“CONTES DE MES 1001 VIES” : NILDA FERNANDEZ SANS FRONTIÈRES …

Artiste résolument à part dans le monde de la chanson, Nilda Fernandez est un homme heureux, loin du cirque médiatique.

Un incontestable choix de vie pour le créateur de “Madrid, Madrid”, et “Nos fiançailles”. Sans doute les deux titres les plus connus de celui qui fut nominé cinq fois aux Victoires de la Musique en 1991 et s’y retrouve “Meilleur espoir masculin”.

Mais attention, ne croyez surtout pas que ses “Contes de mes 1001 vies” se résume en une bio de chanteur débordante d’anecdotes sur “la vie d’artiste”. Explications.

 

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Septembre 2006, concert à Sarrebruck sous l’égide de “Bistrot Musique”

 

VICTOIRES DE LA MUSIQUE : LES COULISSES DU PALAIS DES CONGRÈS

Évidemment que Nilda parsème ces 383 pages de coups de projecteur sur les coulisses de ses aventures et mésaventures artistiques.

Et ses pages consacrées précisément à ces fameuses Victoires de la Musique en disent long sur certaines pratiques du métier. A commencer par le déroulement de la surprenante conférence de presse suscitée par cette consécration échappée des formatages des tubes standardisés.

“Depuis un an, mon album se vend en France de manière massive et inattendue. Le label multinational qui en a hérité se frotte les mains. Apparu en pleine “guerre du Golfe”, il est devenu son meilleur score et la chanson “Nos fiançailles” passe à la radio bien qu’elle soit le contraire des normes du succès” raconte Nilda, songeur au Palais des Congrès de Paris en précisant “Par bonheur, il s’est trouvé des gens éclairés pour donner une chance à leurs semblables de se nourrir d’autre chose”.

Et de citer divers journalistes qui ont contribué à ce que cette chanson sorte de l’anonymat dont Anne-Marie Paquotte (Télérama), Fred Hidalgo et Pascale Bigot (Chorus), Véronique Mortaigne (Le Monde), Hélène Hazéra (Libération), etc.

 

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Sarrebruck, septembre 2006. Au micro de la Radio Sarroise

 

SORTIR DE L’ANONYMAT GRÂCE A UNE CHANSON NON FORMATÉE

Certes, cette mobilisation médiatique pour un artiste et une chanson “hors norme” était indispensable mais comme le reconnait Nilda : “Mais rien ne serait arrivé si ceux qui ont aimé cette chanson n’avaient fouillé dans les rayons des disquaires pour acheter un, deux, puis trois exemplaires de cet album qui m’a ouvert une porte vers les sentiments d’autrui”.

Et voilà, une fois de plus le grand public s’est pris de passion pour un répertoire différent de celui auquel il est habitué, grâce à cet effet boule de neige qui aura même retenu l’attention de Drucker, Foucault, Mitterand, Boyer, Nagui, Perrot, Martin, Ruquier, Sébastien, Ardisson nommément cités dans ce livre.

Combien de générations d’auteurs-compositeurs-interprètes ne sortiront jamais de l’anonymat par manque de soutien des “grands médias” ? Question de fond ? Assurément si on apprécie une certaine chanson loin des tubes habituels …

Et si j’ai d’abord insisté sur les pages axées sur “la consécration” de Nilda Fernandez, c’est pour mettre en relief une évidence : très vite, le “Meilleur espoir masculin” de 1991 s’est senti à l’étroit dans ce nouveau statut !

Et sa vie a pris un autre tournant. Et c’est là que se situe l’intérêt majeur de ce livre ponctué par tant d’étapes où l’on prend le temps de vivre, de se connaître et d’aimer.

C’est sûr, avec Nilda, on voyage beaucoup ! Mais surtout pas en touriste !

Ces déplacements toujours enrichis de rencontres, d’échanges, de découvertes et de retrouvailles en disent long sur la drôle de vie de cet homme qui chante.

Ici pas de course obsessionnelle pour une carrière internationale mais tout simplement l’envie et le besoin de vivre. De prendre du temps à chacune de ces escales loin de la France et de l’Espagne.

De l’île de Cuba à la presqu’île de Kamtchatka, de Bogota à Buenos Aires, de Venise où il apprend le décès de sa mère au Mont Sinaï pour un épique tournage d’une émission de télé … en passant par Achkhabad, capitale du Turkménistan à New-York …. et la liste est très loin d’être exhaustive !

 

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CD de 15 titres en français pour public russe

 

 UNE LONGUE CONVERSATION ENTRE AMIS QUI SE RETROUVENT

“Contes de mes 1001 vies”, c’est comme une conversation entre deux amis qui se retrouvent après une longue période de silence, d’éloignement. On a tant à raconter, en toute simplicité. En toute authenticité aussi. C’est ce qui apparait tout au long de ce livre où s’affirme une impérieuse envie de prendre le temps de vivre.

En témoignent entre autres les pages consacrées au Québec, lorsque Nilda décide de “traverser l’Atlantique plusieurs semaines avant mon concert aux Francofolies pour connaître le nord de la Belle Province. La curiosité bien sûr, mais aussi l’envie de prendre le large d’une histoire sentimentale fatigante et sans joie”.

En route pour Tadoussac, la baie de Sept-Iles … et même le festival Innu Nikamu aussi où il passera une semaine ! 

“Je tenais le nom de mon prochain album sans en avoir composé une seule chanson”. En résultera finalement “Innu Nikamu”, superbe chanson … à savourer ICI.

 

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1er album, avec un de mes titres préférés de tout son répertoire ; “La guerre en été”

 

DE DANIEL A NIELDA : “UNE SCHIZOPHRÉNIE SALVATRICE”

A fait pourquoi Daniel Fernandez est-il devenu Nilda Fernandez ?

Je me suis souvent posé la question. Et le 33 tours retrouvé dans ma discothèque avant de rédiger cet article me rappelle que cet artiste m’intéresse depuis pas mal d’années.

Réponse dans “Contes de mes 1001 vies” : « Pour ne pas me sentir encerclé, sans repli possible, j’ai donc organisé une schizophrénie salvatrice en me souvenant de Sapho qui m’avait salué d’un “Bonjour Nielda !” dans une brasserie de Saint-Germain des Prés.

Débarrassé d’une voyelle, justifié comme un vieux prénom slave, pas plus féminin que Nikita, Sasha ou Volidia, tous masculins et tous des hommes, Nilda devenait l’artiste que je voulais faire grandir et apprendre à connaître.

Depuis que Daniel écrit les chansons et que Nilda interprète, je me sens mieux. Tout comme mes deux langues, mes deux pays, mes deux maisons, l’un et l’autre me sont indispensables »

 

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Sarrebruck, septembre 2006. Nilda Fernandez avec Alcaz (Jean-Yves Liévaux et Viviane Cayol), Gerd Heger et Suzanne Wachs, organisateurs de “Bistrot Musique”,

 

EMILIA ET JOSÉ : NOUVELLE VIE LOIN DE L’ESPAGNE DE FRANCO …

“Contes de mes 1001 vies” évoque aussi Léo Ferré dont Nilda partagera la loge d’une manière imprévue … la chanteuse Sosa Mercedes … le chanteur russe Boris Moiseev ..

Mais ce qui m’a le plus touché dans ce livre, ce sont les nombreuses pages consacrées par Nilda à son enfance, sa jeunesse, ses parents aussi. Emilia et José occupent une place essentielle dans ce livre qui s’achève par un récit des plus intimes.

Les derniers moments de Nilda face à son père sur son lit de mort : “Notre père se prépare pour un exil qui ne sera pas de cinq mois comme lorsqu’il nous avait précédé en France et, cette fois, je resterai sur le quai”.

L’auteur s’y exprime avec pudeur, avec une évidente émotion si loin des artifices de la vie de chanteur. “Sa souffrance est si grande que je pense au film où un compagnon d’hôpital de Jack Nicholson l’étouffe sous un oreiller. Mais je n’ai pas ce courage et je m’en tiens à attendre la mort à ses côtés”.

Tout au long des près de 400 pages de cette autobiographie, le chanteur s’efface très souvent pour céder la place au fils d’Emilia et José, à leur vie de travail et d’entraide, de détermination et d’amour. Un couple uni pour réussir leur vie de famille loin de l’Espagne de Franco…

 

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Sarrebruck. Nilda Fernandez entouré par Jean-Yves Lievaux et Viviane Cayol
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Duo d’Alcaz et Nilda Fernandez sur la chanson de Francis Lemarque

 

SARREBRUCK :  NILDA FERNANDEZ EN DUO AVEC ALCAZ

La rédaction de ce texte m’a fait penser à septembre 2006.

C’était à Sarrebruck lors d’une soirée de la série “Bistrot Musique” organisée par Gerd Heger, “Monsieur Chanson” de la Radio Sarroise et Suzanne Wachs.

Souvenirs d’intenses heures passées avec Nilda et le duo Alcaz formé par Jean-Yves Lievaux et et Viviane Cayol … 

En subsiste le CD d’Alcaz enregistré durant le concert de Sarrebruck. Cet album se termine par une chanson offerte par Alcaz et Nilda Fernandez : “Quand un soldat” de Francis Lemarque”.

 

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Pochette du CD live d’Alcaz enregistré à Sarrebruck et ci-dessous la photo originale

 

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AVEC LE CHANTEUR QUÉBÉBOIS STEPHEN FAULKNER

A cette soirée participa aussi l’auteur-compositeur-interprète québécois Stephen Faulkner notamment connu pour sa chanson “Si j’avais un char”.

D’où une série de photos prises après le concert, dans une bonne humeur des plus contagieuses, avec en prime Faulkner qui se met à faire le pitre avant de passer à table.

Changement d’ambiance le lendemain matin lors d’un interminable petit déjeuner partagé avec Nilda Fernandez, Viviane Cayol et Jean-Yves Lievaux. Histoire d’échanger en toute liberté sur quantité de sujets souvent bien éloignées de “la vie d’artiste” …

 

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Quand Stephen Faulkner se met à faire le pitre …

 

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Une séance photo sous le signe de la bonne humeur !

 

TEXTE ET PHOTOS ALBERT WEBER

“CONTES DE MES 1001 VIES”, 383 PAGES, ÉDITIONS L’ARCHIPEL

SITE DE NILDA FERNANDEZ 

SITE DES EDITIONS L’ARCHIPEL

 

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“JEAN-JACQUES GOLDMAN CONFIDENTIEL” : EN TOUTE AMITIÉ AVEC FRED HIDALGO

“C’est l’histoire d’un des artistes les plus humainement et définitivement respectables que j’aurai rencontrés en quarante-cinq ans de journalisme.

L’un de ceux qui, loin de vous faire regretter d’avoir dédié la plus grande partie de votre vie à défendre et illustrer cette petite chose si “futile”, justifient non pas seulement “quinze ans d’amour” – comme l’avait confié Brel, le dernier soir de ses adieux, au public de l’Olympia – mais en l’occurrence au moins le double…”

Signée Fred Hidalgo, cette affirmation en dit long sur l’esprit dans lequel a été rédigé JEAN-JACQUES GOLDMAN CONFIDENTIEL.

Coup de projecteur sur un livre UNIQUE dans l’histoire de la chanson française.

Encore une bio sur un des artistes majeurs de l’espace francophone ? Assurément oui mais … BIEN PLUS ENCORE car ce livre résulte d’une amitié aussi discrète que durable entre Fred Hidalgo et Jean-Jacques Goldman. Assurément un ouvrage de référence !

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Impossible évidemment pour Fred Hidalgo de publier une de ces (trop nombreuses) biographies aux allures de puzzle compilant de manière souvent maladroite tout ce qui a été écrit sur JJG. C’est pourtant le lot de tant de livres parus ces dernières années sur le créateur de “La vie par procuration”, non ?

