue, des plus émouvantes et spectaculaires…

Des livres à foison donc et pourtant celui-ci n’est pas « un livre de plus » sur Jacques Brel. C’est le premier consacré spécifiquement à sa vie d’après la scène, une vie d’aventurier largement méconnue, des plus émouvantes et spectaculaires. « L’histoire d’un marin au long cours et d’un pilote au grand cœur. »

C’est d’ailleurs l’urgence de raconter enfin cette histoire-là, ignorée par la plupart des gens, y compris des amateurs du chanteur-acteur, qui a décidé Fred Hidalgo à écrire ce livre après être parti sur ses traces en Polynésie et aux Marquises : « Là, des témoins qui le fréquentaient au quotidien ont bien voulu m’en parler, dont certains pour la première fois, sachant qu’ils n’avaient pas affaire à une sorte de charognard mais à quelqu’un qui a voué l’essentiel de sa vie à promouvoir la chanson. »

L’essentiel de sa vie ? Incontestablement ! Né en avril 1949, Fred Hidalgo, vingt ans pile après Jacques Brel, a même consacré la totalité de sa vie professionnelle à la presse et à la chanson francophones.

Créateur de la presse écrite au Gabon avec L’Union, hebdomadaire (mars 1974) puis quotidien national (décembre 1975), et des titres musicaux de référence Paroles et Musique et Chorus (Les Cahiers de la chanson) qu’il a dirigés entre 1980 et 2009, il a été aussi l’éditeur de dizaines d’ouvrages sur la chanson et de biographies de chanteurs, dont celle de Brel citée plus haut écrite par Marc Robine et le beau-livre de la fameuse table ronde de janvier 1969 avec Brel, Brassens et Ferré (Fayard/Chorus, 2003).

Auteur lui-même, il a écrit Putain de chanson (1991), un panorama très complet de la chanson francophone contemporaine, puis un beau livre sur le métier de la chanson à travers ses tables rondes exclusives avec Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman, Yves Simon et Alain Souchon, Les Chansonniers de la table ronde (2004), qu’il a réunis trois fois en l’espace de dix ans.

Cette existence au rythme des mots et des musiques a bénéficié d’une incontournable complice qui occupe une place privilégiée dans la longue liste de remerciements de Jacques Brel, L’aventure commence à l’aurore : « Merci enfin, et “infiniment”, à Mauricette Hidalgo pour… tout : ne serait-ce que pour son aide précieuse en amont et en aval de cet ouvrage, au reportage et à l’enquête qui l’ont précédé, puis à sa mise en forme typographique. »

FRED M BREL TOMBE

 

« Sa vie d’être humain aux Marquises avait-elle été conforme, aux valeurs d’altruisme et d’humanisme que Brel prônait dans ses chansons ? »

Avant d’en venir au contenu proprement dit du livre et aux réactions suscitées auprès des lecteurs et des médias français et francophones, évoquons les conditions dans lesquelles son auteur s’est lancé dans cette aventure éditoriale.

En fait, il aura fallu à Fred et Mauricette Hidalgo trente ans d’attente avant de réaliser leur rêve de se rendre aux Marquises après la mort de Jacques Brel : impossible pour eux, en effet, d’envisager plus tôt un tel voyage de l’autre côté de la planète et surtout un séjour aussi long, alors qu’ils étaient responsables du mensuel Paroles et Musique puis de la revue Chorus, tributaires de leurs plannings de fabrication et prisonniers du bouclage de chaque numéro dont Mauricette Hidalgo assurait elle-même la mise en page jusqu’au bon à tirer final.

Cela dit, ce voyage rêvé sur les traces de Brel, le couple ne l’a pas réalisé pour écrire un livre. « Pas du tout ! précise Fred. J’avais seulement envie de chercher à vérifier un point essentiel pour moi : sa vie d’être humain parmi les autres – dont on ne savait jusqu’ici que fort peu de choses – avait-elle été conforme à sa vie d’artiste ? En tout cas aux valeurs d’altruisme et d’humanisme que l’artiste Brel prônait dans ses chansons. Simple curiosité personnelle, le mot est faible, tant Jacques Brel et ce que j’appelle son principe d’imprudence ont été importants pour moi, mais rien de plus, c’est vrai.

