La Marseillaise de Gainsbourg ?

Un sujet plus que jamais d’actualité comme l’aura confirmé avec conviction et sans langue de bois l’éditeur musical Laurent Balandras, auteur du livre sur “l’anatomie d’un scandale / chronique d’un blasphème républicain sur fond d’antisémitisme”. 

Retour sur sin instructive conférence tenue mardi 23 novembre par l’auditorium du Musée d’art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg (MAMCS).

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Pas de doute ! Elle en aura fait du bruit, cette Marseillaise version reggae interprétée par Gainsbourg sous le titre «Aux armes et cætera».

De quoi provoquer une vague, que dis-je un tsunami de réactions. A commencer par un édito du très conservateur Michel Droit dans Le Figaro Magazine du 1er juin 1979.

De quoi mettre le feu aux poudres en attaquant Gainsbourg en tant que juif.

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Hé oui, un des atouts de cette conférence de près d’une heure aura été de bien situer “La Marseillaise de Gainsbourg” dans le contexte de son époque.

Une contextualisation qui a eu le mérite de bien faire comprendre à l’assistance ce qui s’est vraiment passé durant la polémique et aussi par la suite dans sa vie quotidienne souvent plus Gainsbarre que Gainsbourg.

 

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Laurent Balandras ne s’est pas contenté de présenter des faits.

Il les a illustrés par des photos, couvertures de revue et extraits de journaux télévisés extrêmement révélateurs de l’ambiance survoltée et malsaine suscitée par cette Marseillaise et subie par son créateur.

Dont, évidemment, la “soirée mouvementée” au Hall Rhénus à Strasbourg : Gainsbourg chantant l’hymne national a capella, face à une salle surchauffée avec active présence de parachutistes et autres manifestants.

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La fameuse photo de Christian Lutz-Sorg, emporté par le cancer dans sa 63eme année le 8 décembre.

 Autres images/séquences symboliques mises en évidence par Laurent Balandras : la vente aux enchères du manuscrit acheté par Gainsbourg, quittant la salle sous les huées d’une partie de l’assistance.

En effet c’est à Versailles, en décembre 1981, que Serge Gainsbourg décide de s’offrir le manuscrit autographe signé de la Marseillaise par Claude Rouget de Lisle. Ce manuscrit n’était pas l’original mais une réécriture “au propre” de l’hymne, datée du 7 août 1833 et accompagné d’un envoi ironique à Luigi Chérubini (“Je vous adresse une de mes vieilles sornettes…”).

Gainsbourg fut l’acquéreur pour la somme de 130.000 francs (ce qui d’après le convertisseur francs-euros de l’Insee – qui prend en compte l’évolution inflationniste) équivaudrait aujourd’hui en 2019 à la somme de 63.000 € (hors frais de vente). “J’étais prêt à monter jusqu’à 1 million de francs” déclarait l’auteur-compositeur à la sortie de la salle. (sources BLOG LETTRE AUTOGRAPHE)

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Un des moments les plus intenses de la conférence de Laurent Balandras aura été l’évocation des nombreux messages insultants/ antisémites/racistes provoqués par l’émission de Jean-François Kahn consacrant à la Marseillaise de Gainsbourg son émission sur France-Inter dédiée à la chanson.

S’y ajoute aussi les considérations … disons plutôt le torrent d’injures toutes aussi malsaines déversées par le journaliste Dominique Jamet.

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Parmi les nombreuses photos projetées par Laurent Balandras figurent deux couvertures de Hara-Kiri présentées au MAMCS dont celle-ci :

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Cette photo, je l’ai publiée sur ma page Facebook le 21 novembre en l’accompagnant d’une autre couverture de “Hara-Kiri” parue en août 1979 avec une photo-choc : en l’occurrence la mise en scène du meurtre du chanteur sous le titre “La Marseillaise vengée”.

La mise en ligne de cette seconde reproduction d’une couverture de “Hara-Kiri” a suscité une réaction immédiate de Facebook : un message d’avertissement retirant cette photo pour cause de nudité. Et dire que cette couverture de Hara Kiri censurée est évidemment bien visible au MAMCS où l’expo sur la Marseillaise est présentée ‘Sous le haut patronage de Monsieur Emmanuel Macron Président de la République”.

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J’ai évidemment envoyé une lettre contestant la réaction de Facebook.

Dans le même registre, vous savez sans doute que les fameux algorithmes ont récemment censuré le tableau symbolisant l’exposition de Jean-Jacques Henner. Ce tableau illustre la couverture d’un hors-série des Saisons d’Alsace entièrement consacré à ce peintre.