Avant de plonger dans ce document de 572 pages – illustré par un cahier photos de 16 pages dont la plupart signées Francis Vernhet – une mise en garde s’impose de toute urgence : oubliez donc TOUT ce que vous avez déjà lu, entendu ou vu à la télé sur JJG.

Et puis plongez sans hésitation dans ce récit à deux volets. Oui, car ce livre ne se résume pas à l’histoire de JJG mais englobe aussi nombre d’événements liés à Paroles et Musique, “le mensuel de la chanson vivante” et au trimestriel Chorus, les cahiers de la chanson, deux des publications créées par Fred et Mauricette Hidalgo. 

Ce couple, je lui ai consacré un (long) article intitulé “Un destin au service de la chanson francophone”  à lire ICI.

 

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Amis de longue date … Photo Mauricette Hidalgo

 

Alors comment rendre compte d’un tel livre et vous donner envie d’y plonger ?

Plutôt d’écrire un article à chaud, en m’inspirant de la 4ème de couverture ou du communiqué envoyé par l’attachée de presse des Éditions L’Archipel, j’ai préféré d’abord me jeter à l’eau avec détermination. Et puis naviguer avec enthousiasme dans des eaux tantôt calmes et agités.

Car il faut bien admettre que l’histoire de de JJG et de celle de la presse musicale sont extrêmement fertiles en surprises (bonnes et mauvaises) et en multiples rebondissements. Et Fred Hidalgo évoque ici en toute franchise nombre d’aspects de JJG ET AUSSI des aventures et mésaventures des deux revues dont le grand public n’avait à ce jour jamais eu vent.

 

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Les quatre parrains de Chorus réunis pour une table ronde : la plus importante dans l’histoire de la chanson française depuis le débat Brel, Brassens et Ferré en 1969. 

 

“LA PETITE HISTOIRE ET L’AIR DU TEMPS DES ANNÉES 80 A AUJOURD’HUI”

Comment résumer en quelque lignes ce livre consacré à celui qui fut un des quatre parrains de Chorus avec Alain Souchon, Francis Cabrel et Yves Simon ?

“Il ne s’agit pas là d’une “simple” biographie (même si tout y est, les faits, les dates et les chansons), c’est aussi la petite histoire de l’air du temps des années 80 à aujourd’hui qui recoupe la vie de l’artiste et s’imbrique de bout en bout dans celle de “Paroles et Musique” et de “Chorus” ; c’est une réflexion menée en commun sur la chanson, sa nature et son rôle, sur sa place dans la société contemporaine”.

Homme de terrain, Fred Hidalgo est assurément aussi un homme d’archives. En témoigne – un exemple parmi tant d’autres – le chapitre “C’est pas vrai” en partie consacré à un article du quotidien Libération “qui, non content de se montrer systématiquement odieux avec Goldman, multipliait aussi les procès d’intention à son encontre”.

Citations à l’appui, Fred Hidalgo détaille les réponses fournies par JJG à Yves Bigot dans le journal du 26 février 1991 sous le titre “Goldman : trois pour un”. S’y ajoutent les commentaires  d’Yves Bigot … dont le long et impressionnant CV est publié avec force détails.

Mais alors pourquoi tant de mépris, de condescendance, voire de haine d’une partie des médias envers JJG ? 

Impossible d’être “la personnalité préférée des Français pour la 6ème année consécutive (sondage Journal du Dimanche, janvier 2016″ sans susciter les réactions les plus variées, entre admiration et médisance, respect et commérages.

Raconter, montrer, expliquer … Plus fidèle que jamais à la “méthode Chorus”, Fred Hidalgo n’avance rien sans avoir recoupé ses sources.

“NI PARADIS FISCAUX NI BLANCHIMENT D’ARGENT”

TOUT ce qu’il raconte ici est argumenté.

Et sans jamais se complaire dans la presse people, son chapitre “Il part” offre également divers repère privés de JJG : premier mariage avec Catherine, “une ancienne amie d’enfance devenue psychologue” et mère de ses trois enfants …

… puis rencontre avec Nathalie, “une jolie Eurasienne aussi sportive qu’elle a la tête bien faite” et leurs trois filles : “Qui se ressemble s’assemble. Tout aussi simple et discrète, Nathalie ne fait pas mentir le dicton ; elle n’est pas du genre à se montrer dans les médias et partage volontiers le goût de son mari pour la pratique du sport”.

Ce désir de discrétion énerve évidemment les médias en quête de scoop, de révélations croustillantes, de tentative de prendre en défaut JJG. Quitte à fantasmer sur sa fortune et l’utilisation de son argent : une évidence également abordée dans ces pages consacrées au fils d’Alter Mojzesz Goldman né à Lublin en Pologne et de Ruth Ambrunn née à Munich en Allemagne.

Fred Hidalgo désamorce avec élégance et bon sens les envieux fantasmes liés au “trésor de guerre de Goldmann” … avec deux n, bien sûr, c’est plus explicite. (…)  Il placerait ses économies dans des paradis fiscaux, blanchirait ses capitaux, les utiliserait à des fins illicites, à des trafics d’armes ou de drogue, ça oui, ça ferait un bon sujet ! On se régalerait. Malheureusement pour les nostalgiques d’un temps où Pétain envoyait les Juifs et les antifascistes dans les camps d’où beaucoup ne sont jamais revenus, il n’y a rien à chercher de tel chez lui”.

 

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 “L’ART D’ENCAISSER SANS BRONCHER EST UNE SECONDE NATURE”

La récente décision de JJG de s’installer du côté de Londres avec sa jeune femme Nathalie et leurs trois enfants aura une fois de plus alimenté bien des rumeurs relayées par les médias.

Pas de quoi déstabiliser déstabiliser l’artiste blindé contre les rumeurs et les médisances : “Chez Jean-Jacques Goldman, l’art d’encaisser sans broncher est une seconde nature. S’il avait choisi la boxe pour s’exprimer, il est probable qu’aucun adversaire n’aurait été capable de l’allonger pour le compte” explique Fred Hidalgo en évoquant avec force détails le malsain tapage médiatique suscitée par la chanson “Toute la vie”. (…) 

Pourtant, la polémique qui va l’atteindre de plein fouet à la fin de l’hiver 2015, sous couvert de s’en prendre encore une fois aux Enfoirés, a bien failli le mettre KO. Et s’il s’en est relevé intelligemment de ce coup bas, celui-ci a sans doute scellé son départ définitif annoncé un an plus tard”.

Prenez le temps de lire CONFIDENTIEL sans sauter de page, et en laissant de côté vos préjugés… Et laissez vous guider par Fred Hidalgo au cœur d’un étonnant et attachant voyage … De l’enfance à Montrouge au groupe Taï Phong … de la chanson des Restos du Cœur reprise chaque année aux célèbres concerts débutés le 31 janvier 1987 par “La Boum du Cœur” à la Villette … de l’enchainement des tubes aux tournées internationales … avec en guise de conclusion le chapitre “Retour à Madagascar” : un compte-rendu du concert donné le 6 avril 1998 à Madagascar et signé Marine Dusigne, envoyée spéciale du Journal de l’Ile de la Réunion !

Oui, c’est une immersion totale dans la vie de JJG qui vous est proposée … avec également l’évocation d’artistes disparus tels Daniel Balavoine et Michel Berger … Et aussi Sirima poignardée le 7 décembre 1989 par son compagnon musicien … et Carole Frédéricks victime d’une crise cardiaque le 7 juin 2001 …

S’il est vrai que j’ai appris beaucoup de choses sur JJG, c’est grâce à l’incontestable complicité unissant depuis tant d’années le chanteur et l’auteur-journaliste : et cette authentique amitié dépasse évidemment le statut social de JJG et de Fred Hidalgo. En témoignent tant d’exemples développés au fil des chapitres reprenant chaque fois un titre de chanson ….

… et aussi nombre de reproductions de messages  échangés entre les deux hommes avec reproduction de certaines réponses manuscrites de JJG.

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NOMBREUSES ANECDOTES PERSONNELLES  ET FAMILIALES

Car ce livre, c’est aussi pour Fred Hidalgo une manière de se raconter. Non, pas d’autobiographie au sens propre du terme mais de nombreuses anecdotes personnelles et familiales disséminées ici et là.

Comme l’évocation du décès de la mère de JJG avec allusion de l’auteur à sa propre maman : “Elle a fêté en 2016 ses 94 ans … et connaît encore par cœur toutes les chansons qu’elle avait apprises durant son enfance en Catalogne” …

Le sens de la famille ? Assurément une valeur partagée par les deux hommes.et enracinée dans nombre de souvenirs relatés au fil des pages …. comme les circonstances dans lesquelles le chanteur a offert son médiator au gendre de Fred Hidalgo.

Et au fait, qui est donc la belle inconnue secourue un jour par JJG et Fred Hidalgo au bord d’une rue qu’ils empruntaient à moto ? Se reconnaitra-elle dans ce livre où dans un autre chapitre, est mis en évidence la célèbre citation de Félix Leclerc ? 

“Il y a des maisons où la chanson aime entrer” : cette phrase si bien mise en valeur au Village en Chanson de Petite-Vallée en Gaspésie sert de clin d’oeil à une des nombreuses allusions à la vie personnelle de l’auteur.

En l’occurrence “la maison d’amour et d’amitié” qui a traversé la vie de JJG “une quinzaine d’années avant que je n’y écrive ces lignes“. Une maison qui aura aussi accueilli Daniel Balavoine et Thierry Sabine … Hasard ? Destin ? Serait-ce la fameuse “synchronicité” ?

 

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“CHORUS ABATTU EN PLEIN VOL ET EN PLEINE TRÊVE ESTIVALE”

Les nombreuses passerelles entre Paroles et musique/Chorus et JJG font partie des raisons qui m’ont incité à plonger avec bonheur dans la lecture de CONFIDENTIEL.

Quel plaisir de retrouver sous la plume de Fred Hidalgo divers épisodes de l’histoire de ces deux revues …. deux des repères d’une amitié née suite à notre première rencontre à l’Ile de la Réunion chez le chanteur Jacques Poustis en 1984.

Alors pas étonnant que certaines anecdotes, certains souvenirs me touchent de près. Tel le chapitre “Je commence demain” quand il est question du “jeune éditeur qui avait tout du cadre dynamique et performant” …  oui celui qui a décidé unilatéralement en 2009 de déposer le bilan, “sans prévenir la rédaction, occupée à boucler le numéro 69 de l’automne” ….

La fin de Chorus “abattu en plein vol et en pleine trêve estivale”, j’en ai eu connaissance alors que je me trouvais au Festival d’Eté de Québec…

Plaisir aussi de retrouver ici le souvenir séance de travail du 20 juin 1992 avec arrivée d’un invité-surprise : Pierre Barouh “l’homme de Saravah se retrouvait caméra au poing en train de filmer notre première réunion de rédaction”… Hé oui, les premiers pas de Chorus !

Assurément un formidable document dont personne n’a hélas jamais vu une seule image à ce jour. Un constat d’autant plus regrettable que cette vidéo montre un moment unique dans l’histoire de la presse musicale … avec entre autres l’active participation de Marc Robine et Jean Théfaine, deux des signatures majeures de Chorus emportées par le cancer. 

Alors cher Pierre Barouh ?

On pourra les visionner un jour, ces images inédites ?