« En plusieurs décennies de travail sur la chanson et la rencontre de la plupart des grands artistes francophones, j’ai toujours été taraudé par la question de savoir si l’homme, ou la femme, était à la hauteur de son œuvre. Et j’ai parfois été déçu… Brel est l’un des rares que je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer. Il s’est installé aux Marquises quand nous vivions au Gabon, et lorsque nous avons créé Paroles et Musique qui m’aurait permis de le contacter, il était décédé depuis un an et demi… Cela restera le grand regret de ma vie, personnelle autant que professionnelle d’ailleurs. Rien d’autre, donc, que de vérifier in situ, aux antipodes, si l’homme que j’admirais comme artiste suscitait ou non, peu ou prou, la même admiration après avoir renoncé à la gloire. Rien, hormis le projet de rendre compte de ce voyage sur mon blog “Si ça vous chante”, une fois de retour. »

L’impact suscité par la série de reportages parue sur le blog aura, dans un premier temps du moins, satisfait Fred Hidalgo. « Pour le livre, j’ai mis du temps à accepter de l’écrire : le blog me suffisait. J’ai suscité tant de livres sur la chanson, accompagné tellement d’auteurs dans leur travail comme éditeur ou directeur d’ouvrage et de collection que je ne me rêvais pas du tout en auteur, du moins pas dans ce domaine-là.

« Et puis, au fil des articles, qui sont devenus des épisodes d’une sorte de feuilleton plus que d’un simple carnet de voyage – j’en ai quand même mis quinze en ligne ! –, je me suis senti de plus en plus frustré… »

FRED M BREL independant

Quotidien L’Indépendant, 8 septembre 2013

« En mémoire de Jean Théfaine, qui m’avait fait promettre “d’en faire un livre” et de Marc Robine, qui avait montré la voie. »

Pourquoi une telle frustration ?

« Au fur et à mesure de l’écriture, je me suis rendu compte que j’étais obligé de passer sous silence nombre d’informations, d’anecdotes et de témoignages pour ne pas risquer d’être trop “pointu” pour le lecteur de mon blog. Créé en novembre 2009, quelques mois seulement après la disparition de Chorus, celui-ci était jusque-là rédigé dans un esprit généraliste, de promotion et d’actualité de la chanson : critiques de disques, comptes rendus de spectacles et de festivals, portraits d’artistes, etc., pour tenter de prolonger un peu le travail brusquement interrompu de nos “Cahiers de la chanson”. Je ne pouvais pas me permettre de transformer un blog chanson en groupe dédié spécifiquement à Jacques Brel… »

Outre cette frustration des plus compréhensibles, parmi les nombreux commentaires suscités par la mise en ligne de ce reportage aux Marquises, Fred Hidalgo va devoir faire face très vite à de nombreuses demandes allant dans le même sens : « Il faut absolument en faire un livre ! » lui dit-on de façon de plus en plus pressante. À commencer par certains proches de Brel en Polynésie…

Entre autres réactions, l’écrivain Didier Daeninckx lui dit qu’il a suivi le feuilleton avec passion, découvrant quantité de choses qu’il ignorait sur Brel, qu’il a envoyé les liens à tout son carnet d’adresses et qu’il espère qu’un livre en naîtra.

FRED M AEROPORT OK

 

« Finalement, dit Fred, je m’y suis lancé avec enthousiasme et beaucoup de bonheur. Il a quand même fallu, pour me décider tout à fait, que l’un de mes grands amis, Jean Théfaine, ancien journaliste à Ouest-France et membre du comité de rédaction de Chorus durant toute l’existence de la revue, insiste longtemps jusqu’à me faire promettre, au printemps 2012, d’écrire ce livre. C’était quelques mois seulement avant son décès. Ma promesse devenait dès lors un devoir moral. »

D’où cette dédicace :

« En mémoire de Jean Théfaine,
qui m’avait fait promettre “d’en faire un livre”,

et de Marc Robine, qui avait montré la voie. » 

Se posait à ce moment-là la question de la transposition du blog au livre. Pas question pour Fred, évidemment, de se contenter de reprendre tels quels les quinze épisodes mis en ligne avec force photos et vidéos ; même largement complétés par tous les éléments laissés de côté en cours de rédaction. Alors, après le reportage effectué en Polynésie, il s’est attelé à une enquête complémentaire en France et en Belgique.