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Cette censure de la couverture de “Hara-Kiri”, j’en ai évidemment parlé à Laurent Balandras ainsi que Monique Fuchs, Conservateur en chef du musée Historique et Commissaire de l’exposition La Marseillaise. Et aussi, avant d’entrer dans le MAMCS, à Denis Leonhardt, un des fondateurs des Weepers Circus.

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OÙ EST PASSÉ ROUGET DE LISLE … 

Un mot enfin sur la formidable expo sur la Marseillaise, histoire de ne pas passer sous silence deux regrets, deux absences : Rouget de Lisle et Graeme Allwright.

Pas de précisions, pas de panneau consacré à ce fameux Rouget de Lisle (1760-1836) qui faillit être guillotiné durant la Révolution. Étrange personnage aux multiples facettes : une girouette “évoluant” au gré des événements de l’Histoire de France. 

En témoigne “Rouget de Lisle inconnu” de Maurice de La Fuye (Librairie Hachette, 1943)  : l’ouvrage de cet histoire, je l’ai trouvé chez un bouquiniste de la Place Kleber. De quoi mieux cerner le créateur d’un hymne symbole de révolution et de liberté dans le monde entier et par la suite compositeur de chants en hommage à la royauté… Des évidences confirmées par la conférence de Laurent Balandras … dont il n’a pas été possible d’acheter et de faire dédicacer le livre, vu la fermeture de la boutique du MAMCS  après sa conférence.

ET LA MARSEILLAISE FRATERNELLE DE GRAEME ALLWRIGHT ?

Et pour finir, aucune référence /évocation/allusion dans cette exposition à la Marseillaise humaniste /fraternelle  de Graeme Allwright qui la chantait à chaque concert.

Oui je sais bien que l’hymne national a suscité tant de versions/transformations au fil des siècles, et il en est bien question sur divers panneaux, textes à l’appui.

Mais bon, dans le cas de Graeme, il ne s’agissait pas d’une parodie mais bel et bel d’une démarche militante.

 

 

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En témoigne notamment cette expressive vidéo de 3mn et 27 secondes : Graeme Allwright chante sa “marseillaise ” devant 4000 personnes enthousiastes au théâtre antique de vaison la Romaine et toute une école de musique entonnent avec Graeme les paroles de cette marseillaise humaniste.

Une vidéo qui aurait évidemment sa place dans cette exposition mettant en valeur en textes, photos, vidéos, etc tant de créations suscitées par la Marseillaise.

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EXPOSITION A DÉCOUVRIR JUSQU’AU 20 FÉVRIER

Exception faite de ces trois regrets, je vous incite VIVEMENT à vous rendre au MAMCS. J’ai eu la chance de participer à la visite destinée aux médias : elle aura duré une heure et demie, et je peux vous dire qu’elle a eu lieu sans temps mort et presqu’au pas de course, comme je l’ai rappelé à Monique Fuchs.

 Bref prévoyez large en vous rendant à cette expo coproduite par le Musée d’histoire de Marseille, le Musée de la Révolution française à Vizille et le Musée Historique de la Ville de Strasbourg.

D’abord conçue comme chant de guerre pour l’Armée du Rhin à Strasbourg en 1792 avant de devenir l’hymne national français en 1879, La Marseillaise est un chant révolutionnaire qui a connu plusieurs postérités. D’abord conçue comme chant de guerre pour l’Armée du Rhin à Strasbourg en 1792 avant de devenir l’hymne national français en 1879, La Marseillaise est un chant révolutionnaire qui a connu plusieurs postérités.

L’expo du MAMCS met en relief “les multiples rôles de ce chant qui résonne lorsque la patrie ou les droits de l’homme sont en danger”. Elle  s’organise autour de trois axes majeurs :

l’année de la composition de La Marseillaise (1792)

sa diffusion comme chant de guerre, refrain révolutionnaire et hymne national

son rôle patrimonial en France et à l’étranger.

Déjà présentée au Musée de la Révolution française à Vizille, du 25 juin au 4 octobre, elle l’est au MAMCS depuis le 5 novembre 2021 et jusqu’au 20 février. Puis ce sera au tour du Musée d’histoire de Marseille du 18 mars au 3 juillet 2022.

Article dédié à Christian Lutz-Sorg, emporté par le cancer dans sa 63eme année le 8 décembre. Il est l’auteur de la fameuse photo de Gainsbourg à Strasbourg face aux paras.

Texte et photos Albert WEBER

 

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