 

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Mardi 6 octobre 2009, Europe 1. Quatre heures d’émission enregistrées en direct par Thierry Lecamp. Ici Fred et Mauricette Hidalgo en compagnie d’Alain Chamfort

 

 “JAMAIS ON N’AVAIT CONNU DE TEL RASSEMBLEMENT DE CHANTEURS FRANCOPHONES A L’ANTENNE”

A l’heure d’internet, de l’actualité omniprésente avec ses infos qui en chassent sans cesse d’autres, il me semble important d’offrir aux lecteurs un appréciable temps d’arrêt. De se souvenir de certains événements de l’histoire de Chorus.

De se rappeler que l’inattendue cessation de parution de Chorus aura suscité quatre heures d’émission enregistrées dans les conditions en direct par Thierry Lecamp sur Europe 1 !

“Ce mardi 6 octobre, de mémoires d’artistes et de journalistes, on n’avait jamais connu pareil rassemblement  de chanteurs francophones à l’antenne” se souvient Fred Hidalgo. Et de publier une liste non exhaustive de celles et ceux intervenus ce soir-là à l’antenne : au micro, par téléphone ou  message enregistré. Une émission des plus mémorable que Thierry Lecamp a du réduire à deux heures de témoignages et de chansons, dont l’intervention de JJG “qui n’avait plus donné l’interview depuis notre rencontre de juillet 2005 et cela faisait des années qu’on ne l’avait pas entendu parler à la radio”.

Un tel ouvrage aurait évidemment été incomplet sans qu’il y soit question du demi-frère de JJG. Oui, le journaliste et écrivain Pierre Goldman : inoubliable figure de l’extrême-gauche française assassinée le 20 septembre 1979 par un commando de trois ou quatre hommes armés de pistolet.

Plusieurs pages sont consacrées à l’auteur de “Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France” qui inspira à Maxime Leforestier la chanson “La Vie d’un homme” sur l’album Saltimbanque illustré par Cabu.

Vous l’avez compris dès les premières lignes de ce (long) article :  “CONFIDENTIEL” est une publication unique en son genre. A l’instar du livre de Fred Hidalgo consacré à Jacques Brel aux Marquises !

 

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“UN PROJET QUE JE NOURRISSAIS DEPUIS 1991″

Alors si j’ai pu vous donner envie de le lire, j’en serai très heureux.

D’autant plus que “ce livre est le fruit de trente ans de complicité personnelle et professionnelle : un chemin semé d’interviews exclusives (dont celle où Jean-Jacques m’annonçait qu’il arrêtait les disques et la scène et retraçait l’ensemble de sa carrière), mais aussi d’anecdotes et de confidences…

C’est un projet que je nourrissais depuis 1991 et dont les médias ont annoncé prématurément la sortie en 2005. Sa gestation aura demandé dix ans de plus : c’est en 2015 que j’ai décidé d’aller au bout de mon rêve, un an avant que JJG ne choisisse de son côté de tourner aussi la page des Enfoirés…“.

A aucun moment de sa (longue) rédaction, JJG n’a cherché à intervenir sur le contenu : “GOLDMAN CONFIDENTIEL est donc un livre “autorisé” par l’intéressé – parce que c’est lui, parce que c’est moi… – qu’il n’a pourtant pas souhaité car il n’aspire plus qu’à l’anonymat et au silence des médias. Mais je n’avais d’autre choix, et Jean-Jacques le sait, que d’aller au bout de mon rêve…”.

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TABLE RONDE AVEC JJG, SOUCHON, CABREL ET YVES SIMON

Ce livre consacré à un des auteurs-compositeurs-interprètes les plus importants de l’espace francophone fait évidemment la part belle aux nombreuses chansons (connues ou non) de JJG. Nombre d’entre elles distillent des références de la vie de l’artiste et/ou de sa famille…

Et s’il est évident que la chanson est au cœur de cet ouvrage, il n’y est pas uniquement question des titres ayant contribué à la population de JJG.

Dans le chapitre “Juste quelques hommes”, Alain Souchon, Francis Cabrel, Yves Simon et JJG  – les quatre parrains de Chorus- s’expriment à bâtons rompus sur divers sujets liés à la chanson, au rôle des médias, à “la composition du public et à l’incidence des salles sur la conception du spectacle”, etc.

Et aussi le rôle de la critique.

Ce qu’en attend JJG ? ” C’est d’apprendre ce qu’il y a dans ce disque, s’il y a des chansons lentes, des rapides, comment est faite l’orchestration, de quoi parlent les textes, qui a fait quoi, etc. Ensuite si le critique veut ajouter quatre lignes de son propre goût, libre à lui si ça le défoule, il peut dire qu’il aime ou qu’il n’aime pas, qu’il adore ou qu’il exècre, mais ça ce n’est pas très important.

Ce dont on a besoin, c’est essentiellement d’informations, ensuite on achètera le disque et on est assez grand pour avoir notre propre opinion sans chercher à l’imposer aux autres… (…) Or la critique d’aujourd’hui ce n’est que ça : des billets d’humeur, et pas d’information”.

“OUI, TON PARCOURS MÉRITAIT BIEN “TANT DE PAPIER, DE TEMPS”

CONFIDENTIEL bénéficie aussi de sept pages de repères bibliographiques et autant pour la “discographie originale” … ainsi qu’un “index qui se limite aux seules personnes ayant un lien direct ou indirect avec la vie personnelle ou professionnelle de Jean-Jacques Goldman, ainsi qu’aux artistes, aux groupes artistiques ou personnages cités par lui”.

De quoi vous clarifier bien des détails du parcours de cet artiste dont Fred Hidalgo cite une des phrases les plus connues : “Les chansons sont souvent plus belles que ceux qui les chantent”. Une évidence PLUS QUE JAMAIS d’actualité chez bien des artistes …

Précisons enfin qu’il a un mois a paru un autre livre de Fred Hidalgo dont la sortie a failli ne jamais avoir lieu !

“Trop important, trop gros, trop cher à la fabrication, avec un lectorat impossible à cerner, nous ne saurons pas vendre un tel livre, ni dans le commerce ni auprès des médias… » : telle avait été la réponse de l’éditeur auquel Fred Hidalgo avait proposé en 2015 le manuscrit de “La mémoire du chante – Journal d’un échanson”.

Ce livre de 661 pages a paru en octobre 2016 grâce à une souscription lancée par Fred Hidalgo. Il est donc sorti un mois avant “CONFIDENTIEL” !

Assurément deux livres de poids, à tous les sens du terme, pour nourrir votre passion de la chanson … si tel est votre souhait !

En guise de conclusion, laissons le dernier mot à Fred Hidalgo. Son livre-événement s’achève par une série de remerciements. Avec au final un mot adressé à JJG en ces termes :

“Merci enfin à toi, Jean-Jacques … et surtout pardon pour m’être montré, au moins sur un point (!), en total désaccord avec toi : oui, ton parcours méritait bien “tant de papier, de temps” ! Et non, je ne regrette rien.”

ALBERT WEBER

Photos FRANCIS VERNHET ET COLLECTION FRED HIDALGO

JEAN-JACQUES GOLDMAN CONFIDENTIEL, par Fred Hidalgo, Éditions L’Archipel, 572 pages, cahier photos 16 pages.

Blog de Fred Hidalgo

Site du livre “Cabrel Goldman Simon Souchon Les chansonniers de la table ronde”

Page Facebook de JEAN-JACQUES GOLDMAN CONFIDENTIEL

Site de “La Mémoire qui chante”

Site des Éditions L’Archipeloù l’on peut découvrir le prologue et le premier chapitre de l’ouvrage pour se mettre en appétit en cliquant sur TÉLÉCHARGER UN EXTRAIT.

 

 

 

 

 

 

 

 

“ROCK SAKAY” CHEZ GALLIMARD : UNE ODYSSÉE DÉGLINGUÉE SIGNÉE EMMANUEL GENVRIN

En attendant de finir de lire et de vous parler de “Rock Sakay”, premier roman d’Emmanuel Genvrin revu en juillet dernier à l’île de la Réunion, voici un efficace coup de projecteur de Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Leur texte abondamment illustré est mis en valeur sur 7LAMESLAMER , site partenaire de planetefrancophone.fr que ces deux amis journalistes réunionnais ont lancé pour parler des “réalités émergentes de la Réunion, de l’Océan Indien et du Monde”.

« Rock Sakay », c’est une course aux allures initiatiques, sur les traces d’une chimère appelée Janis.

« Rock Sakay », c’est le premier roman d’Emmanuel Genvrin, déglingué et poétique. « 7 Lames la Mer » aime !

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“Femme brossant ses cheveux”, par Wladyslaw Slewinski, 1897

Ensorcelante et monstrueuse. Telle est Janis, femme sortie tout droit de « Rock Sakay ».

Premier roman d’Emmanuel Genvrin — créateur du théâtre Vollard, auteur de nombreuses pièces et d’opéras —, « Rock Sakay », publié chez Gallimard, a partagé la fameuse « rentrée littéraire » française [1] avec 559 autres nouveautés [2].

À lire aussi : « Kanyar exquis ! »

Avant de plonger dans le chaudron romanesque, Emmanuel Genvrin s’est essayé à l’exercice exigeant de la nouvelle, publiant régulièrement dans la revue littéraire « Kanyar », éditée par le regretté André Pangrani. Autant de récits où « Rock Sakay » pointe déjà — peut-être, d’ailleurs, à l’insu de l’auteur.

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Jean-Luc Trulès (debout), musicien, compositeur, chanteur, acteur… et Emmanuel Genvrin, auteur du roman “Rock Sakay”, créateur du théâtre Vollard.

Jalon de la re-naissance de Genvrin qui, pas moins « gazé » que ses personnages, s’est mis en tête de donner à La Réunion un complet répertoire d’Opéra, « Rock Sakay » accouche de l’héroïne qui manquait au Panthéon, singulièrement dépeuplé, des figures de notre littérature : Janis.

De la beauté truculente à la silhouette diaphane, « Janis-femme » incarne l’hybris, la jubilation, la superficialité, la déraison ; l’affirmation de sa réalité et la « régression-résignation » animale et vertigineuse ; le Maître et l’Esclave, dirait un hégélien, dans la même personne.

« Il franchirent la porte de derrière. Il y avait une petite cour et un boucan — la cuisine en plein air des créoles — et, au fond, un parc cochon. L’homme sortit de sa poche un trousseau qu’il tendit à Jimi »…
(Page 122)
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Fantasque, tumultueuse. Envahissante, évanescente ; absente. Dévoreuse, amante : Janis hante ce roman de son urgence haletante.

Dès les premières pages et jusqu’à la dernière, elle est là, partout, même et surtout lorsqu’elle n’est pas là…

Le lecteur, dans sa nuit, tourne les pages du livre pour retrouver sa trace dans le dédale de la capitale malgache ou à travers la brumeuse campagne française.

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Démerde, dérives, gangs… « Rock Sakay » n’est pas un lagon pacifique. Les Tropiques de Genvrin sont aux antipodes des tristes topiques de l’imagerie touristique ; « Rock Sakay », éclaire le versant hardcore et « Kung Fu » et révèle les subtils et invisibles transferts d’exotisme entre les trottoirs de Paris, le foyer Sonacotra et les châteaux provinciaux…

Le rythme est vif ; il n’en délivre pas moins le spleen qui accompagne l’œuvre de l’auteur de la pièce de théâtre « Baudelaire au Paradis ».

« Pas de temps à perdre »… L’écrivain est pressé, comme son personnage Jimi : vite, vite, vivre et retrouver Janis. Vite, l’aimer. Encore. Et s’en défaire. Vite, s’enfuir. Vivre pour la retrouver. Pour la sauver. Vite, vivre et l’oublier.