Il recueillera ainsi les témoignages de divers proches de Brel ou de professionnels l’ayant fréquenté durant sa carrière, comme ses musiciens, son ami et ex-imprésario Charley Marouani ou encore Jean-Michel Boris qui assista à tous ses spectacles à l’Olympia et fut l’un des rares à assister au départ du cercueil à l’hôpital de Bobigny, aux côtés de Barbara, de Maddly ou de Miche (l’épouse de Brel dont il ne divorcera jamais) pour être embarqué à destination des Marquises. Il retrouvera même, en Aquitaine, le spécialiste aéronautique qui, depuis, a restauré son avion à Hiva Oa.

« Une histoire formidable elle aussi, tout comme celle du sauvetage et de la restauration par deux frères belges, à Anvers, de l’Askoy, le voilier de Jacques, qui s’était échoué sur une plage de Nouvelle-Zélande où il pourrissait, à demi-enfoui dans le sable… Et puis, quand j’ai estimé avoir tout le nécessaire pour reconstituer précisément les dernières années de la vie de Jacques Brel, à partir du jour où il avait décidé d’arrêter la scène, et où il a progressivement disparu des “écrans radars”, je me suis mis à l’écriture. »

Et l’éditeur ? « Comme je n’avais pas projeté de faire ce livre et que ça n’était pas non plus une commande, j’ai préféré l’écrire d’abord et chercher un éditeur ensuite. En fait, le premier auquel je l’ai proposé, une fois totalement terminé, l’a accepté aussitôt et le contrat a été signé après la remise du manuscrit. En toute connaissance de cause, donc, pour l’éditeur. Détail amusant pour un ouvrage se déroulant pour l’essentiel dans l’archipel des Marquises, celui-ci s’appelle L’Archipel… »

Lecteurs et médias : raz de marée de commentaires élogieux et enthousiastes

À sa sortie, début septembre, les réactions des médias, « du moins de ceux qui ont pris la peine de lire le livre », précise Fred Hidalgo, vont être aussi unanimes qu’enthousiastes, avec des qualificatifs qui reviennent d’un article ou d’une interview à l’autre : « livre formidable, incroyable, passionnant, à dévorer… »

Chose rare, les réactions des lecteurs lambda recoupent celles des médias. Critiques et lecteurs sont à l’unisson. « Ouvrage bouleversant », « … qui a changé ma vie, m’a fait grandir » (le chanteur québécois Jean Custeau), « ce livre est une merveille », « on a l’impression d’être une petite souris qui accompagne Brel », etc.

Des professionnels et des personnalités fort diverses aussi se déclarent touchés et passionnés, comme le président de l’académie Charles-Cros, Alain Fantapié, qui parle de « livre définitif », du responsable des Rencontres d’Astaffort (Voix du Sud), Jean Bonnefon, qui s’interroge : « Comment as-tu fait pour être aussi proche de Brel, sans voyeurisme ?!… » ; de François Morel qui annonce aussitôt sur sa page Facebook que « Fred Hidalgo vient de sortir un livre magnifique, indispensable à tous ceux qui aiment Jacques Brel »

L’essentiel de la revue de presse consacrée à l’ouvrage figure aujourd’hui en page d’accueil du site de Fred Hidalgo : cliquez ici

 

FRED M BAIE TRAITRES

 

« C’est surtout cette concordance, finalement assez rare, de la critique et du public qui m’a touché… »

D’abord surpris par cette déferlante de commentaires élogieux, même si les réactions à la mise en ligne de son reportage sur Si ça vous chante, durant l’automne 2011 et l’hiver 2012, étaient déjà de cette nature (y compris de l’écrivain mauricien Alain Gordon-Gentil qui se déclarait alors « passionné » par ces écrits et annonçait son envie de réaliser un documentaire télé sur Brel aux Marquises), Fred Hidalgo ne boude pas son plaisir.