« Il était 15 heures. Pas de temps à perdre. Une grosse averse avait provoqué des inondations. Le ciel était encore lourd de nuages et les trottoirs étaient boueux. Inutile de héler un taxi, les tarifs de Tana étaient prohibitifs. Avec la pénurie d’essence, on payait d’avance et les chauffeurs remplissaient des petites bouteilles aux stations ».
(Page 47)
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Cimetière des pirates sur l’île Sainte-Marie (Madagascar). Photo : Antony.

L’écriture d’Emmanuel Genvrin, savamment dépouillée, affutée, projette des images directes et entêtantes, souvent empreintes d’une forte charge poétique.

Comme dans cette scène…

« En quittant les lieux, Jimi se retourna : Janis se tenait debout sur les marches, immobile, les bras ballants, les cheveux rouges au vent. Son front était plissé, son regard était d’une tristesse infinie ».
(Page 173)

Avant cette description, Janis était le feu, la pluie, la boue, l’amour.

Ainsi tombe-t-on sous l’emprise de cette héroïne, fêlée, qui nous convie à contempler sa chute, irrésistible.

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Emmanuel Genvrin à la Sakay

Signe d’un roman d’aventures réussi : on voudrait protéger Janis, l’arracher à ses turpitudes, la sauver d’elle même. La ramener à son commencement, à son innocence, alors même qu’on acquiert la certitude de sa déchéance.

On souffle lorsque Janis disparaît du champ de lecture.… Mais déjà, elle nous manque ; déjà on est en manque.

Et l’on voudrait que les permanents aller-retours de Jimi qui rythment ce roman entre La Réunion, La France et Madagascar, la remettent sur notre chemin de lecture.

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Source : vollard.com

Le personnage de Janis confirme l’attrait de l’auteur pour les caractères féminins hors orbite sociale ; et son talent à les mettre en scène, à les sublimer. Pour finalement les ramener à leur condition initiale.

On se souvient par exemple de cette cantatrice extravagante et si émouvante, figure centrale — et cataclysmique — de la nouvelle « Tropic Salomé » [3], écrite en 2015 par Emmanuel Genvrin et publiée dans la renue « Kanyar ».

À lire aussi : « La cantatrice, l’amant et le mari »

Arborant le pseudonyme d’Irena Sbovska, la cantatrice « sur le retour » n’est en fait qu’une Mireille Gomez comme Janis est une Henriette Boyer.

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“Rock Sakay” et deux numéros de la revue “Kanyar”. ©7LLM.

« Rock Sakay », c’est une histoire d’amour, une histoire actuelle et déglinguée qui nous renvoie aux grandes tragédies classiques.

« Rock Sakay », c’est un road-book comme il y a des road-movies : poussière rouge, rencontres, errances, galères, drames… Départs et éternels retours.

Mais Janis n’est pas le personnage principal de « Rock Sakay ». Non. Le héros avec sa guitare, c’est Jimi (enfin… Francius). On ne vous en dira pas plus : prenez, et lisez.

« Jimi retourna en stop à la Pointe-au-Sel. De loin, il vit que la villa était fermée, volets clos, terrasse abandonnée. la petite plage était déserte, à part un chien jaune endormi et la silhouette d’un pêcheur sur un rocher ».
(Page 143)

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Notes

[1La « rentrée littéraire », au mois de septembre est une spécificité française.

[2En 2010, 711 livres ont été publiés à l’occasion de la rentrée littéraire.

[3« Tropic Salomé » est une nouvelle écrite par Emmanuel Genvrin et publiée dans la revue littéraire « Kanyar » N°4, page 7, février 2015. La revue « Kanyar » a été créée par André Pangrani, mort le 31 juillet 2016 à Moscou.

 

“TOUS AU LIT !” : UN JOYEUX CONTE MUSICAL A DORMIR DEBOUT AVEC MARIANNE JAMES

Question du jour : comment endormir les enfants ? Vaste interrogation sans aucun doute que nous avons tous connue, vécue, subie … en tant qu’anciens enfants ou comme parents !

Et si le remède-miracle venait d’un CD  de 55 minutes et d’un livre aux expressifs dessins signés Soufie et au titre des plus encourageants : “Tous au lit !’ ‘

Vous souriez ? Alors laissez-moi vous expliquer.

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Un intense travail d’équipe, une aventure tant amicale que familiale

 Le déclic de cette aventure artistique est né d’un constat, d’une évidence. “Dans 99,99 % des foyers, l’heure du coucher qui souvent vire au cauchemar”.

Hé oui, comme elle sait (très) bien de quoi elle parle, Valérie Bour a fait travailler autant son imagination que ses souvenirs.

D’où cette histoire écrite avec la complicité de Marianne James … oui la chanteuse-musicienne-comédienne-humoriste-animatrice de télé … et notamment inoubliable créatrice de personnages hauts en couleurs tels  Ulrika von Glott, la diva allemande plutôt déjantée ou bien Miss Carpenter, l’actrice hollywoodienne en quête de rôle.

Et la voici dans un autre rôle, celui de Tatie Jambon qui doit user et abuser de force stratagèmes pour endormir les enfants interprétés par Léonie et Adrien Buffet. Pas facile d’arriver à ses fins malgré les interventions tour à tour rassurantes et drôles, douces et exaspérées de cette tatie qui ne manque ni de bagout ni de suggestions : des histoires de princesses au yoga, en passant par le défilé de moutons voire l’hypnose !

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Dessin de Soufie extrait du livret de 36 pages

 

 11 CHANSONS POUR TROUVER LE SOMMEIL

Tatie Jambon; Douce lumière; Il était une fois; Le yoga du rire; Le chant des baleines; Les Hommes; Cher Mouton; Tout coton; Viens dans la voiture; Le temps des grands; Le musée amusé …

L’invitation au sommeil est déclinée en une douzaine de titres aux accents slow, rock, bossa, avec un zeste d’ambiance tropicale et des clins d’oeil aux sixties … entrecoupés par les interventions de Tatie Jambon  Figure de proue médiatique de cette aventure, Marianne James y est entourée d’une joyeuse bande de musiciens unie par des liens amicaux et familiaux.

Les textes de Valérie Bour sont mis en musique par Sébastien Buffet et Philippe Bégin, réalisateurs  et arrangeurs du CD …. Et également en studio pour interpréter un gardien de la paix (“Viens dans la voiture”) et le “gardien du musée amusé”.

Les deux compères  participent aussi à l’album comme musiciens, en compagnie de Stéphane Chausse, Didier Havet, Didier Perrin … sans oublier Valérie Bour pour “les sabots de cheval” !

Certes, ce “conte musical à dormir debout” bénéficie de l’extravertie personnalité d’une Marianne James, très convaincante comme Tatie Jambon à la fois idéale et farfelue. Mais il résulte aussi d’une sacrée complicité  dans laquelle s’est  glissée l’auteur-compositeur-interprète Romain Lemire dans le surprenant personnage de “Charles-François Tremblay du Badelaine” !

 

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Marianne James et Sébastien Buffet

EFFICACE ALCHIMIE AVEC ENTRAIN ET HUMOUR

Plusieurs créateurs-auteurs-musiciens-artistes mobilisés autour de “Tous au lit” se sont retrouvés l’an dernier pour une autre aventure également destinée au jeune public : “un conte musical au coeur des océans” réunissant Marianne James, Jacques Gamblin, Kent, Agnès Jaoui, etc. Voir article sur Les symphonies subaquatiques.

“Tous au lit !”, c’est le symbole d’une efficace alchimie entre imagination et talent, avec beaucoup d’entrain et d’humour aussi, le tout saupoudré de bon sens.

Mention spéciale au livret de 36 pages qui ne se contente pas de reproduire les paroles des chansons illustrées par l’imaginative Soufie.

S’y glissent en fin d’ouvrage quelques questions à lancer aux enfants qui ne dorment pas : pourquoi ronfle-t-on ? Pourquoi baille-t-on ? Combien de temps peut-on tenir sans dormir ? Qu’est-ce que le somnambulisme ?  A quoi servent les rêves ?

Et si jamais vous n’avez toujours pas réussi à endormir vos enfants, rendez-vous sur la page voisine avec diverses expressions sur le sommeil à associer à une liste de huit mots ou expressions à compléter du genre : Tomber dans les bras de ? Ou bien “Comme on fait son lit” …

Bref vous l’aurez compris. Avec “Tous au lit!” paru aux Éditions des Braques il y a de quoi écouter et lire, chanter aussi … et même se creuser un peu les méninges avant de trouver ENFIN le sommeil.
Assurément une authentique réussite artistique à partager avec des enfants .. de tous âges si le cœur vous en dit.

TEXTE ALBERT WEBER
PHOTOS SITE “TOUS AU LIT!”

VIDÉOS ET PHOTOS SUR LE SITE “TOUS AU LIT !”

PAGE FACEBOOK DE “TOUS AU LIT !”

SITE DES ÉDITIONS DES BRAQUES

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Le yoga du rire sera plus efficace que les autres solutions trouvées par Tatie Jambon ?

 

 

CHANSON : CONTE MUSICAL AU CŒUR DES OCÉANS AVEC “LES SYMPHONIES SUBAQUATIQUES” !

Voici un CD et un livre que je vous recommande vivement tant pour le sujet abordé que la poignée de talents qui s’est jetée à l’eau à l’invitation de l’inspirée Valérie Bour (dialogues, textes de chansons) et co-scénariste avec Sophie Bernardo.

Oui, bienvenue au fond des océans en compagnie de … mais oui … Dominique A (Phoébus, le dauphin) ; Kent (Herman, le cachalot) ; Laure Calamy (narratrice) ; Jacques Gamblin (Jack, le mérou); Marianne James (Sheila, la pieuvre); Agnès Jaoui (Sissi, la sirène) , Simon Teglas (Adrien, l’enfant qui sait parler sous l’eau) et nombre d’autres artistes !

Tout ce petit monde a plongé dans une incroyable aventure artistique vraiment pas comme les autres menée à bien pour les enfants de tous âges !

À l’occasion d’une plongée sous-marine, Sophie Bernado et Hugues Mayot, tous les deux musiciens, ont l’idée d’un conte pour enfants dans lequel il serait question de musiques qui permettraient aux humains de se reconnecter au monde marin.

65 MINUTES DE VRAI RÉGAL

Pris par leur travail, ils confient à Valérie Bour le soin d’imaginer et d’écrire l’histoire née d’une parole d’enfant (“C’est super, j’ai rêvé que je chantais sous l’eau, sur le dos d’un cachalot !”) et … le fil est donné pour la suite : Les Symphonies Subaquatiques prennent forme !

D’une durée totale de 65 minutes, ce conte musical écologique est un VRAI RÉGAL !

Sur un sujet qui aurait pu être austère (la protection des océans), Valérie Bour et ses complices s’en donnent à cœur joie dans un feu d’artifices de rythmes : jazz, disco, gospel, bossa nova, techno, rythme tropical, pop, berceuse, etc.

Réussies autant sur le fond que la forme, ces étonnantes ” Symphonies Subaquatiques” bénéficient d’un site très fourni avec quantité d’informations , de sons, de vidéos, sans oublier une partie pédagogique “pour en savoir plus sur les océan . Un superbe site à découvrir ICI .

Un album (et un livre aussi) à mettre ASSURÉMENT entre toutes les oreilles et toutes les mains EN FRANCE ET AUSSI DANS L’ESPACE FRANCOPHONE.

Envie d’en savoir plus sur ces coulisses de ce projet ?

De découvrir les paroles des chansons ?

VOIR ICI LE SITE DES SYMPHONIES SUBABAQUATIQUES
VOIR AUSSI LE SITE DES ÉDITIONS DES BRAQUES

Albert WEBER

https://www.youtube.com/watch?v=iGsAcq3umbk&feature=youtu.behttp%3A%2F%2Fwww.lessymphoniessubaquatiques.com%2F

NATHACHA APPANAH : INCONTRÔLABLE ET FASCINANT “TROPIQUE DE LA VIOLENCE”

Dans les 560 nouveaux romans de la “rentrée littéraire” en France, il n’est pas tout exagéré qu’affirmer que le 6ème ouvrage de la mauricienne Nathacha Appanah se classe dans le peloton de tête des livres qui font l’actualité. Coup de projecteur sur un livre-choc paru chez Gallimard (collection NRF) et dévoré en quelques heures.

Nathacha Appanah au cœur de l’actualité … et pas seulement littéraire. Ah non !

Pourquoi ? Pour bien des raisons enracinées autant dans le contexte mahorais de ces 175 pages que le tragique destin de ses personnages et aussi -bien évidemment – dans des phrases haletantes d’angoisses permanentes et de contagieux désespoirs … autant de mots saccadées à force tenter de s’approcher d’un irréalisable bonheur. Ou d’une moins d’une certaine vie quotidienne sans (trop de) malheurs sur cette terre française de l’Océan Indien.

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CINQ (SUR)VIES AUX DESTINS TRAGIQUES

Marie, Moïse, Bruce, Stéphane, Olivier … Cinq prénoms, voire pseudonymes … cinq (sur)vies aux destins tragiques malgré quelques rares et hélas trop faibles lueurs d’espoirs. Cinq histoires qui se croisent, se déchirent, se retrouvent et explosent avec une force toute aussi implacable que logique.

Au départ, il y a “l’infirmière française” Marie qui s’installe à Mayotte avec Chamsidine, son mari, et c’est là que tout commence à se détraquer entre impossibilité d’avoir un enfant et adultère du mari mahorais …

Dès lors, malgré tout l’amour dont bénéficiera le petit Moïse, les événements vont s’enchainer. Inexorablement jusqu’à cette chute finale qui en dit long sur le destin ACTUEL de ces quelques 3 000 mineurs plus ou moins abandonnés à eux-mêmes, par leurs parents retournés contre leur gré aux Comores.

Chacun des 23 chapitres vous plonge, à la première personne du singulier, dans un ces bouts de vie où tout est permis et rien n’est impossible. A chaque personnage ou plutôt “anti-héros” de raconter avec ses mots bien à lui, comme il a vécu, survécu ET AUSSI  -et c’est assurément un des atouts  du livre – comment il en est mort …

SURTOUT NE PAS SE TAIRE

“Tropique de la violence” est né d’une INCONTESTABLE URGENCE chez Nathacha Appanah  : surtout ne pas se taire suite à une série de constats aussi répétés que violents … observés durant les années 2008-2010 passées à Mayotte, avant d’y retourner brièvement durant quelques semaines en 2015.

Et la romancière mauricienne de raconter ce bref retour à Mayotte dans le quotidien Libération ( juillet 2016) : “J’ai accompagné d’autres pompiers, infirmiers, travailleurs sociaux, et j’ai traîné dans les ruelles bordées de cases roussies de Gaza, ce bidonville à la lisière de Mamoudzou, le chef-lieu de l’île, et écouté ceux qui ont bien voulu me parler. Les adolescents – souvent encore mineurs – s’organisent en bandes, volent, agressent et se droguent à la fameuse «chimique», ce mélange d’herbe, de tabac et d’un produit de synthèse équivalent au crack. Ils se gavent de clips rap hardcore pour imiter les gangs latino-américains”.

Impossible pour un journaliste mahorais ou métropolitain de raconter de l’intérieur ce qui se passe dans la vie quotidienne de ces jeunes sans avenir, ni dans leurs pensées déchirées entre l’envie de survivre et le besoin de s’affirmer.

D’où la force de ce livre qui vous transforme tout en tour en chacun des cinq habitants de cette ile des Comores ayant opté pour son rattachement à la France lors du référendum de 1974, à la différence des trois autres iles des Comores.

SE LAISSER ENTRAINER AVEC MO DANS LES SECRETS DE GAZA

C’est évident, il faut suivre Natacha Appanah sans opposer aucune résistance. Vous laisser entrainer avec Moïse devenu Mo dans les secrets de Gaza, marcher avec lui dans les “bas-fonds mahorais”, bien tenir en main la  laisse fluo du chien Bosco, relire encore et encore le même livre “L’enfant et la rivière”,  porter le sac à dos de couleur marron de votre maman adoptive.

Pas étonnant que ce livre fasse partie de la sélection des ouvrages en lice pour le Goncourt et le Prix Wepler.

Pas étonnant non plus que ce “roman” ait été qualifié sans hésitation de  “chef-d’œuvre” par François Busnel dans son émission “La grande librairie”, jeudi 1er septembre sur France 5, en guise de présentation de ce “roman noir, sombre” entre “violence stupéfiante et” beauté frappante”.

Et j’hésite d’ailleurs à employer le mot “roman” tant ces 175 pages expriment une vie quotidienne à des années-lumières des préoccupations des touristes conquis par le “plus grand et le plus beau lagon du monde”. Ici pas de belles phrases littéraires chères à l’Académie Française mais des mots crus qui font mal, des actes qui blessent et font mourir aussi.

JUSTE QUELQUES TRANCHES DE VIE COUPÉES AU COUTEAU

L’auteure donne vie à cinq voix symboles de Mayotte, sans porter de jugement. Et sans prendre position. Juste en exprimant des pensées, des paroles, des actes .. avec en filigrane une infinie et impuissante tendresse pour tant de destins brisés quotidiennement …  des réalités plus actuelles que jamais sur ce 101 ème département français …. et c’est pas de la “littérature” pour attendrir et émouvoir.

“Tropique de la violence” est un livre d’une rare cruauté évoquée sans voyeurisme ni “effets de style”. Juste quelques tranches de vie coupées au couteau d’une lame qui vous remue les tripes, le cœur, la tête aussi.

A lire, c’est évident. D’une ÉVIDENCE ABSOLUE pour ne jamais devoir dire “je ne savais pas”.

Albert Weber

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Nathacha Appanah, auteure de “Tropique de la violence”. Photo C. Hélie/ Gallimard, site Radio France-International

 

 

 

 

 

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ALSACE, QUÉBEC, FLORIDE : LORENA DÉCOUVRE, SA GRAND-MÈRE MARTINE RACONTE

Née en Alsace, élevée au Québec, en vacances en Floride : elle n’a pas fini de voir du pays, la petite Lorena ! Bien sûr, elle est souvent photographiée par ses parents, un couple d’Alsaciens établis dans la région de Trois-Rivières au Québec.

Mieux, depuis quelques années, elle est également l’incontournable repère de trois livres pour enfants parus dans la collection Jeunesse chez DOM Éditions.

Rencontre avec Martine Haas-Nunge, l’inspirée grand-mère auteure de ces découvertes sans frontières.

 

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“De l’immobilier à l’écriture, pour mes adorables petits-enfants voyageurs, Lorena et Leo-Paul”.

L’immobilier c’est sans doute comme le journalisme ! Ça mène à tout à condition d’en sortir … comme on dit.

D’où cette dédicace au début de “Lorena en Alsace”, à côté d’une carte de France d’où ressortent, en vert, le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Une phrase qui résume bien l’étonnante histoire de cet agent immobilier établie dans la région de Colmar … devenue auteure de livres pour enfants.

 

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Lorena à New-York

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 UN COUP DE CŒUR DE L’ÉDITEUR DOMINIQUE TISON

Été 2012, c’est le déclic. Car bien qu’elle séjourne régulièrement au Québec pour revoir ses petits-enfants Lorena et Leo-Paul, Martine Haas-Nunge est désolée désolée de ne pas les voir plus souvent. Lorena a alors trois ans et ses photos laissent pensive sa grand-mère.

Certes,  les nouvelles technologies facilitent  aujourd’hui les échanges entre les membres d’une même famille qu’un océan sépare, elle restait sur sa faim.

Une grosse faim d’autant plus que les parents de Lorena sont de grands voyageurs comme en témoignent nombre de photos transmises par Martine Hass-Nunge : Boston, Chicago, Mexico, Vancouver, etc. Et aussi Ribeauvillé en Alsace, Miami en Floride et le Québec  … D’où ces photos de Lorena illustrant cet article et publiées avec l’accord de ses parents.

Poussée par l’envie d’offrir à sa petite-fille des souvenirs de voyage ne se résumant pas à des photos ou vidéos,  l’agent immobilier prend donc sa plume, durant l’été 2012, inspirée par les nombreux voyages internationaux de sa petite-fille.

Et elle rédige le texte de “Lorena en Alsace” qui retient l’attention d’une maison d’édition de Colmar, paru chez Dom Éditions. Assurément un coup de cœur de l’éditeur Dominique Tison revu samedi 16 avril au Salon du Livre de Marlenheim où j’ai fait (enfin) la connaissance de l’auteure dont j’avais entendu parler.

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Chaque exemplaire est vendu 5 euros chez l’éditeur

 

AVEC LA COMPLICITÉ DU DESSINATEUR NICOLAS WILLMANN

Non, ne vous affolez pas ! Ce n’est pas un gros ouvrage indigeste, mais bel et bien un livre pour enfants 18 pages équitablement réparties entre texte et dessin. Un bref texte sur la page de gauche et un dessin d’une pleine page signé Nicolas Willmann.

En effet, c’est Lorena qui raconte l’Alsace à travers divers repères facilement identifiables pour une enfant de trois ans : maisons à colombage, cigognes, châteaux forts, seigneurs et chevaliers, choucroute,  sans oublier sa poupée Poupinette portant le costume traditionnel.

Inspirée des voyages de sa petite-fille, Martine Haas-Nunge signe un livre à la fois ludique et pédagogique. Car Lorena en Alsace” raconte une région à travers les mots d’une petite fille.

Ici on va à l’essentiel, à travers le regard d’une enfant curieuse de découvrir son environnement. Le genre de livre que vous lisez à votre enfant en prenant le temps de commenter chaque dessin donnant du relief aux découvertes et commentaires de Lorena.

 

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SCOOTER DES NEIGES, POUTINE, MAGASINAGE ET TIRE D’ÉRABLE

“Lorena en Alsace” a paru durant le 3ème trimestre 2014, en même temps que deux autres livres de la même veine : “Lorena au Québec” et puis “Lorena en Floride”. Toujours avec la même dédicace pour les deux petits-enfants publiée à côté d’une carte du pays ou de la région concernée, avec des dessins du  même illustrateur, et surtout dans le respect de l’esprit dans lequel a été rédigé le premier livre de la série.

 Scooter des neiges ;  plages du fleuve Saint-Laurent (“On dirait une mer tellement c’est grand!” ) ; bateaux pris dans les glaces du fleuve en hiver; sucette de tire d’érable; “magasinage” à Montréal dans les “immeubles très très hauts, avec plein de magasins en sous-sol”; écureuils du Mont-Royal; poutine; autoroute à perte de vue avec ses “immenses camions rutilants et colorés”;  caribous …

C’est sans aucun doute le regard synonyme de surprises de la jeune Lorena en vadrouille sur sa terre d’adoption.

 

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Lorena au Québec

 

LORENA RACONTE, S’ÉMERVEILLE, VA SE SURPRISE EN SURPRISE

Ce genre de livre pour enfants a le mérite d’aller au-delà des habituels clichés, des cartes postales.

Car c’est la jeune Lorena qui – à travers les mots de sa grand-mère – raconte, s’émerveille, va de surprise en surprise sans perdre son âme d’enfant.