« C’est surtout cette concordance, finalement assez rare, de la critique et du public qui m’a touché. En fait, j’ai eu l’impression, à la lecture de la plupart des articles de presse ou en conversant en off avec les journalistes qui m’ont reçu à la radio ou à la télé qu’ils avaient réagi eux aussi en “simples” lecteurs, qu’ils se déclaraient émus et captivés par ce récit comme n’importe qui, quelle que soit la ligne éditoriale de leur support. Rolling Stone a réagi de la même façon que Télé-Obs Hebdo, Le Soir de Bruxelles comme le mensuel de référence Tahiti-Pacifique, Radio Canada comme la RTBF, FrancoFans comme Paris Match… 

« J’ai été sensible aussi au fait que de grands connaisseurs du chanteur, surtout en Belgique, me disent qu’ils avaient découvert énormément de choses à la lecture du livre. »

Critiques et public au diapason, certes, mais avec tout de même un gros bémol pour qui est simple observateur du paysage médiatique : le silence regrettable de certains médias français, surtout audiovisuels et surtout du service public.

Sans doute n’ont-ils pas cru bon d’« aller voir » de quoi parlait vraiment L’aventure commence à l’aurore, partant de l’idée préconçue que ça ne pouvait être qu’un livre de plus sur le chanteur, sans intérêt particulier donc après tout ce qui est déjà paru à son sujet ; alors qu’il s’agit « du volet qui manquait » à l’histoire et à la vie de Brel, comme l’a bien dit Philippe Meyer dans son émission La prochaine fois je vous le chanterai, le seul à avoir mentionné le livre sur France Inter…

Un seul article aussi dans un quotidien national français, La Croix (hormis une simple référence dans Le Monde, pour distinguer l’ouvrage entre tous, il est vrai, lors du trente-cinquième anniversaire de la disparition de l’artiste), et dans un hebdo national, Ciné-Télé-Obs (le supplément du Nouvel Observateur), mais celui-ci particulièrement enthousiaste : « De découverte en découverte, d’aventure en aventure, conclut Sophie Delassein, la réussite de “Jacques Brel, l’aventure commence à l’aurore”, c’est l’enquête de terrain, bien sûr, mais aussi ce que l’auteur met de lui-même : plus que de l’admiration, de la passion pour son sujet. Une passion communicative. »

 FRED M RADIO CAN BANDEAU

Élizabeth Gagnon (Radio Canada) : « Et je suis vraiment émue maintenant de réécouter le dernier disque de Brel avec un autre regard intérieur… »

« Silence radio » donc, en France, à quelques exceptions près, comme Nostalgie, France Bleu… et surtout Europe 1 à travers l’émission On connaît la musique de Thierry Lecamp, qui s’en déclarait admiratif : « Un formidable livre, à dévorer… parce que, franchement, c’est passionnant ! »

En Belgique, en revanche, ce livre a suscité un intérêt généralisé, tant de la presse (« Comment j’ai pisté Brel aux Marquises… » a titré Moustique, un magazine populaire) que des radios, de la RTBF en particulier, voire de la télévision (RTL).

FRED M BREL Moustique-Hebdo-Belge

De l’autre côté de l’Atlantique, Radio Canada lui a réservé un bel accueil avec Monique Giroux, mais aussi Élizabeth Gagnon qui l’a mis en relief dans L’Ascenseur pour les étoiles, une émission spéciale de deux heures : « Plus qu’un récit sur Brel, c’est une immersion dans l’Histoire de ces îles. Et je suis vraiment émue maintenant de réécouter le dernier disque de Brel avec un autre regard intérieur… »

C’est un fait, L’aventure commence à l’aurore est un ouvrage qui donne à connaître autant l’histoire et la culture ancestrale des Marquises – « l’archipel le plus éloigné au monde d’un continent » – que celle d’un Brel aventurier, « incarnant Don Quichotte et Mermoz à la fois en n’hésitant pas à prendre tous les risques aux manettes de son bimoteur pour venir en aide aux Marquisiens oubliés par le pouvoir central de Tahiti, à 1500 km de distance ».

« Fred Hidalgo lève enfin le voile sur la vie méconnue de Jacques Brel aux Marquises », affirmait d’ailleurs France Ô dans son journal télévisé. D’où une approche totalement inédite du créateur de cette chanson où « gémir n’est pas de mise », ainsi définie par l’auteur : « On y découvre un Brel mettant à la fin de sa vie ses actes en conformité avec ses paroles… et musiques, comme aucun autre chanteur ne l’a fait ni avant ni après lui, ce qui rend, rétrospectivement, son œuvre d’autant plus admirable et l’homme encore plus attachant. »

FRED M FRANCE 2

 

FRED M BREL VueTahauku

 

« C’est à croire que les Marquises étaient un lieu prédestiné pour le Grand Jacques – c’est là qu’il se métamorphosa tel un papillon sortant de sa chrysalide… »

Les divers parallèles établis dans ce livre entre le peintre Paul Gauguin et le chanteur Jacques Brel  – qui aurait eu 85 ans le 8 avril prochain – sont aussi étonnants qu’éloquents.

« De fait, c’est à Tahiti et aux Marquises que Gauguin se libéra de toutes les contraintes académiques : “J’ai voulu établir le droit de tout oser”, disait-il. Et c’est à Hiva Oa qu’il se dépensa sans compter pour venir en aide aux habitants, bridés par le clergé et brimés par la gendarmerie et l’administration coloniale. C’est en Polynésie aussi que Brel, touchant le rivage d’Hiva Oa pour se reposer le temps d’une escale et finalement installé à demeure sans l’avoir prémédité, réalisa l’essentiel de ses rêves d’enfant, à la fois Mermoz, Saint-Exupéry et chevalier errant dans le ciel agité des Marquises. Mais, surtout – c’est à croire que les Marquises étaient un lieu prédestiné pour le Grand Jacques –, c’est là qu’il se métamorphosa tel un papillon sortant de sa chrysalide. »

FRED M BAIE VUE GENERALE ANTUONA

Brel aux Marquises, mais aussi en Belgique, en France ou naviguant au long cours, traversant l’Atlantique et le Pacifique…

Que dire de plus sur cet ouvrage qui n’ait été dit depuis sa sortie ? Que c’est un scoop en ce sens qu’il permet enfin de compléter l’histoire de Brel ? Assurément. Mais aussi qu’il a été écrit avec la rigueur et le souci du détail qui a caractérisé le travail éditorial de Fred Hidalgo durant les trois décennies où il a dirigé les rédactions de Paroles et Musique et de Chorus.

Ainsi chacune de ses affirmations est-elle étayée par des témoignages, des citations, des exemples, des anecdotes, des références, voire complétée par des notes de bas de page rappelant l’existence ou le parcours de tel ou tel personnage évoqué au fil du récit : Jean-Claude Brouillet, Einstein, Frédéric Dard, Thor Heyerdahl, Melville, Moitessier, Albert Schweitzer… ou Stevenson qui écrivit, après avoir débarqué à Hiva Oa en 1888, quatre-vingt-dix ans exactement avant que Brel y soit inhumé, que « c’était l’île la plus jolie et de loin l’endroit le plus inquiétant au monde » qu’il ait connus ! Ce sera « l’île au trésor » du Grand Jacques.

Brel aux Marquises, donc, mais aussi en Belgique, en France, ou naviguant au long cours, traversant l’Atlantique et le Pacifique. Il est fascinant de découvrir – par exemple – les coulisses des rapports amicaux et professionnels liant Eddie Barclay et Jacques Brel ; notamment les circonstances du « contrat à vie » suggéré par Brel lui-même, mais aussi la manière dont celui-ci a (très mal) vécu la mise en vente et la médiatisation de son dernier album.