Après la terre natale et la terre d’adoption, Lorena découvre la Floride : Miami, plages de sable blanc;  châteaux de sable construits avec son père; parc d’attraction avec rencontre des personnages de Disney; crocodiles des Everglades découverts depuis un hydroglisseur; centre spatial Kennedy; piscine et cocotiers; etc.

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Cette photo prise à Miami a a été reproduite par le dessinateur dans “Lorena en Floride”

 

MARTINE HAAS-NUNGE SUR LES PAS DE LORENA A NEW-YORK ET EN MARTINIQUE

Évidemment, Martine Haas-Nunge est bien décidée à continuer cette aventure tant éditoriale que familiale. Après l’Alsace, le Québec et la Floride, Lorena s’en ira découvrir New-York et aussi la Martinique …

Les idées ne manquent pas, et l’auteure est prête à continuer à raconter les voyages de sa petite-fille, avec la complicité de son illustrateur et aussi de l’éditeur Dominique Tison qui se présente à juste titre comme un “révélateur de talents”.

On ne peut que lui souhaiter que cette série de Lorena emprunte une voie synonyme de succès populaire  à l’instar de la fameuse collection de Martine publiée par Castermann. Soit plus de 80 livres pour enfants signés Gilbert Delahaye et Marcel Marlier : que de lecteurs depuis le premier tome, “Martine à la ferme” paru en 1954 jusqu’au “Martine et le prince mystérieux” sorti en 2010 : 65 millions d’exemplaires vendus en langue française et 35 millions en langues étrangères, traduites dans une trentaine de langues.

De quoi faire rêver un éditeur audacieux et obstiné comme Dominique Tison, non ? On peut toujours rêver, et en attendant cet éditeur agit quotidiennement, notamment bien présent sur les réseaux sociaux où il a même lancé un groupe publié pour les Amis qui aiment DOM Éditions.

 

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Lorena à Key West, en Floride

 

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Samedi 16 avril 2016, Salon du Livre Alsatique et Jeunesse à Marlenheim. Martine Haas-Nunge kiosque de DOM Éditions

 

EN ATTENDANT DE RETROUVER “LEO-PAUL A PARIS”

Comme Lorena grandit, sa grand-mère peut évidemment adapter au fur et à mesure des prochaines parutions le ton de sa petite-fille.

Et qu’en pense donc son frère Léo-Paul ? Pas de risque de jalousie … car sa grand-mère travaille sur un “Leo-Paul à Paris” !

Si le lectorat est au rendez-vous, l’inspiration de l’auteure l’est aussi. Aux parents et grands-parents qui ont envie de soutenir ce beau projet de réagir à présent. Comme dirait l’éditeur Dominique Tison, “le livre, c’est un cadeau pour soi ! Et un cadeau d’amour ou d’amitié pour les autres !”.

Alors à vous de jouer … avec Lorena et son regard d’enfant sur ses aventures sans frontières et en famille.

 

TEXTE ALBERT WEBER 

SITE DOM ÉDITIONS

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Dans ses voyages, Lorena est toujours accompagnée par Poupinette qui porte le costume traditionnel alsacien

 

 

 

 

 

 

 

NICOLAS BRULEBOIS ET MARC LEGRAS AU COEUR DES INTENSES VIES D’ALLAIN LEPREST

Livres, spectacles, albums de reprises et/ou titres inédits, colloque, …

L’actualité suscitée ces derniers mois autour d’Allain Leprest  est des plus riches.  Suite aux récents “CD leprestiens” de Jean Guidoni et Claire Elzière, l’album de JeHan-Lionel Suarez  s’annonce imminent.

Déjà chanté de son vivant par nombre d’artistes, cet auteur-compositeur-interprète l’est tout autant, voire encore davantage depuis son suicide.
Sa disparition n’a pas été synonyme d’abandon, d’indifférence, d’oubli. Bien au contraire comme en témoignent avec éclat les ouvrages si différents et cependant complémentaires de Marc Legras et Nicolas Brulebois. Continue Reading

« JACQUES BREL / FRED HIDALGO : «L’aventure commence à l’aurore»… et se poursuit encore !

C’est une info « Planète francophone » (et seulement une des facettes de l’actualité liée à cet ouvrage d’ores et déjà de référence) : après deux premières réimpressions en octobre et décembre de son livre sur Jacques Brel aux Marquises, L’aventure commence à l’aurore, paru en septembre dernier, Fred Hidalgo travaille actuellement à une édition « revue et augmentée », enrichie de nouveaux témoignages.

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AZNAVOUR, BRASSENS, FERRAT, LAVILLIERS : AU COEUR DE LA CHANSON DE PROXIMITE

En juillet 2009  disparaissait la revue “Chorus les cahiers de la chanson”, laissant un grand vide auprès de celles et ceux qui depuis des années suivaient de (très) près l’actualité de la chanson francophone. Ici et là ont surgi des blogs et webmagazines lancés par d’anciens membres de la rédaction de ce trimestriel. Histoire de reprendre le flambeau d’une autre manière, via internet. D’où cet article paru le 21 décembre 2010 sur le site www.francomag.com

Et voici que trois journalistes de l’équipe créée et animée par Fred Hidalgo publient chacun un livre de référence. D’où ce coup de projecteur destiné à mettre en évidence trois ouvrages très différents tant sur la forme que le fond, et cependant unis par une passion commune : la chanson.

Embarquement immédiat avec Michel Kemper (“Les vies liées de Lavilliers”, Flammarion) ; Daniel Pantchenko, (“Jean Ferrat. Je ne chante pas pour passer le temps”, Fayard) ; Michel Trihoreau auteur de deux ouvrages : “La chanson de proximité. Caveaux, cabarets et autres petits lieux” , Editions de L’Harmattan, et “Rencontres”, Editions du Petit Véhicule, un recueil de nouvelles enracinées dans le répertoire de Georges Brassens.

 

Michel Kemper, auteur de la bio de Bernard Lavilliers

Michel Kemper, auteur de la bio de Bernard Lavilliers

Commençons par Les vies liées de Lavilliers, une décapante bio signée Michel Kemper, originaire de Saint-Etienne comme le chanteur. Avec en guise d’introduction,une question lancée à l’intéressé par la Québécoise Monique Giroux lors d’un entretien le 9 janvier 2005 au micro de Radio-Canada.

 ” Bernard Lavilliers, on a dit des tas de choses sur votre parcours, sur ce que vous aviez fait. Et j’ai envie, pendant que je vous ai devant moi, de vous demander le vrai du faux. On a dit que vous aviez été fugueur, pensionnaire d’une maison de correction, tourneur, comédien, boxeur, camionneur, patron de boites de nuit, directeur d’une école de variétés … on a dit beaucoup de choses, dites-moi tout “.

Et le chanteur d’affirmer : “C’est simple, j’ai cinquante-huit ans donc j’ai fait tout ça, successivement. Et des fois en même temps. Donc j’ai plusieurs vies à la fois, ce qui fait qu’effectivement, parfois quand je compte, j’ai l’impression d’avoir déjà deux à trois fois plus que mon âge. J’ai souvent fait deux métiers parallèles, oui. Et je trouve que c’est intéressant parce que la création se trouve justement à l’intersection des deux, souvent”.

Cet échange radiophonique en dit long sur l’incroyable aventure dans laquelle s’est lancée l’obstiné Michel Kemper.Son projet, c’était d’écrire une bio avec et sur Lavilliers, et en septembre 2004 le chanteur avait donné son accord par l’intermédiaire de son manager.

Cet accord tombera à l’eau début octobre 2006 par décision de celui qui est né en octobre 1946 à Saint-Etienne : “C’est là qu’est né aussi le mystère Lavilliers, soigneusement entretenu tant par l’artiste que par le cercle familial. Là également que réside l’auteur de ces lignes”.

“Un des personnages les plus captivants que la chanson ait jamais enfanté”

 

Une bio extrêmement fouillée de 387 pages

Une bio extrêmement fouillée de 387 pages

Ce livre, c’est l’étonnante histoire de Bernard Ouillon devenu Bernard Lavilliers. Et Michel Kemper d’expliquer ainsi la démarche qui a guidé la rédaction de cette biographie : “Toujours avec infiniment de respect envers l’artiste et l’ensemble des témoins, jamais pour le plaisir d’écorner une légende. Dans l’objectif unique de mieux comprendre une œuvre majeure que la légende a nourri à l’envie”.

Au terme de plusieurs années d’entretiens, de lectures, d’écoutes répétées de son répertoire, d’informations vérifiées à multiples reprises auprès de plusieurs interlocuteurs, Kemper brosse ici le fascinant portrait “d’un des personnages les plus captivants que la chanson ait jamais enfanté” selon son expression.

 Au fil des chapitres, on marche fidèlement dans les pas de Lavilliers, depuis l’enfance. Et on découvre notamment ses dix années de vaches enragées dans le 5ème arrondissement parisien et les petits lieux de la rue Mouffetard avant que la carrière ne décolle enfin.

Le Stéphanois ; Les poètes ; Paris, redingote de plomb ; La manche ; Arrêt sur image ; Entrée des artistes ; Etat d’urgence ; Outremer ; Mémoires particulières; Les mains d’or ; A suivre : en dix chapitres, Kemper se livre à une étonnante radiographie de la vie de Lavilliers, dont nombre de chansons témoigne justement de ce destin hors du commun. Oui, un destin assurément hors-du-commun où tout n’est pas à prendre au pied de la lettre dans la vie de l’artiste, entre France et Amérique Latine, entre affirmations et faits.

Ici tout a été vérifié, recoupé, lu et relu avec une extrême rigueur dans cette bio aux nombreuses anecdotes qui en disent long sur le chanteur doté d’une imagination débordante tant pour la présentation des étapes successives de sa vie publique et personnelle que les textes de ses chansons.

Le chapitre “Mémoires particulières” est particulièrement instructif. Et Kemper d’expliquer : “Or, si l’ensemble de sa production – qu’on peut sans mal qualifier d’œuvre – est du pur Lavilliers, force est de constater au sein de celle-ci nombre de réminiscences, de ressemblances orphelines de toutes sources, voire de reconstructions… “.

“Lavilliers est de ceux qui savent exister par eux-mêmes, sans jamais s’inscrire dans ces moules réducteurs et destructeurs, qui font quelques disques et puis s’en vont”

Michel Kemper est aussi l'auteur Mes nuits de concerts sont plus belles que vos soirées télé (2002) et Mes nuits critques (2005),

Michel Kemper est aussi l’auteur Mes nuits de concerts sont plus belles que vos soirées télé (2002) et Mes nuits critiques (2005),

“Les vies liées de Lavilliers” mérite une lecture approfondie, même si l’on n’est pas (pas encore) familier de l’œuvre de celui que l’auteur qualifie d’ »institution nationale, un grand parmi les grands” : “Lavilliers est de ceux qui savent exister par eux-mêmes, sans jamais s’inscrire dans ces moules réducteurs et destructeurs, qui font quelques disques et puis s’en vont. Il ne ressemble à nul autre qu’à lui-même.

Ce qu’il a créé est unique, certes nourri d’influences parfois revendiquées, parfois tues, d’emprunts clamés tout haut ou dissimulés sans vergogne, assuré qu’il est peut-être en son for intérieur d’en avoir été le géniteur. Mais unique, ça oui. Il s’est mis au monde lui-même, se jurant un beau jour de créer un genre de chanson qui lui soit propre – il a réussi – et de l’illustrer par une légende aussi colorée que possible – il l’a fait”.

Et cet hommage signé Michel Kemper a le mérite de resituer Lavilliers à sa vraie place, celle d’un artiste incontournable dans la chanson d’expression française : “Il a rêvé une vie qu’il s’est ensuite appliqué à traduire dans les faits, fidèlement, rejoignant en cela la fine et belle équipe d’aventuriers-artistes, de bourlingueurs-écrivains, les Rimbaud et autres Cendrars, parmi lesquels il mérite sans nul doute d’occuper une juste et belle place”.

Dans la liste des remerciements d’une page et demie l’on trouve notamment “Fred et Mauricette Hidalgo qui ont encouragé ce projet depuis le début et apporté, le moment venu, leurs regards et conseils avisés”. En somme une passionnante plongée dans les coulisses d’un artiste des plus talentueux, dont on cerne ici mieux les zones d’ombres et de lumière. Avec en prime une discographie et une bibliographie ainsi qu’un index des titres de chansons citées.

“On porte son enfance toute sa vie. Je ne suis pas un cas unique, mais cette période a été très dramatique pour ma famille, pour moi et pour la France aussi”

 Seconde bio, celle de Daniel Pantchenko, autre pilier de la rédaction de feu Chorus auteur d’une récente biographie UNIQUE EN SON GENRE et des plus détaillées sur Anne Sylvestre dont nous parlerons ultérieurement.

En attendant, place à un ouvrage de référence, de 572 pages :” Jean Ferrat Je ne chante pas pour passer le temps”. Pour comprendre la genèse de ce livre, les circonstances dans lesquelles il a vu le jour, une série de précisions s’impose. Et elles sont offertes avec force détails sur le blog du créateur de Chorus, Fred Hidalgo. Lequel avait en effet depuis des années le projet d’écrire un ouvrage de référence sur Jean Ferrat : le projet sera finalement abandonné, et le flambeau transmis à Daniel Pantchenko.

Intitulé “Jean Ferrat, “la” bio” !”, ce long texte de Fred Hidalgo est illustré d’une photo (également publiée ici) de Francis Vernhet montrant Jean Ferrat en compagnie de Fred et Mauricette Hidalgo et Daniel Pantchenko. Les confidences de Fred Hidalgo constituent un indispensable témoignage : à lire afin de mieux cerner les origines et l’histoire de cette biographie unique à bien des égards. Texte à lire sur le blog Sicavouschante

Oui une bio unique à commencer par les premières années du petit Jean Tennebaum. D’où cet aveu de l’artiste reproduit par Pantchenko : « On porte son enfance toute sa vie. Je ne suis pas un cas unique, mais cette période a été très dramatique pour ma famille, pour moi et pour la France aussi. Il y a une partie de moi qui est devenue adulte très vite. Le racisme, le nazisme, je les ai découverts à onze ans. Je ne savais pas que mon père était juif ».

 

Festival de Barjac : Daniel Pantchenko aux côtés de Jean Ferrat au milieu de la foule. (Photo Samuel Fontayne).

Festival de Barjac : Daniel Pantchenko aux côtés de Jean Ferrat au milieu de la foule. (Photo Samuel Fontayne).

“Par ses mots, sa musique, et sa voix d’humanité profonde, Jean Ferrat a toujours été le chanteur qui me touche le plus, avec lequel je me trouve en accord maximal, tant sur la forme que le fond”

 

572 pages pour mieux comprendre l'homme et l'oeuvre

572 pages pour mieux comprendre l’homme et l’oeuvre

Fouillée, méticuleuse jusqu’aux moindres détails, l’enquête de Daniel Pantchenko situe avec force références la vie et l’oeuvre de Jean Ferrat dans le contexte historique national et international.

Et il entre dans les détails du destin de Tenenbaum devenu chanteur en tant que “Jean Laroche”, pseudonyme qu’il aurait sans doute gardé si la SACEM ne l’avait prévenu qu’il existait déjà un artiste portant ces prénom et nom.

“Alors en regardant la carte de France, j’ai mis longtemps à me décider; j’avais trouv d’autres pseudonymes qui étaient aussi de vrais noms et je suis tombé par hasard sur Saint-Jean Cap Ferrat. Ca sonnait bien, c’était clair, c’était court”.

Cette bio fait aussi la part belle aux témoignages.Pas seulement celles du milieu artistique comme Dominique A, Akhenaton, ou son ami Allain Leprest, mais aussi nombre d’approches plus personnelles, voire intimes : fille, nièces, neveu, amis proches, etc. Et aussi les anciens maires d’Ivry et Antraigues, puisque “pendant un demi-siècle, Jean Ferrat aura habité, vécu, agi dans deux communes très différentes, entre lesquelles il aura servi parfois de passerelle”.

Je ne chante pas pour passer le temps”», c’est le titre d’une chanson de Ferrat, et la retrouver ainsi sur la couverture témoigne du pari dans lequel s’est lancé le journaliste-écrivain. En témoignent aussi les pages consacrées au couple formé avec Christine Sèvres, aux amitiés avec Isabelle Aubret et Francesca Soleville par exemple.

Comprendre l’homme au-delà de l’oeuvre d’où émergent d’inoubliables titres tels Potemkine, La Montagne, Nuit et brouillard, Ma mome, etc : oui, un sacré défi a été relevé avec brio par Daniel Pantchenko. Un défi enraciné dans le constat suivant : “Par ses mots, sa musique, et sa voix d’humanité profonde, Jean Ferrat a toujours été le chanteur qui me touche le plus, avec lequel je me trouve en accord maximal, tant sur la forme que le fond”.

Autre atout de cet ouvrage, au-delà du regard porté sur cette existence entre enregistrements et scènes, engagements politiques et vie plus discrète en Ardèche : le recul pris par l’auteur dans les pages consacrées à l’après-Ferrat.Il y est question du raz-de marée suscité par l’annonce de sa disparition le 13 mars 2010 : “Du coup, entre sentiments authentiques et calculs d’arrière-boutique, les fleurs, les pleurs, les superlatifs déferlent de la presse écrite à Internet, et les personnalités en tout genre et de tout acabit y vont de leur petite phrase. Désormais tout le monde aime Ferrat. Entre quatre planches”.

Et grâce à l’enquête menée par Daniel Pantchenko, l’on apprend que Gérard Meys, son producteur, dispose de 45 chansons en réserve : “Je ne sais pas ce que je vais en faire (…). Je n’ai pas pu malheureusement le réaliser, mais j’avais l’intention de faire un disque spécial, un album “politique”.

 

Jean Ferrat en compagnie de Daniel Pantchenko à gauche, et Fred et Mauricette Hidalgo (Photo Francis Vernhet)

Jean Ferrat en compagnie de Daniel Pantchenko à gauche, et Fred et Mauricette Hidalgo (Photo Francis Vernhet)

“Toute la presse people voire trash avait bien compris qu’il y avait du cash à faire sur la dépouille encore fumante de celui qui ne leur avait encore jamais donné d’occasions réelles de l’exploiter à la une”

Daniel Pantchenko a mené à terme une biographie de Charles Aznavour qu'avait commencé à écrire Marc Robine décédé en août 2003

Daniel Pantchenko a mené à terme une biographie de Charles Aznavour: un ouvrage qu’avait commencé à écrire Marc Robine décédé en août 2003

Autre information qui retiendra l’attention de ceux qui apprécient l’homme et l’œuvre : Gérard Meys a un projet audiovisuel, puisqu’il a filmé Ferrat durant sept ans.

On n’a donné d’image à personne car à partir du moment où on avait tellement de problème avec la télévision, on a décidé d’être complètement indépendants, dès 1981. Même pour les émissions spéciales de Drucker, toutes les chansons sont à nous, en tant que producteur”.

Et Daniel Pantchenko de constater dans l’une des ses innombrables notes en fin de chapitre que “toute la presse people voire trash avait bien compris qu’il y avait du cash à faire sur la dépouille encore fumante de celui qui ne leur avait encore jamais donné d’occasions réelles de l’exploiter à la une”.  A noter que ce sera la première fois dans l’histoire de la télévision française que seront diffusées en direct les obsèques d’un chanteur.

Quatre parties forgent ce livre, à commencer par un préambule de deux chapitres : Le crépuscule de l’aube ; Une Môme et deux enfants ». S’en suivent trois autres parties : Jean Tenenbaum, Jean Ferrat, d’Antraigues. Et à chaque fin de chapitre, l’on découvre plusieurs pages de notes : autant de coups de projecteurs sur tel ou tel détail auquel l’auteur apporte un complément d’information.

Cet ouvrage de référence bénéficie notamment d’une liste des chanteurs cités dans le texte avec mention des pages ; d’une exhaustive discographie dont le premier enregistrement remonte à 1958, et de la référence de plusieurs sites internet.

A l’instar de Michel Kemper à la fin de sa bio sur Lavilliers, Daniel Pantchenko adresse aussi des remerciements aux fondateurs de Chorus : “Enfin, pour leur confiance renouvelée, merci à Fred et Mauricette Hidalgo, qui savent combien nous partageons la même passion de la chanson depuis tant d’années”.

Le dimanche 26 décembre 2010, Jean Ferrat aurait eu 80 ans. D’où ces propos de Daniel Pantchenko transmis en ce 23 décembre 2010 : “On a eu envie de lui retourner la chanson de 1991 qu’il avait dédiée à un ami disparu : “Tu aurais pu vivre”… […] La biographie que je lui ai consacrée constitue d’ores et déjà ce que l’on appelle « un succès de librairie », puisqu’en à peine trois mois, elle va “tranquillement” vers ses 25 000 exemplaires vendus, la quasi-totalité des grands médias (en particulier les radios et télés du service public) n’ayant pas pourtant – encore ? – jugé utile d’en parler”.

“Pour y avoir rencontré des publics curieux, attentifs, interrogatifs et des artistes aguerris ou débutants, gens généreux ou sévères qui m’ont tant appris de ce métier, je suis heureux de voir un livre qui chante ces petites scènes et leurs actes”

186 pages et une préface signée Allain Leprest

186 pages pour un ouvrage de référence dont la préface est signée Allain Leprest

Venons-en à présent au 3ème ouvrage de référence paru dans la collection Cabaret aux Editions L’Harmattan. Ici pas de bio mais un voyage dans le temps et dans l’espace en compagnie d’un guide hors-pair : Michel Trihoreau.

 En 186 pages, il nous entraine dans les coulisses de la vie d’artiste. Là où les caméras et les photographes sont, la plupart temps, absents. Là où bat le cœur de tous ces talents émergents qui s’affirment dans des conditions pas toujours évidentes d’un point de vue technique. Sous le titre « La chanson de proximité. Caveaux, cabarets et autres petits lieux », Trihoreau n’y va pas quatre chemins.

La chanson il la connait depuis des années, il l’aime depuis des années, et ses articles et dossiers historiques parus dans Chorus témoignent d’une rigueur et d’une passion à toute épreuve. D’où le beau texte teinté d’amitié placé en début du livre, avant que le lecteur ne remonte les siècles jusqu’à l’époque des châteaux, des troubadours et des rois de France.

Oui, la préface signée Allain Leprest donne le ton du livre. Un ton fraternel qui donne envie de plonger avec l’auteur dans ce passé si riche en espaces de créations : “L’ami Michel vient ici vous parler avec force détails et chaleur de ces espaces qui ont vu naître, germer, croître des voix qui vous sont familières aujourd’hui. De ces creusets, ces trouées qu’il nous faut observer comme d’énormes terrains en friche. Pour y avoir rencontre des publics curieux, attentifs, interrogatifs et des artistes aguerris ou débutants, gens généreux ou sévères qui m’ont tant appris de ce métier, je suis heureux de voir un livre qui chante ces petites scènes et leurs actes”.