FRED M BREL plage 

Grâce à Fred Hidalgo et aux témoignages de ceux qui ont vécu ces instants privilégiés (dont certains, de personnages aujourd’hui disparus, avaient été spécialement recueillis dans les années 80 à 2000 pour Paroles et Musique et Chorus), on vit intensément chaque prise de son de chaque chanson de son dernier album dans le studio du premier étage d’un immeuble parisien, avenue Hoche, où le Grand Jacques enregistra en direct, magistralement… malgré un poumon en moins. Émotion tangible lorsque les musiciens se lèveront pour l’applaudir au terme de la dernière chanson, celle consacrée justement aux Marquises, enregistrée en une prise unique !

On partage aussi sa table d’amis, à Hiva Oa, « car il adorait faire à la cuisine et mijotait des petits plats de chef étoilé », ou à Tahiti lors d’une fraternelle soirée avec le docteur Paul-Robert Thomas et l’auteur Claude Lemesle, anciens candidats du « Jeu de la chance », une émission télévisée de Guy Lux dont Brel avait été la vedette en 1964…

On vole aussi avec lui aux commandes du « Jojo », avec un Henri Salvador qui, détestant l’avion, n’en mène pas large, façon pour le Grand Jacques qui l’a invité à Tahiti de lui changer les idées après la mort de sa femme…

Finalement, on se retrouve assis dans le Twin Otter piloté par son copain Michel Gauthier, aux côtés de Maddly Bamy et de Charley Marouani, un avion de 18 places dont il aura fallu ôter une des deux rangées de sièges pour y déposer le cercueil s’envolant vers son ultime destination, juste à côté de la tombe de Gauguin.

« Les deux bons larrons » d’Hiva Oa, note Fred Hidalgo, « tant la destinée de l’un semble avoir été une répétition générale de celle de l’autre, bons Samaritains tous deux, à trois quarts de siècle de distance, au service des Marquisiens ».

En somme, un livre indispensable à tout passionné de chanson francophone et bien sûr à ceux qui aiment Brel, mais pas seulement, car L’aventure commence à l’aurore se lit comme un roman. Un roman où la réalité égale voire dépasse la fiction.

C’est une plongée sans précédent dans la vie d’un Don Quichotte incarné qui, loin du show-business, des médias et des faux-semblants, aura vécu, debout, jusqu’au bout de ses forces, une vie à la hauteur de ses valeurs, de ses idéaux, de ses utopies. Histoire d’accomplir tout à fait ses rêves d’enfant.

 FRED M BAIE ASKOY

Toute la vérité sur les retrouvailles de Brel aux Canaries avec le chanteur Antoine…

Au passage, Fred Hidalgo rétablit certaines vérités et tord le cou à des rumeurs aussi insidieuses que récurrentes, à commencer par la trahison supposée du chanteur Antoine accusé à tort d’avoir « vendu le cancer de Brel aux médias », suite à un réveillon de Noël passé sur l’Askoy dans un port des Canaries. « C’est Madly, visiblement mal informée par des gens “bien intentionnés” qui fit état de sa prétendue indélicatesse auprès de Jacques, lequel resta jusqu’au bout convaincu de celle-ci. »

Bien que Marc Robine ait remis les pendules à l’heure dans Chorus dès 1997, l’air de la calomnie n’en finira pas de se répercuter d’un livre à l’autre, d’un article à l’autre… et jusqu’au second tome, en 2008, des mémoires de Pierre Perret

Cette fois, Fred Hidalgo met définitivement les points sur les i, en retraçant précisément les faits et leur chronologie, et en expliquant d’où venaient les fuites concernant la maladie de Brel. Non pas d’Antoine sur son voilier voguant sur l’Atlantique, mais de Bruxelles, d’une certaine presse belge, dates et références à l’appui, peu après son opération dans une clinique de la capitale.

L’auteur braque aussi ses projecteurs, en passant, sur les rapports amicaux que Jacques Brel entretenait avec Pierre Mendès France ou François Mitterrand (qui analysera en direct et avec pertinence, le 19 novembre 1977 sur Antenne 2, les chansons du dernier album). Mais aussi sur les malentendus existant entre lui et Leny Escudero ou Serge Lama.