 

Toutes les photos de Michel Trihoreau prises le 30 septembre 2010 à l'Espace L'Harmattan, à Paris  - ici avec Claude Fonfrède et Fred Hidalgo - sont signées Martine Ladagnous

Toutes les photos de Michel Trihoreau prises le 30 septembre 2010 à l’Espace L’Harmattan, à Paris – ici avec Claude Fonfrède et Fred Hidalgo – sont signées Martine Ladagnous

“La chanson s’adresse autant à l’intellect qu’à l’émotion. Elle doit être intelligible et avoir un sens”

Traces historiques ; Origines populaires ; Les cabarets de la première génération, D’une rive à l’autre ; l’âge d’or ; Le schisme ; L’éternel retour ; La proximité et l’humanité ; La révolution tranquille : tels sont les repères, les titres des grandes parties d’un document sans doute unique en son genre. On s’y promène de Montmartre au Quartier Latin, de Saint-Germain à Mouffetard, de Barjac à Artigues, en passant par le Chat Noir, le Limonaire et Le Lapin Agile, … et la liste est évidemment très loin d’être exhaustive.

Car Trihoreau ne se contente pas de retrouver la trace de tous ces petits lieux où ont poussé tant de talents qui ont, par la suite, rencontré le grand public. Il se livre aussi à nombre de réflexions et d’analyses sur l’essence même de la chanson.

La chanson s’adresse autant à l’intellect qu’à l’émotion. Elle doit être intelligible et avoir un sens. Il ne s’agit pas de ranger les genres dans des tiroirs bien étiquetés, mais de trouver des repères, pour clarifier et tenter de définir quelques pistes de réflexion qui éviteront des querelles vaines.

De multiples passages d’un genre à un autre sont possibles, l’essentiel est de savoir quel objectif est poursuivi. Est-on dans la culture ou dans le divertissement ? Pour avoir trop souvent opposé les deux genres, on a fini de façon démagogique ou intéressée, par évincer le premier. Sans nuance”.

 

De gauche à droite Christian Stalla (directeur de la collection Cabaret), Gilles Tcherniak (fils du patron du Cheval d'Or), Marc Chevalier (co-fondateur de l'Ecluse), Michel Trihoreau, et Ginette Marty, chanteuse et auteur

De gauche à droite Christian Stalla (directeur de la collection Cabaret), Gilles Tcherniak (fils du patron du Cheval d’Or), Marc Chevalier (co-fondateur de l’Ecluse), Michel Trihoreau, et Ginette Marty, chanteuse et auteur

“Dans cette période de profondes mutations, le support papier est en péril : il ne disparaitra pas, mais risque bien de fonctionner à deux vitesses”

Mihel Trihoreau est aussi l'auteur d'un essai sur l'oeuvre et la vie de Jacques Prévert paru en février 2006

Mihel Trihoreau est aussi l’auteur d’un essai sur l’oeuvre et la vie de Jacques Prévert paru en février 2006

Autre coup de projecteur, celui braqué sur la formule Chant’ Appart, en pays de Loire et bien au-delà aussi. A noter que la photo de la couverture met précisément en valeur cette manière de chanter dans un contexte où proximité et convivialité vont de pair.Et voilà comment l’on retrouve la chanteuse québécoise Fabiola Toupin face à un auditoire assis à quelques pas d’elle, debout à son micro.

“Aujourd’hui, considérer Chant’ Appart comme un simple festival serait une erreur par omission. C’est désormais un phénomène de société qui annonce des temps nouveaux dans le monde de la chanson. C’est un pari qui repose sur ce qu’il y a de meilleur dans l’humain : la convivialité, la citoyenneté, le dynamisme, la solidarité, la curiosité, la sensibilité, toutes ces qualités que certains croient en voie de disparition et qui ne demandent qu’à s’épanouir lorsque les circonstances le permettent. Tout ce qui fait le lien social que les politiques ne savent pas maintenir et que la communication d’entreprise détruit peu à peu”.

A propos de communication, Michel Trihoreau consacre aussi plusieurs pages aux médias qualifiés d’ “outils indispensables” : radios, télés, presse écrite, internet, etc.

“La presse est un outil essentiel pour permettre à la Chanson de se faire un connaître et s’exprimer. Malheureusement les journalistes de la presse quotidienne ne peuvent être des spécialistes de tout ce qu’ils traitent et doivent se contenter la plupart du temps de clichés rapides. Certaines revues musicales s’adressent en général à un public qui sait se satisfaire de la médiocrité. D’autres s’enferment dans une spécificité catégorielle autour d’un genre ou d’un instrument.

La chanson est victime de ces deux tendances, soit peopolisée, soit disséquée entre rock, folk, punk, reggae, guitare, accordéon et autres, jusqu’à l’apparition de la revue Chanson de Lucien Nicolas, dans les années 1970″.

Et Michel Trihoreau de consacrer une page au mensuel Paroles et Musique et au trimestriel Chorus nés respectivement à l’automne 1980 et en septembre 1992 et chaque victimes d’un “prédateur” selon son expression.

“Ayant eu la chance d’être de l’aventure de Paroles et Musique / Chorus, j’ai pu mesurer la formidable compétence de Fred et Mauricette Hidalgo et de l’ensemble de la rédaction travaillant de façon rigoureuse et pointue dans un domaine où il y a tant à faire”.

La disparition de ces revues et la création de divers blogs et webmagazines à l’initiative d’anciens journalistes de Chorus est-elle “une solution de rechange” ?” Selon l’auteur, “dans cette période de profondes mutations, le support papier est en péril : il ne disparaitra pas, mais risque bien de fonctionner à deux vitesses : ici, le jetable plus ou moins gratuit qui va à l’essentiel et s’adresse aux regards brefs par l’abondance d’images, et là le pavé, analytique et pointu, condamné malgré li à un élitisme marginal. Entre les deux pas de passerelle”.

“Remplacer le concert par une écoute devant l’écran relève de la plus pure consommation contradictoire avec l’approche active de l’artiste”

Marc Chevalier, co-fondateur de l'Ecluse et Michel Trihoreau

Marc Chevalier, co-fondateur de l’Ecluse et Michel Trihoreau

Certes – et Michel Trihoreau le reconnait volontiers – Internet bénéficie de nombreux atouts, à commencer par l’instantanéité et la proximité.

Comme si tout le monde se retrouvait sur le même plan d’égalité avec son site et ses infos mis en ligne et renouvelée en permanence : “C’est très démocratique : la star internationale côtoie sur la toile l’amateur passionné et lorsqu’on débarrasse l’essentiel des scories mégalomanes ou commerciales, on peut se faire une assez juste idée du travail de nombreux artistes”.

Tout cela est bien beau mais … virtuel ! “Remplacer le concert par une écoute devant l’écran relève de la plus pure consommation contradictoire avec l’approche active de l’artiste” souligne l’auteur.

D’où son appel lancé en fin de texte en faveur d’une chanson vraiment vivante, “ouverte à toutes les inclinaisons que l’imagination peut inventer. Il y a toujours un bistrot avec un type et une guitare ; un coin de fête avec des paroles et de la musique audibles à l’écart du vacarme ; ou une affiche avec un inconnu dans une petite salle, ce soir ou demain. Vous ne connaissez pas ?

Prenez le risque, ça ne peut pas être pire que ce qu’on vous oblige à entendre et puis c’est vivant, c’est un être humain qui vous donne un peu de son âme. Et quand c’est bon, c’est un moment de magie qui vous fait penser au bonheur”.

“C’est l’art subtil de Trihoreau de redonner vie et conscience à ces inconnus qui ont traversé un jour un poème en forme de chanson”

Un recueil de 25 nouvelles et une photo de Brassens du Sétois Jimmy Rague.

Un recueil de 25 nouvelles et une photo de Brassens prise par le Sétois Jimmy Rague.

A noter enfin que Michel Trihoreau est aussi l’auteur de « renCONTrES » paru dans la collection « le Carré de l’imaginaire » aux Editions du Petit Véhicule. En l’occurrence un recueil – vraiment original – de 25 nouvelles dont tous les personnages sont authentiques.

Et l’auteur de préciser : “Seuls les noms, les lieux, les dates et les faits ont été changés. Tous se sont échappés des chansons de Georges Brassens. Celui-ci aimait trop la liberté pour ne pas autoriser ses personnages à s’évader (…) Je vous les confie. Apprenez à les reconnaître. Retrouvez dans leurs récits les chansons où ils sont nés.

Prenez garde, ils ne sont pas tous beaux, pauvres et sympathiques, ils sont comme vous et moi, ni meilleurs ni pires, la vie leur a donné leur lot de joies et de misères, inégales et injustes. Nourrissez-les de votre imagination afin qu’ils vivent longtemps et qu’ils aient encore beaucoup à raconter”.

En 87 pages, Michel Trihoreau donne libre cours à son imagination, chacune de ses nouvelles prenant des allures de passerelle vers une chanson de Tonton Georges : Brave Margot ; La maitresse d’école ; La fille à cent sous ; L’orage; Je suis un voyou; Hécatombe, La chasse aux papillons, etc.

C’est l’art subtil de Trihoreau de redonner vie et conscience à ces inconnus qui ont traversé un jour un poème en forme de chanson, le petit joueur de flûte, Tonton Nestor, le pauvre Martin, Pénélope et bien d’autres… L’émotion nous assaille mais l’humour n’est pas loin ; C’est dans l’un de ces récits que l’on retrouve les amoureux des bancs publics devenu un vieux couple désuni “.

Cet extrait de la préface de Paul-René Di Nitto donne le ton de ce beau livre illustré par des dessins de Cathy Beauvallet, fondatrice d’une “Ecole de Communication Visuelle”.

 Laissez tenter par les livres de Michel Kemper, Daniel Pantchenko et Michel Trihoreau !

Nous voici parvenus au terme de ce voyage au cœur d’une chanson mise en évidence par trois anciennes plumes de Chorus. L’esprit Chorus – entre information et commentaire, rigueur et précision – n’est pas mort ; ces quatre livres auraient sans aucun doute mérité un article spécifique pour chacun d’entre eux. Espérons que les coups de projecteurs braqués à tour de rôle sur chaque ouvrage vous donnera envie d’en savoir plus.

Et surtout n’hésitez pas à vous faire plaisir. A vous laisser tenter par les livres de Michel Kemper, Daniel Pantchenko et Michel Trihoreau.

Autant de p’tits trésors qui méritent d’être découverts, appréciés à leur juste valeur. En prenant tout votre temps pour flaner dans les coulisses du monde de la chanson : un univers fascinant et paradoxal qui ne se résume pas – loin s’en faut – aux émissions de variétés télévisées et aux tubes entendus (écoutés?) sur la bande FM. D’où le talent de ces trois auteurs qui ne se sont pas contentés des apparences, se lancant dans des aventures éditoriales de longue haleine.

Pour chacun d’entre eux, il aura fallu plusieurs années pour arriver au terme de son enquête. Voir de sa quête car consacrer autant de temps à un manuscrit, c’est évidemment signe d’obstination et de passion. Et cela mérite le respect.

Michel Kemper, Les vies liées de Lavilliers, Flammarion, 387 pages, 20 euros
Daniel Pantchenko, Jean Ferrat. Je ne chante pas pour passer le temps, Fayard, 568 pages, 20,90 euros
Michel Trihoreau, La chanson de proximité. Caveaux, cabarets et autres petits lieux, L’Harmattan, 186 pages, 18 euros
Michel Trihoreau et Cathy Beauvallet, Rencontres, Editions du Petit Véhicule, 88 pages, 18 euros.
A découvrir aussi les trois auteurs sur internetb[Sites Internet ou blogs à visiter :

- Michel Kemper : Nos Enchanteurs
- Daniel Pantchenko :Pantchenko
et son blog chansonsquetoutcela
- Michel Trihoreau : Chanson de Proximité et Rencontres avec Brassens

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