Sur l’après-Brel, il est question notamment de la « guerre des femmes » entre sa compagne Maddly et son épouse Miche, autour de la tombe d’Hiva Oa ; une sombre histoire de plaques…

Mais jamais Fred Hidalgo ne pose un regard racoleur ou exhibitionniste sur la vie de Brel. Au contraire, c’est un regard sensible et tendre qu’il pose sur les principaux personnages de cette histoire, en prenant soin, toujours, de rester rigoureux sur les faits.

Ce qui n’empêche pas force anecdotes de se glisser dans le récit, apparemment secondaires mais en réalité des plus révélatrices, comme l’histoire de cette jeune aveugle marquisienne à laquelle le Grand Jacques offrira chez lui, à Atuona, un récital à la guitare et à l’orgue, avec l’ensemble des nouvelles chansons qu’il vient de terminer !

Ou, à Paris, pendant l’enregistrement de l’album, lorsque Brel et Brassens en voiture, se retrouvant sans le sou et à court de carburant dans une station service parisienne pour faire le plein, seront obligés de demander au pompiste de bien vouloir leur faire crédit…

FRED M BREL tikiBrel

Bien sûr, on connaît la fin, la mort du héros… Mais le livre ne s’arrête pas là…

Occupant une place unique, dans tous les sens du terme, dans la bibliographie du Grand Jacques, la réussite de cet ouvrage, comme l’a noté la journaliste du Nouvel Observateur, tient aussi à la part de lui-même que l’auteur y a mise. Ami, dès l’adolescence, de Frédéric Dard… qui était avec Brel, à sa dernière, dans sa loge de l’Olympia ; aventurier de la presse au Gabon à l’époque où tout était à inventer ; témoin (et acteur) à Djibouti des premiers pas d’une nation ; créateur de journaux, éditeur de livres… sa vie elle-même ressemble à un roman. Fonceur et enthousiaste, quitte à être imprudent, à l’image de Jacques Brel pour qui Fred Hidalgo a toujours montré une prédilection particulière…

Tout cela se croise et s’entrecroise dans ce récit « différent », à la construction originale qui pourrait dérouter mais qui, au contraire, embarque d’emblée le lecteur.

Bien sûr, on connaît la fin, la mort du héros. Bien sûr, les derniers jours du Grand Jacques sont retracés précisément, avec l’incroyable acharnement des paparazzis et ses tragiques conséquences – Brel en effet ne mourra pas du cancer, comme on le croit généralement, mais d’une embolie pulmonaire après avoir pris froid en tentant d’échapper aux photographes à l’aéroport du Bourget. Bien sûr, mourir…

Mais le livre ne s’arrête pas là, il raconte aussi les sauvetages du Jojo et de l’Askoy ; il donne des nouvelles des principaux personnages après la disparition du Grand Jacques.

Il soulève aussi quelques questions qui restent sans réponse : quel était le contenu, par exemple, de la quinzaine de bandes que Jacques Brel avait tenu à enregistrer lors de son séjour en clinique, en août-septembre 1978, à Paris ? Jamais elles n’ont été rendues publiques. L’auteur évoque des pistes, dont celle d’un livre voire d’une autobiographie que Brel aurait pu vouloir publier s’il avait vécu…

S’il est vrai, comme l’écrivait Jacques Brel en 1958, que « L’aventure commence à l’aurore, à l’aurore de chaque matin », on le voit, elle n’est pas prête de s’achever. Une nouvelle édition enrichie, des rencontres avec le public… Et pourquoi pas une adaptation cinématographique ?

 

Texte Albert Weber 

(Photos collection Hidalgo)
 

« Jacques Brel L’aventure commence à l’aurore »

384 pages, 154×240 mm + cahier photo 12 pages couleur – 21 € Éditions de  l’Archipel : http://www.editionsarchipel.com/livres/jacques-brel-laventure-commence-a-laurore

 

LIENS :

« Si ça vous chante » (le blog de Fred Hidalgo) :

 « Droit devant avec Jacques Brel… » 

« Jacques Brel aux Marquises » 

Site de l’auteur 

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